Vole comme un papillon…

18 Oct

Teofilo Stevenson est le premier boxeur catégorie poids lourds a avoir été triple Champion Olympique et triple Champion du Monde.

Lorsqu’on le voit boxer on n’a pas l’impression qu’il pèse 95 kilos, ni même qu’il frappe. Pourtant, le résultat est le même à chaque combat.
Pour se rendre compte de ce qui fait sa force, il faut regarder ses pieds. Il est toujours en équilibre, bien positionné et en totale disponibilité motrice, ce qui lui permet d’avoir plusieurs choix d’action.
La dureté du coup est la retranscription de la poussée de l’appui sur le sol par un mouvement fluide et rapide qui arrive au bon endroit et au bon moment.

Si on regarde les pieds de Jair Da Campos, son adversaire, on remarque que ce dernier a souvent les talons posés au sol. Ses coups sont moins efficaces, et surtout il ne peut pas atteindre un opposant constamment en mouvement.

Qu’est-ce qui fait que Stevenson semble à ce point au dessus du lot?

L’explication culturaliste est souvent invoquée en premier. Elle consiste à dire que les Cubains, ou les Noirs, sont de bons danseurs et que c’est « naturel ». Seulement voilà, en face on a un Brésilien qui théoriquement doit savoir bouger son corps. Le culturalisme montre ici une fois encore ses limites.

L’autre explication serait qu’il y avait un ressortissant d’un pays du tiers-monde en face. Il faudrait le voir affronter un ressortissant des USA, parce que dans l’inconscient collectif planétaire le pays de « Rocky » est « LA » référence.
On retrouve Stevenson face à John Tate en demie finale des J.O. de Montréal un an plus tard (à partir de 3 minutes sur la video commentée par George Foreman). Même verdict.

Reste, enfin, l’argument présenté comme « social » : les Cubains n’ont pas le choix parce que poussés par « la faim », et pressés par un gouvernement qui veut des résultats par tous les moyens.
Jusqu’à preuve du contraire, le Brésil ou les USA ne sont pas des pays dans lesquels il fait bon vivre quand on est pauvre.
Bien souvent, les boxeurs sont issus de milieux populaires. Il n’est pas certain que les conditions de vie (accès à la scolarité, aux soins, au logement) de Tate aient été meilleures que celles de Stevenson, par exemple.
Les conditions de vie des Afro-Américains étaient et sont loin d’être idylliques. On a pu constater que le gouvernement des USA et le mouvement sportif étatsunien n’est pas du genre à promouvoir le fair-play ou a tolérer les « losers », comme ils disent. Seul le résultat compte, business is business.

Le déplacement, la manière de boxer de Stevenson n’est pas la manifestation d’une exception et ne fait pas de lui non plus un extra-terrestre de la boxe.
Son art est le fruit du travail et d’une méthode d’apprentissage.
Aujourd’hui on nomme pudiquement cette méthode de boxe « l’école russo-cubaine ». Quand Stevenson et ses compatriotes cubains ont commencé à s’entrainer, le monde entier l’appelait l’école soviétique. Le principe de cette école est de développer de manière scientifique la motricité et la coordination qui sont la base de ce sport, plutôt que d’axer la préparation sur les échanges de coups qui en sont la terminaison. Le « jeu de jambes », qui est l’apanage de certains grands boxeurs professionnels, est la norme et le minimum requis pour cette école.
C’est fort de son expérience qu’Andrei Chervonenko est envoyé à Cuba dans le cadre d’un programme de développement sportif pour aider Alcides Sagarra, qui a mis en place l’école de boxe à Cuba en 1964.
Le travail de toute leur équipe a fait de Cuba un des pays les plus médaillés en boxe.
Leur style reconnaissable et leur efficacité sont une référence dans le monde du sport.

Ce qui fait la différence entre Stevenson et ses adversaires c’est son envie et sa préparation.
En boxe, comme dans toutes les autres disciplines, ce qui compte c’est la méthode de travail, la rigueur, l’envie de se dépasser et de partager.

Quand on lutte il faut croire en la victoire et trouver des outils de lutte efficaces qui soient utilisables par toutes et tous.

7 Réponses vers “Vole comme un papillon…”

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