Arbre de noël et théorie de la relativité

20 Juil

arbre_noel
Un arbre. Sur ses branches, des décorations. On est début juillet, l’arbre est un platane.

Les guirlandes sont des chaussures, des casquettes, des sacoches.

Les regards des passants sont attirés par les fruits qui ont poussé en une nuit.

Un des spectateurs, moitié amusé moitié agacé, dit ce que tout le monde a compris : « c’est les petits ».

C’est la fin de l’école, les jeunes ont du temps libre et débordent de vitalité. Alors, ils partent en maraude, croisent d’autres groupes de jeunes. Parfois ça fraternise ; parfois aussi, des rivalités éclatent.
Les vêtements dans les branches de l’arbre sont le signe que les petits d’ici ont eu le dessus sur ceux d’à coté et qu’ils les mettent au défi de venir récupérer leurs affaires. Avant c’était écrit à la craie sur le mur du village, désormais ça tient sur un statut Facebook.

Tous ceux qui regardent le savent. Il y a 10 ans ou plus, c’était la même chose.

La bande de copains, les bêtises pour rien.

On serait en 1912, ce serait la « guerre des boutons ». On regarderait d’un air amusé les tribulations de gamins turbulents et plein de vie.

Mais, manque de bol, on est 100 ans plus tard. Fini le tumulte de la jeunesse suscitant les réprimandes ou les éclats de rires des adultes.
Aujourd’hui, c’est délits, incivilités, police et justice sur les reins quand des jeunes marchent sur les pas des héros du bouquin de Louis Pergaud.

Pourtant, les mômes restent des mômes.

Ce qui change, c’est le contexte, moins bucolique, dont on finit par rendre responsables les jeunes qui y sont nés. Ce sont eux les coupables de ce qui va mal au quartier.

L’autre évolution, c’est le regard que porte une partie de la société sur une frange de la jeunesse. S’ils sont turbulents, c’est en raison de leur taux de mélanine ou de la culture de leurs parents.

Quand l’action se déroule dans un bouquin sur la France profonde d’autrefois, l’histoire est belle, quand bien même on s’y tape dessus, on y détériore du matériel, on y défie l’autorité des parents et des
institutions, on y est en échec scolaire…

Quand ça arrive au quartier en 2013, c’est la faute de parents démissionnaires, la police doit intervenir et il faudrait mettre en cage tous les sauvageons.

La théorie de la relativité explique qu’en fonction de la situation qu’on occupe dans l’espace et le temps, la perception que l’on a des choses change.

Les opinionistes et une grande partie de la classe politique – qui traitent nos petits tel des criminels, en mettant tout sur le dos de la religion, de l’origine sociale et de l’ethnicité non européenne (dont la nature créerait un multiculturalisme générateur de violence parce en rupture avec la jeunesse des campagnes d’antan) – n’ont pas de notion de physique et, surtout, n’ont guère envie de relativiser les actes de notre jeunesse.

Ce sont des personnes de mauvaises foi.

Ils cherchent un consensus dans un pays dont l’âge médian est de 39 ans et demi, et dans lequel il vaut mieux braquer la colère sur des jeunes qui n’ont pas encore le droit de vote et sur les quartiers, parce que la majorité des électeurs, désespérée par la situation économique du pays, cherche des boucs-émissaires.

8 Réponses vers “Arbre de noël et théorie de la relativité”

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