Assata Shakur : Femmes en prison, qu’advient-il de nous? Partie 4

25 Nov

La partie 3 est disponible ICI.

Ici, le principal sujet de conversation est la drogue. 80 % des détenues ont déjà consommé des drogues quand elles étaient dehors. En général, la première chose qu’une femme dit qu’elle va faire une fois à l’extérieur c’est se défoncer. En prison comme dans la rue, prévaut une culture de l’évasion par les drogues. Au moins 50 % de la population carcérale prend des psychotropes. Trouver des combines pour se fournir de la drogue est un travail de tous les jours.

psychotropes

Les journées se consument en activités distrayantes : séries télévisées, intrigues amoureuses entre les murs, jeux de cartes et autres jeux. Une petite minorité fait des études ou apprend un métier. Une minorité plus réduite encore tente d’étudier les livres de droit disponibles. Aucune des détenues n’a de bonnes connaissances en droit et la plupart ne maîtrisent même pas les procédures légales les plus rudimentaires. Quand on leur demande ce qu’il s’est passé au tribunal ou ce que leur avocat leur a dit, elle ne savent pas ou ne s’en rappellent plus. Se sentant totalement désemparée et sous pression, une femme enverra paître son avocat ou le juge avec seulement une vague idée de ce qui est en train de se passer ou de ce qui devrait être fait. La plupart plaident coupable, qu’elles le soient ou non. Les rares qui se rendent à leur procès ont en général des avocats commis d’office et sont condamnées.

Ici le mot lesbienne est rarement, voire jamais, prononcé. La plupart des relations homosexuelles, si ce n’est toutes, impliquent de jouer un rôle. La majorité des relations sont asexuelles ou semi-sexuelles. L’absence d’activité sexuelle ne s’explique qu’en partie par la prohibition de la sexualité qui règne en prison. Fondamentalement, les femmes ne sont pas en quête de sexe. Elles recherchent de l’amour, des attentions et de la camaraderie. Et ce afin de soulager le sentiment écrasant d’isolement et de solitude qui envahit chacune d’entre nous.

Les femmes qui sont « agressives » ou qui jouent des rôles masculins sont appelées « butches », « bulldaggers » ou encore « stud broads ». Elles sont très demandées car elles sont toujours minoritaires. Les femmes qui sont « passives » ou jouent des rôles féminins sont appelés « fems ». Les relations entre « butches » et « fems » sont souvent des relations de domination, reproduisant les aspects les plus sexistes et oppressifs d’une société sexiste. Il est courant d’entendre des « butches » menacer des « fems » de violence physique, et il n’est pas rare qu’elles mettent ces menaces à exécution contre « leurs femmes ». Certaines « butches » se considèrent comme des maquereaux et recherchent les femmes qui ont les plus gros mandats pour cantiner, le plus de produits de contrebande ou les meilleures connexions à l’extérieur. Elles estiment qu’elles sont au-dessus des femmes ordinaires et qu’à ce titre elles doivent être « respectées ». Elles ordonnent aux « fems » ce qu’elles doivent faire et nombreuses sont celles qui insistent pour que celles-ci lavent, repassent, cousent et nettoient leur cellule à leur place. Entre elles, les « butches » s’appellent « mec ». D’une « butch » appréciée, ses pairs diront : il est « un des gars ».

thaks giving rikers island

Une fois en prison, les changements de rôle sont monnaie courante. Bien des femmes qui sont strictement hétérosexuelles à l’extérieur deviennent des « butches » à l’intérieur. Les « fems » fabriquent souvent des « butches » en persuadant une codétenue qu’elle ferait une « belle butch ». Près de 80 % de la population de la prison est engagée dans une forme ou une autre de relation homosexuelle. Presque toutes suivent des modèles négatifs et stéréotypés de rôles masculins/féminins.

Aucun lien n’existe entre ce lesbianisme et le mouvement des femmes. À Riker’s Island, la plupart des femmes n’ont aucune idée de ce qu’est le féminisme, et encore moins le lesbianisme. Le féminisme, le mouvement de libération des femmes et le mouvement de libération gay sont à des années-lumière des femmes de Riker’s.

Le texte original est disponible ICI.

%d blogueurs aiment cette page :