Les chiots de garde de Charlie Hebdo

9 Oct

La France a une longue tradition d’anticléricalisme qui a, dans le passé, été un marqueur politique de « gauche ». Les révolutions successives ont fini par décapiter au sens propre et au sens figuré une institution –l’Église catholique– qui avait un pouvoir et une influence importante sur la société et l’État. On bouffe donc volontiers du curé en France et, depuis toujours, la satire et la caricature sont saignantes contre sa hiérarchie et ses représentants. Charlie Hebdo s’inscrit dans cette lignée et sa rédaction revendique bruyamment son droit à la liberté d’expression et à la résistance face à tous les éteignoirs de type religieux. Il y a cependant une légère différence. Lorsque des journaux tels que Le Père Peinard ou L’Assiette au beurre publiaient des caricatures de « ratichons » et autres « curetons » à la fin du XIXe, ils le faisaient depuis une position de lutte sociale contre les classes possédantes, et il n’était pas rare que la maréchaussée embarque éditorialistes et dessinateurs et ferme le journal, sous les applaudissements de la « grande presse ». Dans le cas de Charlie, c’est l’inverse qui se passe : la satire se fait sous la protection de la police et sous les vivats des pires garants de l’ordre éditocrate. Il est vrai qu’à republier de (mauvais) dessins d’un obscur torchon d’extrême-droite danois et à illustrer jusqu’à l’auto-caricature les pires fantasmes néo-conservateurs, en fait de critique et de résistance, on défend surtout certains intérêts en plus de vendre sa soupe. La stigmatisation systématique de « Musulmans »(d’apparence ?), tous assimilés à une horde de terroristes archaïques et décérébrés n’est pas une résistance face à un pilier du pouvoir, ce n’est pas de la provocation, c’est un appui clair à un discours dominant et à un racisme diffus. Les «rebelles» en peau de lapin –sauce fourestière– de Charlie, les mêmes qui avaient laissé lyncher sans piper mot le vieux Siné sous l’accusation infâme d’antisémitisme il y a quelques années, fabriquent désormais le supplément en images de l’islamophobie ambiante. Leur cible n’est pas une institution, c’est une catégorie de la population déjà sous surveillance. Cela vaut bien un appui de la préfecture…

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Une Réponse to “Les chiots de garde de Charlie Hebdo”

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  1. Minute Charlie | quartierslibres - 24 octobre 2014

    […] aussi lourdingue sur des femmes, noires, musulmanes et supposées profiteuses c’est la preuve que Charlie ne tourne pas en dérision des poncifs racistes mais fait marrer avec le racisme. Pour savoir qui […]

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