Le coup de pied de l’âne médiatique : l’école Buissonnière ou le journalisme au ras du sol

26 Juin

gente caminando - coupé
L’âne est un animal rancunier. L’émoi suscité par la mort de Clément Méric avait poussé une grande partie de la profession journalistique à réviser ses réflexes conditionnés et à ranger son fer à cheval dans le tiroir à arguments automatiques. Il avait fallu en convenir, tout n’est pas dans tout et un mort sous les coups de nervis ouvertement fascistes dont la violence est le seul moyen d’expression, ce n’était pas la même chose que le combat de Clément et de ses amis. Pour une fois, même si cela a été difficile à articuler pour nombre de commentateurs, les « extrêmes » ne se rejoignaient plus.

Hélas, la nature a horreur du vide : hier la simple affirmation d’un journaliste de RTL, invérifiable et par ailleurs immédiatement démentie par le commissaire de la Police Judiciaire chargé de l’enquête, a suffi à relancer le fer à cheval des extrêmes-qui-se-rejoignent et, pire, à inverser la situation : les victimes seraient en fait les agresseurs. À partir de l’enregistrement d’une caméra de vidéosurveillance filmant à 20 cm du sol, l’accusateur public de la radio luxembourgeoise en arrive à suggérer que l’agresseur serait Clément, et non son meurtrier. De là à suggérer qu’il s’agit d’un cas de légitime défense, il n’y a qu’un pas que ce spécialiste des trottoirs et des caniveaux laisse le soin de faire aux représentants de l’extrême droite et de l’UMP, servis en cela par une grande partie de la presse écrite et de la radio. De micros tendus complaisamment en colonnes ouvertes sans vergogne, on aura entendu les mêmes arguments que ceux brandis avec force postillons par le leader empâté des ex-JNR et de l’ex-Troisième voie : les meurtriers n’ont fait que riposter et la vraie violence venait des antifas, qui les ont apostrophés. C’est vrai ça, on ne peut plus se balader tranquillement avec des inscriptions ouvertement racistes et néo-nazies sans subir la vindicte verbale des extrémistes. Mais où va la société mondialisée ? Tout cela vaut bien une mort, apparemment.

On en revient à la question déjà posée : s’agit-il simplement d’une lamentable déformation apolitique de la profession, qui ne fait plus la différence entre des nazillons et des militants de gauche, ou s’agit-il d’une défense ouverte de l’extrême droite ? Outre qu’elle est une insulte à la mémoire d’un homme et qu’elle parasite l’enquête judiciaire, cette calomnie vise clairement à brouiller les pistes et à installer dans l’esprit des opinologues à la petite semaine que les choses « sont plus complexes » et que, tout bien considéré, la une de Minute, l’organe de l’extrême droite radicale dont Patrick Buisson, le mentor de l’UMP, a été rédacteur en chef pendant des années, était justifiée. Elle sert aussi très clairement les intérêts de ceux qui réclament la dissolution des groupes de gauche sous prétexte que quelques individus dont on ne sait pas grand chose, sauf qu’ils n’avaient rien à voir avec les amis de Clément, ont dégradé quelques vitrines de banque lors de la manifestation de dimanche dernier.

Publicités

Une Réponse to “Le coup de pied de l’âne médiatique : l’école Buissonnière ou le journalisme au ras du sol”

Trackbacks/Pingbacks

  1. Communiqué du « Comité pour Clément » sur la mise en liberté de M. Morillo | quartierslibres - 3 septembre 2014

    […] qui prétendait pourtant ne pas les connaître. Enfin, la vidéo de surveillance citée en juin par RTL, dans ce qui restera une belle intoxication d’un média peu regardant, démontre que Clément et […]

Commentaires fermés

%d blogueurs aiment cette page :