Truc de reur-ti

25 Oct

De prime abord, la tenue de compétition n’est pas glamour et le nom fait un peu vieillot. La savate compte pourtant plus de licencié.e.s que le kick-boxing (aux alentours de 45 000) dont un bon tiers de féminines. La grande majorité des clubs se trouvent dans les quartiers. Loin d’être une activité franchouillarde et traditionaliste, c’est une discipline en permanente évolution.

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En Savate, il n’y a pas de boxeurs mais des tireuses ou des tireurs. Ce terme vient de l’escrime, car initialement on enseignait la canne de combat (un dérivé du maniement de l’épée) dans les salles de savate.

On peut utiliser ses poings comme en boxe (anglaise) pour toucher le devant et les côtés de la face et du buste. Il y a plus de liberté avec les jambes, on peut toucher toute les parties du corps sauf les parties génitales (ainsi que la poitrine pour les féminines), la nuque et le haut du crâne.
La particularité de cette discipline pieds-poings est qu’on ne peut délivrer les coups de pieds qu’avec la chaussure, et que les techniques sont règlementées. On doit faire attention à la distance et à la manière dont en envoie les coups. Les balayages sont autorisés.

Il n’y a pas de parades avec les tibias, la seule manière de ne pas se faire toucher dans les jambes c’est d’esquiver, de bouger.

La savate, c’est avant tout un gros débit au niveau des coups envoyés et beaucoup de déplacements et notamment de sortie d’axes. C’est une excellente école car intransigeante sur l’exécution des coups.

Finale Élite A 2004 Savate Boxe Française.

Pour faire un grand combat, il faut être deux. La finale du Championnat de France Elite 2004 des moins de 70 kilos oppose deux « géants ». D’un côté Djibrine Fall-Télémaque qui représente le club de Bobigny, de l’autre Ismaïla Sarr qui porte les couleurs du Red Star de Champigny, le terroir sur lequel pousse les grands clubs de savate se situent dans nos quartiers.
Le combat va très vite, les coups au corps font mal. De part et d’autre, on vient chercher la jambe d’appui en contre-attaque. Le coup de pied de déséquilibre est utilisé pour stopper un enchainement de coups de poings. Les jambes montent haut jusqu’à la fin du combat. Les combinaisons de coups sont variées, le panel technique est riche. Il y a un parfait état d’esprit pourtant des deux côtés on est à la limite de la rupture.

En fonction de sa sensibilité, on aura un faible pour l’un des deux tireurs.
Quel que soit le résultat, on doit reconnaitre que la débauche d’énergie est énorme, au moins équivalente à la détermination et l’envie d’aller au bout des deux protagonistes.

Tout ça pour la gloire. En savate les tireurs ne sont pas professionnels. Il y a le statut d’athlète de haut niveau pour certain.e.s mais cela ne fait pas bouillir la marmite, cela permet de boucler des études ou d’aménager le temps de travail.
Des heures, des jours, des mois d’entrainement pour arriver à cette finale.
Il y a pourtant plus de maîtrise technique et d’envie dans cette finale que dans beaucoup rencontres de sport professionnel.

Aucune animosité entre les tireurs à la fin du combat, ni même après la proclamation du résultat. Tout le monde sait qu’on assisté à quelque chose de vrai. La finale reste une référence dans les mémoires, on se rappelle du combat livré sur le ring et pas spécialement du nom vainqueur.

C’est un truc de reur-ti ou de reuse-ti de se mettre cher à l’entrainement et en compétition rien que pour voir jusqu’où on peut aller.

La savate, c’est une méthode de travail, de la rigueur, et l’envie de se dépasser et de partager.

Quand on lutte, il faut croire en la victoire et trouver des outils de lutte efficaces qui soient utilisables par toutes et tous.

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  1. Soral : PME, MMA, blablabla | Quartiers libres - 11 février 2016

    […] de combats, revendiqué être l’héritier de l’enseignement d’une pratique ancestrale de la Savate, notre publicitaire attaque la Fédération Française de Judo. Joli paradoxe : les traditions du […]

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