Convergence des luttes : antifascisme et antisionisme

3 Mar

La manifestation antifasciste du 9 février dernier (commémoration des manifestations antifascistes de 1934) donne lieu à des débats tournant autour de la participation au cortège de manifestants ayant soutenu la cause palestinienne derrière une banderole « Contre le fascisme et le sionisme ». Plusieurs messages ou commentaires ont ainsi été envoyés sur des réseaux sociaux, blogs ou sites d’informations militants, qui critiquent ce soutien des militants antisionistes au combat antifasciste.

Le principal reproche qui circule vise le fait que les mots « sionisme » et « fascisme » figuraient sur une banderole. Ce lien n’est pourtant guère surprenant de la part de militants qui soutiennent la cause palestinienne lorsqu’ils se trouvent participer à une marche antifasciste.

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Le slogan « Contre le fascisme et le sionisme » peut poser question, bien sûr, mais il s’agit d’une question qu’il faut entendre et non condamner a priori : comment et pourquoi, dans la France d’aujourd’hui, passe-t-on systématiquement d’une volonté de jonction de luttes politiques par les uns, à l’imputation par d’autres d’une analogie jugée dangereuse voire infamante ?

Les critiques indignés ont vu dans cette banderole ce qu’ils désiraient, peut-être même ce qu’ils fantasment. Ils dénoncent, horrifiés, un amalgame entre le sionisme et le fascisme qui serait le masque de l’antisémitisme.

Ignorent-ils que plusieurs mouvements dans l’histoire ont revendiqué ce double combat antifasciste et antisioniste, de même que d’autres se sont affirmés antifasciste et sioniste, fasciste et antisioniste ou encore fasciste et sioniste ?

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Être contre le fascisme et le sionisme est moins aberrant ou incompatible qu’être libertaire et défendre l’Etat israélien. Ce qui apparemment scandalise, c’est cette mise en avant de la lutte antisioniste « dans le contexte actuel » franco-français.

Depuis plus de dix ans les dénonciateurs d’un « nouvel antisémitisme », à grand renfort médiatique, tentent d’amalgamer islam, antisionisme, antisémitisme, immigrés et gauchistes.
Cet amalgame sert avant tout une partie des droites radicales qui, draguant la « communauté juive », se trouvent subitement « lavées » de tout antisémitisme et peuvent désormais se présenter comme le meilleur rempart face aux musulmans, et donc comme le meilleur adversaire du supposé antisionisme/antisémitisme.

Mais cet amalgame n’est pas moins utile aux véritables trafiquants d’antisémitisme, puisqu’il leur permet, sous couvert d’antisionisme, de vendre leur fausse érudition, leurs spectacles, leurs produits dérivés, leurs plats préparés et autres breloques à des sympathisants de la cause palestinienne, des anti-imperialistes et des gauchistes en déshérence.

Ces authentiques antisémites, en prenant le soin d’incarner l’équation « antisionisme = antisémitisme », ne font que fortifier la propagande des soutiens inconditionnels d’Israël qui visent à marquer toutes oppositions au sionisme du sceau de l’antisémitisme.

Enfin, cette formule magique permet à une partie des politiques et du monde intellectuel et médiatique français de stigmatiser à peu de frais les musulmans, les quartiers populaires, les mouvements de gauches, etc.

Les contempteurs de la manifestation antifasciste du 9 février semblent avoir parfaitement intégré ces discours dominants qui fait de toute opposition au sionisme une manifestation d’antisémitisme.

À leurs yeux, la présence sur une banderole des mots « sionisme » et « fascisme » – rendus au demeurant vague par leurs histoires et de leurs instrumentalisations multiples – ne peut que signifier « juif = nazi ».

Ceci serait en outre confirmé par l’utilisation du slogan : « Paris-Gaza: Antifa! », qui rappellerait le « À Paris comme à Gaza, intifada » scandé par le G.U.D. et divers groupuscules nationaux révolutionnaire (N.R.) dans les années 1990.
Ces derniers, par logique propre et par imitation des gauches radicales, en étaient effectivement venus à se revendiquer pro-palestiniens et anti-impérialistes. Le slogan « Paris-Gaza, Antifa » serait par conséquent hautement suspect.

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Mais avec cette logique, autant abandonner tous les symboles de gauche puisque ceux-ci ont presque tous été repris et détournés par les droites radicales – logo de l’Action antifasciste compris, actuellement utilisé par les Nationalistes autonomes.

Il ne s’agit pas de nier les problèmes posés par la séduction exercée par les antisémites, mais au contraire de se battre pied à pied pour ne pas laisser les luttes et les symboles de ces luttes aux droites radicales.

Se les réapproprier, les repenser, les réinvestir de sens permet d’éviter que les militants sensibles au sort de la Palestine – puisque c’est d’eux dont il s’agit dans le cas présent – n’aient comme seule option le théâtre de la Main d’Or ou les boutiques d’Égalité et Réconciliation.

Quant aux pétitions de principe sur fond de vagues connaissances historiques mal digérées, le tout enrobé d’une indignation pleine de contradictions et d’une logorrhée verbale pathétique dans tous les sens du terme, elles n’apportent rigoureusement rien.

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4 Réponses to “Convergence des luttes : antifascisme et antisionisme”

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  1. La Horde – À propos d’antifascisme et d’antisionisme - 5 mars 2014

    […] la présence de camarades antisionistes clairement non-antisémites dans la manifestation : le site Quartiers libres l’a fait, et nous nous permettons de reproduire leur texte ici, car il nous semble à même […]

  2. LDJ : la stratégie du pire | quartierslibres - 15 juillet 2014

    […] Cette stratégie du pire révèle que l’extrême droite sioniste est arrivée à un point de rupture. Le chantage à l’antisémitisme ne fonctionne plus, l’utilisation consciente de Soral et consorts depuis des années comme diables de confort par les autorités françaises et les sionistes ont contribué à entretenir la confusion dans les termes et dans les luttes. […]

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