Économie de la surveillance

3 Oct

« Il est capital de souligner que la colonisation de la pensée et des pratiques urbaines par la notion militarisée de « sécurité » n’a pas une seule et même origine. Elle émane en réalité de sources nombreuses et diversifiées. Ces dernières englobent des complexes industriels transnationaux et tentaculaires, qui s’étendent bien au-delà des secteurs de la sécurité et de l’armement militaire pour toucher les industries de la technologie, de la surveillance et du divertissement; un large éventail de consultants, de centres de recherches et d’universités d’entreprise qui vendent des outils de sécurité présentés comme des remèdes miracles à des problèmes sociaux complexes; et, enfin, toute une foule composite de spécialistes des questions de défense et de sécurité qui affirment que la guerre et la violence politique sont désormais quasi-exclusivement concentrées dans les espaces et les voies de circulations quotidiens de la vie urbaine.

Bien que floues et grossières, les idées sécuritaires contaminent presque tous  les aspects des politiques publiques et de la vie sociale, si bien que ces nouvelles industries de la sécurité travaillent ensemble à relever les défis hautement lucratifs posés par la surveillance permanente des activités quotidiennes, des espaces et des comportements urbains, ainsi que des réseaux qui relient les agglomérations entre elles. En plein naufrage économique mondial, les marchés des services et des technologies de sécurité connaissent une expansion sans précédent. »

Extrait de Stephen Graham, Villes sous contrôle. La militarisation de l’espace urbain, traduit de l’anglais (Cities Under Siege. The New Military Urbanism, Londres et New York: Verso, 2010) par Rémy Toulouse et Alcime Steiger, coll. Cahiers Libres, éd. La Découverte, Paris: 2012 .

%d blogueurs aiment cette page :