La précarité et la fascination de l’immédiat

21 Oct

Ce que disent les penseurs de droite comme Finkielkraut est faux : l’impossibilité de se projeter dans l’avenir des habitants des quartiers populaires n’a rien à voir avec l’éducation, la technologie, la culture ou la religion.
Se savoir en chute libre sans pouvoir réagir, ou ne pas pouvoir tenir compte des conséquences de ses actions ne tombe pas non plus du ciel.
La-Haine
Cette fascination de l’immédiat est le résultat la précarité économique des classes populaires dans une société qui ne permet de se concevoir autrement qu’en référence à l’argent ou au mode de production.

Il n’y a pas de conséquence du « laxisme ambiant » ou de « choc des civilisations », il n’y a qu’une conséquence du mode d’exploitation des classes populaires.

Ainsi le chômage comme conscience de chômer est-il le produit aberrant d’un ordre économique et social qui ne donne pas à tous la possibilité d’atteindre la fin qu’il impose avec une nécessité absolue, à savoir l’obtention d’un revenu en argent, et qui tend à faire apparaître comme temps mal rempli, aux yeux même de ceux qui l’accomplissent, toute activité qui n’atteint pas cette fin. Mais en outre, parce qu’ils ne peuvent fournir ce minimum de sécurité et d’assurances concernant le présent et l’avenir immédiat que procurent l’emploi permanent et le salaire régulier, le chômage, l’emploi intermittent et le travail comme simple occupation interdisent tout effort pour rationaliser la conduite économique en référence à une fin future et enferment toute l’existence dans la hantise du lendemain, c’est-à-dire dans la fascination de l’immédiat.

Pierre Bourdieu, Les sous-prolétaires algériens, revue Les Temps Modernes, décembre 1962

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