Séance du dimanche : La deuxième droite

13 Avr

Deuxième droite -couv

Entretien avec le sociologue critique Jean-Pierre Garnier, à l’occasion de la republication en 2013 chez Agone de l’essai au vitriol qu’il avait écrit avec Louis Janover sur la réalité de  « La deuxième droite », c’est c’est à dire le Parti Socialiste au pouvoir. Difficile de trouver une illustration plus claire du Vallso-Hollandisme, qui n’est en fait que le point d’arrivée du trajet de reniement et de désarmement de la gauche mené depuis 1981, du Programme Commun à Bernard Tapie, de l’autogestion à la rigueur budgétaire et de l’horizon d’une société socialiste à la réconciliation avec le capitalisme.

Le documentaire s’appuie sur des extraits en images des moments forts de cette trahison de classe menée par l’autoproclamée « deuxième gauche ». On y retrouve, dans le rôle de fossoyeurs, outre Miterrand et ses seconds couteaux du PS, les intellectuels organiques de la gauche domestiquée : les sociologues d’accompagnement (Touraine, Wievorka…), les bureaucrates de la collaboration de classe (les « partenaires sociaux »), les parasites publicitaires (Séguéla) et, bien sûr, les tristes figures médiatiques du reniement enthousiaste, comme l’ex-stalinien Yves Montand ou le maoïste (vite) repenti André Glucksman, qui devait finir conseiller politique de Sarkozy et qui entonne ici le slogan « ni rouge ni mort », mis en musique au même moment par le chanteur de l’OAS Jean-Pax Méfret.

L’analyse du nouveau rôle assumé par les agents de cette « deuxième droite » est intéressante : ceux que Garnier appelle les « néo petits-bourgeois » jouent le rôle d’intermédiaires entre la vraie bourgeoisie (celle qui contrôle les moyens de production et dirige l’économie) et les partis et autres syndicats bureaucratisés de la gauche assagie. Les « agents dominés de la domination », pour parler en termes bourdieusiens. C’est bien pour ça que la « gauche » a toujours été plus loin dans les « réformes » néo-libérales que la « droite ». Cela explique aussi pourquoi il est aujourd´hui aussi difficile pour les classes populaires et les groupes progressistes de s’identifier à cette « gauche » : il y a un gouffre entre les intérêts qu’ils servent objectivement (l’ordre capitaliste dominant) et les classes sociales qu’ils sont censés représenter. D’où la démobilisation générale et le boulevard ouvert aux charognards du FN.

On appréciera aussi le fait que Jean-Pierre Garnier ne s’en tienne pas à énoncer une sorte de nécrologie impuissante de la gauche. Il est hors de question de déserter le terrain de la lutte en se résignant au T.I.N.A. (« Il n’y a pas d’alternative ») des ultra-libéraux sarkozo-vallsistes : tout reste au contraire à inventer, et la transformation sociale se construit tous les jours dans les nouvelles formes de lutte.

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Une Réponse to “Séance du dimanche : La deuxième droite”

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  1. Séance du dimanche. Charlie Bauer marathonien de l’espoir | quartierslibres - 30 août 2015

    […] rien à voir avec Alain Bauer, le dealer de sécurité bien connu, élevé au grain rocardien –la deuxième droite– comme Valls lui-même. Charlie Bauer, c’est précisément l’inverse de la trahison […]

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