Tragédies de trajectoires

22 Mai

Les parcours politiques ne sont pas toujours rectilignes, ils sont bien souvent la conséquence des aléas de la vie des militants et des rapports de force.

Les militants politiques, syndicaux, associatifs, se battent pour des causes qu’ils estiment justes. Ils ne sont ni meilleurs ni pires que les autres. C’est leur action qui est importante.

Ils se battent, remportent des victoires et connaissent aussi la défaite. Lorsqu’ils se battent pour l’égalité et la justice sociale ou contre les crimes racistes et sécuritaire qui sont de vrais combats de résistance, la victoire est rare et la reconnaissance tardive ou inexistante.
Bien souvent, leur victoire est usurpée par des personnes mieux organisées parce que proches du pouvoir ou pire le sens de leur lutte est dévoyé.

Ils participent à des moments historiques, mais cela ne fait pas d’eux des héros. Leur engagement lors d’un combat ne fait pas d’eux des gardiens du temple de la lutte et ne peut servir de caution au reste de leur vie militante. C’est difficile et usant de se battre. Rien n’est jamais acquis.

Bien souvent, la pression policière, judiciaire et économique contraint les militants à infléchir leur action militante.
Il y a aussi la volonté d’institutionnaliser une victoire qui fait basculer un parcours militant.
Plus rarement, c’est le besoin de reconnaissance et le besoin de justifier par n’importe quel moyen un échec qui fait changer de camp.

Le passé militant de ces hommes et femmes et l’image que l’on garde d’eux dans nos mémoires masque ou atténue la visibilité de leur changement de cap et positive l’image à leurs nouveaux alliés.

Eldridge Cleaver est un exemple tragique de trajectoire politique qui passe d’un camp à l’autre. Militant des droits Civiques puis membre du Black Panther Party, il est candidat Républicain sous l’ère Reagan. Son passage dans l’autre camp lui a permis de souffler : les procès se sont arrêtés. Le gouvernement américain s’est servi de lui pour salir l’image du BPP. La fin de vie d’Eldridge Cleaver a été un calvaire.

Plus près de nous, Djida Tazdaït. Militante des quartiers de la banlieue lyonnaise et une des initiatrices de la marche pour l’égalité, elle est aujourd’hui proche de Borloo. Elle s’est présentée aux élections sous l’étiquette UMP durant le mandat Sarkozy. Une belle caution morale, pour un gouvernement très hostile aux habitants des quartiers populaires.

Dans la même veine, on compte désormais Farida Belghoul. Militante de Convergence 84, qui plaide la thèse de la grande manipulation du pouvoir socialiste auprès du satellite du FN « égalité et réconciliation ». Une occasion en or pour Alain Soral et ses sbires d’instrumentaliser notre résistance et de faire oublier leur ligne assimilationniste et raciste.

Les lignes n’ont pas bougé, ce sont les militants qui évoluent et changent. Sans porter de jugement moral sur leurs évolutions politiques, nous devons toujours avoir un regard critique et politique sur leur action présente et leur intervention publique.

Au delà des parcours individuels, ce qui compte c’est ce qui a été fait et ce qui est fait aujourd’hui.

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4 Réponses to “Tragédies de trajectoires”

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  1. Y a pas de couleur pour trahir, pas de couleur pour haïr | quartierslibres - 24 janvier 2014

    […] On peut donc trouver des personnes qui militent dans des organisations qui vont à l’encontre des intérêts du groupe social auxquels ils appartiennent. Cette stratégie du « chacun pour soi » peut se révéler payante pour une promotion personnelle. […]

  2. La main sur le berceau | quartierslibres - 1 février 2014

    […] « franc-maçonne » qui coupe les enfants du ciel, comme elle le rabâche dans ses vidéos. Son curriculum vitae est intéressant : après avoir arrêté de militer de manière épisodique dans les années 80 et […]

  3. D’une convergence, l’autre | quartierslibres - 20 février 2014

    […] De "Convergence 84" pour l’égalité de traitement, à convergence 2014 pour la "famille et la patrie": trajectoire pathétique. […]

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    […] de la France. Elle utilise un vocabulaire et des postures violentes, elle s’empare de nos histoires afin de nous faire rentrer dans le rang. Comme un agent de la BAC, Soral nous parle de manière […]

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