Assata Shakur : Femmes en prison, qu’advient-il de nous? Partie 2

7 Nov

La partie 1 se trouve ICI, la partie trois 3 ICI.

Nous attendons notre tour pour voir le médecin sur des bancs en bois, dans une salle beige et orange. Deux jeunes femmes qui n’ont pas l’air tant marquées par la vie sont assises. Elles portent des robes pastel et des chaussures à bout pointu fournies par l’État (ce qui signifie souvent que celle qui les porte n’a pas les moyens de s’acheter des baskets auprès de l’intendance de la prison). Elles parlent de comment elles se débrouillaient dehors. En tendant l’oreille, je découvre que toutes deux ont de « vieux messieurs » de premier choix qui aiment être bien entourés. J’apprends que les deux hommes s’habillent à la mode, avec des vêtements branchés, tout comme elles. L’une possède quarante paires de chaussures, l’autre cent jupes. L’une a deux manteaux en daim et cinq en cuir. L’autre en a sept en daim et trois en cuir. La première a un manteau en vison, un en renard argenté et un autre en léopard. L’autre a deux visons, une veste en renard, un manteau long en renard et un en chinchilla. L’une a quatre bagues en diamant, l’autre cinq. L’une vit dans un duplex doté d’un jacuzzi, d’un salon en contrebas et d’une fontaine. L’autre décrit une demeure pourvue d’un salon rotatif. Je suis soulagée d’entendre mon nom appelé. Assise là, je me sentais triste, très triste.
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Il n’y a pas de criminelles ici, à la prison new-yorkaise pour femmes de Riker’s Island, seulement des victimes. La plupart des femmes, près de 95 %, sont Noires et Portoricaines. Nombre d’entre elles ont été maltraitées pendant leur enfance. La plupart ont été maltraitées par des hommes et toutes l’ont été par « le système ».
Ici, pas de gangster célèbre, pas de meurtrière en série, pas de « marraine » du crime. Pas non plus de grandes trafiquantes, de kidnappeuses ou de femmes du Watergate. On ne trouve presque aucune femme condamnée pour des délits de cols blancs tels que le détournement de fonds ou la fraude. La plupart des femmes ici sont impliquées dans des affaires de drogue. Elles sont nombreuses à être inculpées de complicité dans des délits commis par des hommes. Les délits les plus communs qui sont reprochés aux femmes ici sont la prostitution, le vol à la tire ou à l’étalage, le cambriolage ou les drogues. Les femmes impliquées dans des affaires de prostitution ou qui sont « hôtesses » forment une grande part de la population des courtes peines. Les femmes considèrent le vol ou l’arnaque comme une nécessité pour leur survie ou celle de leurs enfants car les emplois sont rares et les aides sociales trop peu élevées pour s’en sortir. Une chose est claire : le capitalisme amérikain n’est en aucune façon menacé par les femmes détenues à Riker’s Island.

La première fois que l’on vient à Riker’s Island, on a l’impression que l’architecte a conçu cette prison en prenant pour modèle une maison de correction. Dans les endroits par lesquels passent habituellement les visiteurs on trouve de nombreux miroirs ainsi que des plantes et des fleurs en abondance. Les blocs cellulaires sont composés de deux longs couloirs avec des cellules de part et d’autre, reliés par un poste de surveillance pour les gardiennes appelé la « bulle ». Chaque couloir a une salle de jour dotée d’un téléviseur, de tables, de chaises multicolores, d’une cuisinière qui ne fonctionne pas et d’un réfrigérateur. On trouve également une buanderie avec un évier, un lave-linge et un séchoir hors d’usage.

À la place des barreaux, les cellules ont des portes peintes dans des couleurs brillantes, optimistes et dotées de fines ouvertures vitrées destinées à nous observer. Les portes sont contrôlées électroniquement par les gardes dans la bulle. Tout le monde appelle les cellules des « chambres ». Celles-ci sont équipées d’un petit lit, d’un placard, d’un bureau et d’une chaise, d’une tête de lit recouverte de plastique qui s’ouvre pour servir de rangement, d’une petite étagère, d’un miroir, d’un lavabo et de toilettes. L’administration distribue des draps aux couleurs criardes et dispose des tapis en espérant rendre les lieux accueillants. La prison compte également un espace scolaire, un gymnase, un auditorium tapissé, deux réfectoires et des aires de loisir situées à l’extérieur qui ne sont utilisées que durant l’été.

Le texte original est disponible ICI.

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