Charbonneur écriteur, une histoire du rap militant : it’s bigger than Hip Hop

28 Fév

Charbonneur écriteur, une histoire du rap militant : it’s bigger than Hip Hop

bboykonsian

(à propos de l’intervention de Skalpel et Akye au colloque Penser l’émancipation organisé à Nanterre)

La salle est comble, tout le monde s’est installé aux tables habituellement réservées aux étudiant.e.s. Certain.e.s sont assis.e.s par terre, faute de place. On a beau être là pour parler de son et de révolte, l’université contraint les corps et les voix : tout le monde attend en silence, sans bouger, que les interventions commencent. Assis, stylos à la main, ils attendent qu’on leur parle de rap, de « culture et de résistance », comme l’indique le titre ronflant de l’atelier. Pourtant on est loin de l’atmosphère des salles où a l’habitude de retrouver Skalpel, puisque c’est lui, entre autres, que l’on écoutera ce jour-là. On n’aura jamais entendu sa voix aussi clairement que dans le calme étouffant de cette après-midi studieuse.

Face aux résistant.e.s de campus, aux militant.e.s, aux curieu.se.s et aux sceptiques, Skalpel nous livre une histoire, la sienne. L’enfance aux 3000, le son, dès la fin des années 90, avec la K-bine : le rap conscient des premières années. Et puis petit à petit, le terrain, qui gagne. Le soutien aux prisonniers d’Action Directe, à Georges Abdallah, les mobilisations contre les violences policières : rap militant.

2005, l’autonomie. Grâce à BBoyKonsian, le projet mené par Akye, qu’il présentera aussi, c’est la rupture avec les circuits traditionnels de distribution, la fameuse « industrie du disque ». Pas juste une histoire d’émancipation mais bien une histoire d’exigence de cohérence entre des paroles et des actes. Pas de posture mais des positions claires, tranchées, qui résonnent dans la salle comme une injonction à dépasser le titre qui nous a rassemblés là, très provisoirement : à quoi bon « penser l’émancipation » si la réflexion n’est pas suivie d’effets. Une partie de la salle note sous la dictée, on n’a pas tous les jours l’occasion d’entendre ce genre de mots entre ces murs-là. Celles et ceux qui le connaissent écoutent, le sourire aux lèvres, ou somnolent, les marques de la soirée de la veille encore lisibles sur les visages, attendant seulement la pause pour pouvoir enfin sortir.

Des premiers maxis à Première Ligne Skalpel rappelle que le rap conscient n’est devenu « militant » qu’au terme du parcours, qu’à l’aune du terrain : « y a des trucs qu’on apprend pas dans les livres ». Militant : pas une étiquette ou même une revendication, mais un constat, pas amer celui-là, et qui n’a qu’un visage. Une histoire d’un rap en français, pas autre chose, loin du mépris et des mensonges des effroyables imposteurs.

Une invitation à écrire une histoire populaire du rap, enfin. Cette histoire à venir qui ne se lira pas dans les classes et qu’on ne discutera pas en colloque ou bien dans 30 ans, proche de celle qu’en d’autres lieux on écrivait, au même moment, avec ceux qui la font.

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