Combahee River Collective

13 Août

Contextualisation d’une pensée radicale

Inscrit dans la continuité des luttes ininterrompues des femmes Noires depuis la période de l’esclavage, le Black Feminism des États-Unis, ou féminisme Noir, a émergé publiquement à la fin des années soixante. Longtemps méconnu en France – très peu de ses textes ont en tout cas été traduits –, il fait aujourd’hui l’objet d’un intérêt croissant, dont il faut se féliciter. En effet, son action et sa réflexion pionnières sur l’imbrication des rapports sociaux (de sexe, de « race » et de classe notamment) sont particulièrement stimulantes pour penser ensemble le racisme et le sexisme (sans négliger la classe), ce qui est l’une des urgences des luttes actuelles en France.

Cependant, le féminisme Noir étatsunien est un mouvement extrêmement vaste et complexe, où coexistent des pratiques, des réflexions et des positions politiques très diverses. Nous avons voulu contribuer à faire ressortir cette épaisseur historique et théorique, en partant d’un groupe pionnier et déterminant, qui a posé les bases du féminisme Noir et plus précisément de sa tendance radicale : le Combahee River Collective (CRC). L’audace de sa déclaration d’avril 1977, que nous avons traduite ici, est bonne à (ré)entendre aujourd’hui – quoique dans un contexte bien différent. En effet, cette déclaration pose au moins quatre principes absolument novateurs à l’époque et toujours actuels : le CRC propose une politique de l’identité mais conçoit l’identité dans un sens multiple et mouvant il théorise pour la première fois l’imbrication3 des différents systèmes d’oppression et il lutte simultanément non pas contre trois, mais contre quatre systèmes imbriqués : de « race », de sexe, de classe et hétérosexuel. De plus, le CRC se revendique clairement socialiste.

Il n’est pas anodin que ce soient des Noires, des femmes, des féministes Noires et aussi des militantes actives, qui aient été les premières à théoriser l’imbrication des rapports sociaux. Leur pensée s’est nourrie à la fois d’une vie quotidienne, d’une réflexion collective et d’une pratique de lutte sociale : c’est ce qui en fait la richesse et la force. C’est aussi la raison pour laquelle nous avons voulu contextualiser ce texte, à la fois dans les mouvements sociaux qui l’ont rendu possible et en mettant en lumière les femmes concrètes et le groupe politique qui l’ont produit.

Nous proposons donc ici d’abord un rapide panorama historique et politique des États-Unis à l’époque des luttes pour la déségrégation, pour poser quelques jalons sur le mouvement Noir et dans une moindre mesure sur le mouvement féministe, dans lesquels s’enracine le féminisme Noir. Dans un deuxième temps, nous présenterons des éléments d’information et d’analyse sur le Combahee River Collective lui-même : sa composition, ses débats, ses luttes et ses principales contributions théoriques et politiques.

Le texte de présentation complet ici, le texte traduit de leur déclaration ici

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  1. Derrière la Morale: l’argent et le pouvoir | quartierslibres - 10 février 2014

    […] les discriminations à l’encontre des homosexuel.le.s. A cet endroit, il faut se rappeler que les luttes des minorités contre les discriminations et l’injustice ont toujours servi l’intérêt […]

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