Jean-Luc Einaudi : Honneur à ceux qui transmettent la mémoire de nos luttes

24 Mar

Jean Luc Einaudi est mort le 22 mars 2014, jour d’une manifestation internationale antiraciste et antifasciste menée par les associations de travailleurs sans papiers. On ne peut que déplorer la perte de cet homme, mais c’est un beau jour pour mourir. Son dernier souffle a été accompagné par les tambours des cortèges maliens et maghrébins et les slogans des organisations antifascistes. Les mégaphones faisaient entendre la voix des sans-voix. Cette voix que Jean-Luc Einaudi a tant contribué à faire entendre.

la bataille de paris d’organisations marxistes et est rédacteur bénévole pour « l’humanité rouge ». Puis il devient éducateur au sein de la PJJ, comme pour beaucoup de militant.e.s à l’époque, travailler auprès de la jeunesse pauvre ou délinquante est une prolongation de l’engagement politique. Il s’agit de se confronter à une réalité sociale, de combattre d’autres formes d’injustice.

Au fil de ses rencontres militantes, Jean-Luc Einaudi, va rencontrer les grands acteurs de la décolonisation algérienne, des membres du FLN, des français comme Georges Mattei ou le faussaire Adolfo Kaminsky qui ont consacré leur vie au combat pour la liberté des peuples opprimés. De ces discussions et de ces dialogues viendront la conviction qu’il faut raconter, pour se faire entendre. Qu’il faut donner matière à la mémoire de la répression et de l’injustice coloniale.

Sa première contribution à la grande histoire sera la mise en lumière de la terrible répression commise par la police française, alors aux ordres du collaborateur Papon, le 17 octobre 1961, journée lors de la quelle plusieurs centaines d’Algériens furent tués à Paris alors qu’ils manifestaient contre un couvre-feu.

Son libre « La bataille de Paris » paru en 1991 raconte par le détail un moment d’histoire volontairement oublié. Il fera date, seul un roman policier « meurtre pour mémoire » de Didier Daeninck abordait à l’époque ouvertement le sujet.

einaudi franc tireur

Par la suite, il écrira des ouvrages biographique sur la vie de militants anticolonialistes. « Un Algérien » sur Maurice Laban, « Franc-Tireur ». sur Georges Mattéi. Autant de vies épiques, au service de la justice sociale, qui seraient sans lui tombées dans l’oubli.

Il écrira encore un livre sur la guerre d’Indochine « Viet-Nam » et « les silences de la police » avec Maurice Rajsfus sur la rafle du gel d’hiv et le 17 octobre 61

Un éducateur, un militant qui devient historien, dont la ténacité, le travail de recherche dans les archives permettent d’honorer nos luttes et témoigner des trahisons et des injustices. Cela donne de l’espoir, chacun.e d’entre nous en est capable, il faut raconter l’histoire de nos luttes, cette histoire qui est la notre car personne ne le fera à notre place.

Merci à Jean-Luc Einaudi et tous ceux qui racontent aujourd’hui et à jamais.

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