Opposition de styles

14 Déc

Après avoir abordé le Danmyé, la Boxe et la Savate, un petit coup d’oeil sur le Muay Thaï, discipline particulière qui mélange techniques de percussion, de préhension et de projection.
Elle est célèbre pour l’utilisation des techniques de genoux et de coudes qui arrêtent souvent prématurément les confrontations.
Durant des années, on en a fait un sport « violent » pratiqué par des voyous. Une épreuve de force pratiquée tibia contre tibia où le plus féroce l’emporte au fond d’une cave.
lascar Muay Thaï
Malgré sa mauvaise réputation, le Muay Thaï a été le véhicule qui a permis à toute une génération mordue de sports de combat de repousser ses limites et de voir plus loin que le bas du bâtiment.
La pratique de la Boxe thaïlandaise a commencé à se diffuser partout dans le monde à la fin des années 70. En France, elle contamine un paquet de monde dans les années 80. Son aspect complet (la variété des armes proposées, les modalités d’oppositions possibles) séduit un bon nombre de pratiquants d’arts martiaux. Elle attire aussi un grand nombre de néophytes qui ont envie de découvrir un sport que l’on présente comme « ultime ».
Aujourd’hui, cette discipline fait partie du panorama sportif, il existe même un diplôme d’état pour l’enseigner. Les clubs sont nombreux, plus besoin de traverser la région pour aller s’entraîner.
Le Muay Thaï a fait le tour du monde et a changé bien des choses en Europe. Une révolution s’est produite dans les salles de boxe, de France et de Hollande notamment.
La manière de combattre des thaïlandais est alors particulière, c’est de la lutte et du jeu. Les techniques de genoux et de coudes font la différence lors des confrontations. Afin de pallier leurs lacunes techniques, les européens misent sur la puissance des percussions en pieds, mais surtout en poings. La pratique de la Boxe « anglaise » est un atout qui permet de se sortir de situations difficiles.
Les échanges entre sportifs européens et thaïlandais accélèrent l’évolution et uniformise le Muay Thaïrob-kaman-sidyothong.

La discipline « traditionnelle » devient une pratique sportive à laquelle les boxeurs du monde entier apportent leur contribution.
Afin d’illustrer ce propos, voici une opposition de style entre Krongsak et Rob Kaman qui se déroule en 1988 à Japy. Outre la différence d’approche de la discipline, il y a un écart de poids de 9 kilos entre les deux combattants.
Cette opposition n’est pas intéressante par le résultat qui est proclamé à la fin, mais par ce qu’elle produit sur le ring. Pour les deux protagonistes, il est clair en regardant leur réaction que la délibération des juges passe en second bien après les enseignements tirés de cet échange.

D’un côté on trouve Rob Kaman, un des boxeurs phare de l’école hollandaise. De l’autre Krongsak, une des références du Muay Thaï. Au milieu pour arbitrer, les plus anciens reconnaitront l’inoxydable Kouider de Nanterre.
Avant l’entame du combat, l’attitude des deux protagonistes est totalement différente. Chacun se concentre à sa manière, Kaman ne fait pas le Ram Muay rituel, on ne le voit pas non plus exécuter le Wai Kru aujourd’hui obligatoire lors de n’importe quelle compétition.
Au début du combat, là aussi opposition totale : Krongsak est en garde inversée. Le champion thaïlandais, tourne, esquive, retire la jambe, riposte quand il le faut.
Rob Kaman cadre, envoie des coups puissants. Le Thaïlandais, malgré quasi 10 kilos d’écart va montrer comment avec de la technique, de l’intelligence et du sang froid il est possible de tenir la dragée haute à Rob Kaman. Saisies, projections, utilisation du corps à corps, maîtrise des techniques de genoux, balayages, Krongsak sort la panoplie du Nak Muay traditionnel face à un géant des boxes pieds poings.
krongsak
Loin d’apparaitre comme brutal et méchant, le Muay Thaï que Krongsak utilise est clairement intelligent et rationnel. C’est à l’opposé de la réputation que la Boxe thaïlandaise avait alors. Face à une force supérieure, on se déplace, on joue avec les distances, on varie les techniques.
Aujourd’hui une telle opposition de style est quasiment impossible. Les Nak Muay de tous les pays du monde sont complets. Les Thaïlandais ont resserré leur garde et utilisent mieux les poings, ils cherchent aussi plus souvent la puissance. Les autres ont acquis les techniques de corps à corps, de saisies ainsi que de coudes et de genoux qui leur manquaient. Pour ce faire ils ont écumé les différents coins de Thaïlande. Ils sont revenus avec tous leurs savoirs et les ont redistribués.
On peut dire que le Muay Thaï est plus complet depuis qu’il s’est ouvert. L’émulation entre les sportifs a créé une dynamique et des liens. Les méthodes d’entrainement, les techniques ont été partagées et sont désormais le patrimoine du monde entier. Chacun garde ses petits secrets, mais il n’y a plus de fossé dans la pratique.
Le Muay Thaï est une discipline populaire parce que ses pratiquants ne se sont pas enfermés dans la défense d’une pureté traditionnelle mais ont su faire évoluer leur discipline tout en conservant l’essentiel : la richesse du bagage technique.

Une Réponse vers “Opposition de styles”

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  1. Soral : PME, MMA, blablabla | Quartiers libres - 11 février 2016

    […] que ce sont les jeux du cirque modernes dans leur mise en scène. Le MMA a remplacé la boxe et le Muay Thaï dans le panthéon des Dieux de la cogne rémunérée. C’est le miroir aux alouettes qui fait […]

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