Le journalisme embarqué. Superdupont contre les « gangs de cité ou d’Europe de l’Est »

13 Jan

Capture d’écran 2014-01-12 à 23.11.58[extrait de l’infographie publiée dans Le Monde du 14 décembre 2013]

Avant, on se demandait : «  Que fait la police » ? Aujourd’hui, on sait : elle fait des petits dessins pour les journaux.

Avant, on avait un peu l’impression de faire dans la caricature gauchiste en bavant sur les « journalistes-policiers ».

Ben en fait c’était mieux avant… Maintenant on se dit qu’on était de doux rêveurs. Ah ! C’était le bon temps ! On pouvait exagérer. Maintenant, on ne peut plus, la réalité dépasse la fiction. Certains journalistes, sans nécessairement être stipendiés par la maréchaussée ni émarger à l’extrême droite, assurent avec zèle la diffusion des cartes d’état-major de la surveillance policière. Ils mettent à la disposition des braves citoyens le quadrillage élaboré par nos efficaces services de sécurité. Et surtout, ils confirment ce que chacun sait –puisque tout le monde le dit– : nous sommes cernés par des hordes, des bandes ethniques, des gangs allogènes, qui se spécialisent dans toutes les activités délictueuses possibles et imaginables : elles constituent, «des organisations criminelles mondialisées». Brr…

Les petits dessins localisant les ennemis en mettant des petits bonshommes sur une carte, c’est pas nouveau. On nous les sert à chaque « opération extérieure », avec en contrepoint la vaillante silhouette de nos soldats partis faire respecter les droits de l’homme chez les autres, en arborant de temps en temps quand même une tête de mort ou un insigne nazi. Mais c’est juste pour rire, hein.

Microsoft Word - Document1D’habitude, on sort même des placards pour les explications les « experts » militaires, en général des badernes à la retraite qui n’ont aucune idée de ce qui se décide en haut lieu, mais qui sont très contents de parler de ce qui se passe loin de notre bel Hexagone. Et comme les journalistes qui les invitent sont très contents qu’ils parlent à leur place, tout le monde est content, la vie est belle.

La Gaule est envahie par les sauvages

Microsoft Word - Document2Quand ce jeu de petits soldats est situé loin, chez les sauvages, forcément (en Afrique ou au Moyen-Orient), ça ne fait pas peur à Mme Michu. C’est même rassurant de voir qu’on est encore une grande puissance. Mais alors quand les mêmes codes graphiques sont utilisés pour la France, ça fout un coup au moral, ça fait même peur : la guerre est là, sur notre territoire national, et on ne le savait pas ! Et rebelote : on sort les experts. Sauf que ceux-là, ils ne sont pas au placard : ils sont d’active.

Dans son édition du 14 décembre, le « journal de référence », alias Le Monde, pourtant réputé pour son sens de la mesure, titrait en tremblant de toutes ses pages « Gangs des cités ou d’Europe de l’Est : le nouveau visage du crime organisé ». Il titrait, mais c’est tout : pour le reste, les deux journalistes responsables de l’article donnaient la plume au Service d’information, de renseignement et d’analyse stratégique sur la criminalité organisée (Sirasco) de la Police Judiciaire. Normal, ce sont des experts, des vrais professionnels, des qui savent. On ne va quand même pas discuter : y a qu’à les laisser parler, finalement c’est plus clair. C’est comme ça que, grâce au service de communication de la PJ, qui vous parle dans le kiosque tous les soirs, on apprend que la criminalité pousse sous serre dans « les cités » et à l’état naturel en « Europe de l’Est ». C’est tout ? Ah non : y a aussi un peu de « milieu traditionnel », ça rassure, ça, du gang de souche. Mais dans l’ensemble, c’est franchement pas très français : « réseaux », « filières », « groupes » balkaniques, roumains, turcs, nigérians, franco-marocains, géorgiens, albanophones, gens du voyage, russophones, hispanophones. Ya même des « Bandidos », des « motards criminalisés », des bandits à roulettes ! Et ils sont partout !

Bizarrement, on a beau chercher, mais rien sur les terrifiantes filières Balkanyques de blanchiment de fraude fiscale  de Levallois-Perret, pas de trace des sulfureuses sections Dassault de Corbeil-Essonnes, et rien non plus sur les dangereux gangs pratiquant le fisc-fucking basés à Neuilly-sur-Seine, cité par ailleurs bien connue des (autres) services de police pour son non-respect de la loi SRU sur les logements sociaux. Pourtant c’est bien la petite couronne parisienne… Ça ne doit pas être la même couronne…

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