Stratégie de la tension. À Paris, la violence des antifas, à Brétigny la barbarie des détrousseurs de cadavres

18 Juil

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Un fil rouge relie deux événements en apparence très différents : le déraillement du train Paris-Limoges du 12 juillet dernier et le meurtre de Clément Méric du 5 juin. Dans ces deux affaires, les commentateurs politiques, et en particulier les aboyeurs accrédités des partis de droite et leurs appendices médiatiques, ont découvert la menace qui guette la société et les braves gens. D’un côté la barbarie des banlieusards qui auraient détroussé les cadavres encore chauds des victimes du déraillement, et de l’autre la sauvagerie des antifas qui auraient violemment agressé d’honnêtes néo-nazis se promenant démocratiquement dans la rue. Ce sont d’ailleurs les mêmes (les Ciotti, Le Pen, Lucca, Soral, Estrosi, etc.) qui ont saisi les perches qui leur avaient été aimablement tendues par une certaine presse en manque de rebondissements et de sensations pour réclamer, dans le premier cas la dissolution des groupes d’extrême gauche et, dans un second cas, les mesures les plus fermes pour « mater » ces « barbares » qu’on imagine forcément mal blanchis puisqu’ils sont de l’autre côté du périphérique parisien.

Dans les deux cas, il s’agit clairement d’envoyer un message aux honnêtes gens assis devant leur poste de télévision, et de réactiver chez eux une peur panique, ancestrale : celle des invasions barbares et de l’ennemi intérieur. Car il n’y a pas de doute : à l’intérieur, le spectre de l’extrémisme guette la jeunesse et menace l’ordre public ; aux lisières de la civilisation, c’est pire encore : les « charognards » sont là, prêts à dépouiller les blessés et à voler les morts.

Dans les deux cas, ces affirmations largement relayées dans la presse et sur le web, ne reposent sur rien d’autre que des rumeurs d’origine plus que douteuse. Dans les deux cas, elles ont été aussi rapidement démenties qu’elles se sont propagées : pour la mort de Clément Méric, la Police Judiciaire et la RATP ont remis en question la fable de la vidéo qui aurait –peut-être, plus personne n’en est vraiment sûr– été visionnée par Georges Brenier, le journaliste de RTL à la manœuvre ce jour-là. Quant aux hordes de pillards sans foi ni loi de Brétigny, seul le syndicat policier sarkozyste Alliance semble les avoir vus à l’œuvre : ni le SAMU ni la Croix Rouge ni aucun secouriste n’a eu besoin de se protéger contre leurs attaques…

Quel est l’intérêt de ces montages ?

Dans le fond, peu importe que ce qu’ils racontent soit vrai ou non : ce qui est important dans ce genre de rumeurs, c’est qu’elles circulent et qu’elles enflent. À force d’être répétées, on finit pas les croire, par prendre peur et par écouter ceux qui proposent de vous protéger contre ces dangers : c’est-à-dire ceux-là même qui les ont créés.

Nous sommes face à une authentique stratégie de la tension parfaitement orchestrée, qui a pour but de faire peur et de préparer les esprits à une nouvelle droitisation et à un nouveau tour de vis social. Plutôt que de s’en prendre au modèle économique néolibéral, qui est la vraie cause du chômage, de la ghettoïsation des quartiers et même des déraillements des trains –faute d’entretien– on va identifier des coupables faciles : ceux qui remettent en cause radicalement le système et ceux qui en sont les premières victimes, les Rroms les Immigrés, les sans-papiers et les vilains gauchistes. Les élections municipales sont dans quelques mois : il faut s’attendre à ce que ce genre de fausses informations se généralise. Une fois de plus, c’est l’extrême droite qui donne le ton, et, une fois de plus elle trouve presque naturellement un relai médiatique. Les artisans de cette stratégie de la tension ne s’y trompent pas : pour eux le danger se trouve aussi bien à l’intérieur des villes, parmi la jeunesse radicalisée que sur ses franges extérieures, dans les banlieues et les cités. Ils nous reste juste à leur donner raison en unifiant nos combats.

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  1. La séance du dimanche : The Navigators de Ken Loach | quartierslibres - 20 juillet 2014

    […] victimes. L’attention générale s’était alors portée sur un raid fantasmé de détrousseurs de cadavres. Depuis, les accidents se sont multipliés. Le 17 Juillet, entre Pau et Orthez, un TER est entré […]

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