Le Ramadan a un sens

24 Juil

Depuis une vingtaine d’année, les personnes qui font le Ramadan sont de plus en plus nombreuses.

Cela fait peur à certaines couches de la population, car beaucoup y voient un danger identitaire ou un comportement anormal ou absurde. Parmi ces personnes, on compte la leader des Femen, qui a déclaré dans un tweet que faire le Ramadan était « stupide ».

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«Qu’est ce qui peut être plus stupide que le Ramadan? qu’est ce qui peut être plus laid que cette religion?»

 

Aujourd’hui, le Ramadan est fait par des croyants pratiquants et par des croyants généralement non pratiquants. Il est même fréquent de voir des non croyants le faire plusieurs jours ou totalement.

Faire le jeûne n’est pas une chose aisée ni confortable, il est donc singulier que cette pratique soit en expansion. Elle est considérable au point que les supermarchés proposent des rayons et des animations dédiés au Ramadan. 

Tout d’abord, le fait de ne pas être en pleine forme et de se retrouver en situation précaire physiquement n’est pas « stupide ». Le tweet de d’Inna Shevchenko, en revanche, est symptomatique d’une société où on laisse de côté les personnes physiquement et socialement diminuées.

De plus, le fait de courir le risque de ne pouvoir être aussi productif dans un monde capitaliste est un petit acte de résistance pour une bonne partie des classes populaires.

Le fait de se discipliner pour atteindre un objectif qui n’est pas quantifiable ni compensable financièrement est une chose qui a du sens dans une société où l’argent peut tout arranger. C’est le moment de couper avec de mauvaises habitudes comme la cigarette ou l’alcool. Une auto-discipline se met en place, portée par une dynamique collective. On trouve la force, au fond de soi et avec les autres, d’accomplir des choses difficiles, en se passant de biens aliénants par exemple. On prend aussi la mesure de ce qui est vital comme boire et manger.

La convivialité est une donnée fondamentale du Ramadan. Il s’agit d’un moment de partage et de communion, ce qui détonne beaucoup dans un monde individualiste. La pratique du Ramadan est une pratique tant individuelle que collective. Le Ramadan pointe et permet de dépasser une des limites du capitalisme : le dogme idéologique selon lequel la société est composée d’individus totalement libres et en concurrence.

Le temps est chamboulé, la soirée n’est plus rythmée par la télévision. On mange ensemble, en famille. On invite les voisins et les amis. On partage durant trente jours : c’est une action sociale collective tout autant qu’une pratique religieuse et culturelle qui va à l’encontre de l’omniprésence de la dimension économique.

Malgré ce qu’Inna Shevchenko raconte, il n’est pas « stupide » de faire le Ramadan.

C’est l’occasion de marquer une rupture avec son quotidien ainsi qu’avec les règles qui régissent notre société. Il est évident que les Femen ne peuvent percevoir cette dimension, car elles ne sont pas en rupture avec le capitalisme libéral comme en atteste leur approche du corps humain qui reprend et conforte les normes des classes dominantes.

Certes, être en rupture avec la société ne signifie pas être révolutionnaire. On peut faire le Ramadan tout en étant conservateur et se en moquant des injustices. On peut aussi le faire simplement pour marquer une parenthèse dans son quotidien.

Pour autant, l’adhésion massive des classes populaires à la pratique du Ramadan est révélatrice du besoin de rompre avec certains aspects les plus néfastes de notre société.

Faire le Ramadan a un sens, et le fait qu’il rassemble n’en fait pas tant un marqueur identitaire que la matérialisation d’un besoin de changement social vers plus de solidarité. C’est ce besoin de collectif et de sociabilité qui doit interroger les militants et la société.

3 Réponses to “Le Ramadan a un sens”

Trackbacks/Pingbacks

  1. Une terre où ruissellent lait et miel | quartierslibres - 6 juillet 2015

    […] les profits des capitalistes augmentent et que nous devenons dociles et dépendants. En ce mois de Ramadan comme à d’autres périodes, pour les croyants comme pour les non croyants, […]

  2. La France en maillot de bain | quartierslibres - 28 juillet 2015

    […] du PS c’était l’occasion de tenter un truc à la Femen, en moins osé dans la pose mais tout aussi raciste dans le fond. L’affaire se dégonfle et on revient à ce qu’elle est : une embrouille de filles […]

  3. Les Unités de Protection de la Femme (YPJ) vues par sœur Caro | Quartiers libres - 4 mars 2016

    […] Autre paradoxe qui surgit dans le débat du soir, ces « staliniennes terroristes mais émancipatrices » existent dans les rangs du PKK depuis ses débuts, et elles y occupent des postes importants. A tel point qu’elles ont été les cibles prioritaires d’assassinats, comme à Paris. A partir de là, ça devient compliqué pour Caro. Les combats féministes dévoyés, c’est plus simple à assumer avec le n’importe quoi des Femens. […]

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