Jean Louis Hurst est enterré aujourd’hui à Alger

21 Mai

Jean Louis Hurst, dit Maurienne, est enterré aujourd’hui à Alger.

jean louis hurst1

Sur la tombe qu’il partage avec sa femme au cimetière de Dar Assaâda est inscrit :

J’ai quitté ma famille
j’ai quitté mon pays
Je suis un homme du monde

J’ai quitté ma famille
j’ai quitté mon pays
Je suis une femme du monde

Jean-Louis et Heike Hurst

 

Jean Louis Hurst a montré que le premier impérialisme à combattre, c’est le sien.

le déserteur

Voici une biographie tirée du d’un site universitaire qui est spécialisé dans l’histoire du Mouvement Ouvrier :

Né le 18 septembre 1935 à Nancy (Meurthe-et-Moselle), mort le 13 mai 2014 à Villejuif (Val-de-Marne) ; instituteur, journaliste ; militant communiste ; militant syndicaliste (SNI) ; militant clandestin pendant la guerre d’Algérie (déserteur, « porteur de valises »).

Le père et le grand-père de Jean-Louis Hurst, officiers, étaient catholiques. En 1940, son père Pierre-Louis Hurst a refusé la signature de l’armistice et se réfugia en Algérie avec sa famille. En 1942, il rejoignit les rangs de l’armée de libération, avant de participer aux combats en Italie et en France à la tête d’une unité composée de « Français musulmans ». De retour en France, la famille Hurst s’installa à Colmar, où le père, représentant, travailla à la préfecture comme attaché culturel. Progressivement, Jean-Louis Hurst se rapprocha de l’un des deux Algériens au service de sa famille, et s’éloigna de son père, favorable au colonialisme.
Après l’obtention de son baccalauréat, Jean-Louis Hurst a bénéficié de la bourse Zellidja afin de visiter Israêl, en 1953. Il y découvrit le communisme et le nationalisme arabe, en particulier auprès d’Égyptiens et de réfugiés palestiniens. De retour en France, Jean-Louis Hurst suivit une formation d’instituteur à Aix-en-Provence à partir d’octobre 1955. Il encadrait des colonies de vacances. A Aix, il s’inscrivit au PCF en octobre 1955 du fait de son opposition à la répression en Afrique du Nord et participa à la campagne des élections législatives de janvier 1956. Il adhéra aux Jeunesses communistes en mai 1956. De retour en Alsace comme instituteur, il milita dans les JC et dans la section départementale du SNI du Haut-Rhin, dont il devint le délégué départemental des jeunes. Membre de la commission nationale des jeunes, il participa le 16 juillet 1956 à la réunion des responsables des commissions de jeunes avant le congrès du SNI. Après l’article « Impression de congrès » de James Marangé, il écrivit dans L’École libératrice, le 30 novembre 1956, sa satisfaction de voir les jeunes s’engager dans la vie syndicale et indiquait tout le bien que lui avaient apporté les travaux du congrès du SNI.
Opposé à la guerre d’Algérie et désirant agir au sein de l’armée, il résilia son sursis et effectua son service militaire à compter de mars 1957. Après ses classes, il effectua un stage dans les Transmissions à Laval. Il se sentait cependant isolé, ne rencontrant qu’un seul soldat opposé à la guerre : Gérard Meïer. Après avoir suivi le peloton des officiers, Jean-Louis Hurst devint sous-lieutenant à la fin de l’année 1957. Il était alors tenté par la désobéissance mais refusa de choisir la voie de l’emprisonnement. Au début de l’année 1958, il fut affecté à l’État-major de l’armée française en Allemagne, à Baden-Baden où il fut notamment chargé de l’instruction des appelés. En mai 1958, il intercepta des messages des insurgés d’Alger à l’attention des officiers en Allemagne. Il penchait alors de plus en plus vers la désertion, ce dont il débattit avec André Mandouze, longtemps enseignant à Alger et favorable à l’indépendance de l’Algérie. Il demanda alors à entrer en contact avec les réseaux d’aide au FLN, ce qui lui permit de rencontrer l’Abbé Robert Davezies, Jacques Vignes puis Francis Jeanson.
Au cours de l’été 1958, Jean-Louis Hurst effectua plusieurs passages clandestins de frontière vers l’Allemagne. L’idée d’une « désertion engagée » se réalisa en septembre 1958, avant son départ pour l’Algérie. Il rejoignit Yverdon en Suisse, via Bâle, où il rencontra des « porteurs de valises » et d’autres réfractaires. Il effectua alors des passages de frontière réguliers, mais cette activité le lassait. Henri Curiel, communiste juif égyptien impliqué dans l’aide au FLN, lui suggéra de créer une organisation de déserteurs et d’insoumis. Jean-Louis Hurst proposa à Gérard Meïer, qui avait déserté en même temps que lui, et Louis Orhant, ouvrier communiste ayant déserté en 1956, de créer Jeune Résistance, qui aiderait les réfractaires en exil puis faciliterait leur retour en France.
Une réunion à laquelle participa Jean-Louis Hurst lança véritablement Jeune Résistance en mai 1959. Au cours de l’été, Robert Davezies et Jean-Louis Hurst firent connaître Jeune Résistance au Festival mondial de la jeunesse à Vienne, trouvant du soutien auprès de plusieurs organisations en Europe. Jean-Louis Hurst s’installa à Fribourg puis à Francfort au début de l’année 1960, peu de temps avant que les autres opposants français dà la guerre d’Algérie aient été expulsés de Suisse.
En avril 1960, il publia Le déserteur, sous le pseudonyme de Maurienne, trouvé par le directeur des Éditions de Minuit Jérôme Lindon. Cet ouvrage très autobiographique se présentait comme un roman écrit dans une optique de propagande contre la guerre. L’ouvrage fut saisi ; Jean-Louis Hurst et Jérôme Lindon furent poursuivis pour provocation de militaires à la désobéissance et condamnés en décembre 1961 à 2 000 francs d’amende. Le compte rendu du procès a été publié en 1962 aux Éditions de Minuit, sous le titre Provocation à la désobéissance. Le jugement fut finalement cassé par la cour de cassation en 1964.
Au cours de l’été 1960, Jean-Louis Hurst participa aux congrès constitutifs du Mouvement anticolonialiste français (MAF) en Suisse puis de Jeune Résistance à Darmstadt (Allemagne). Il soutint Henri Curiel, communiste, contre Francis Jeanson. Il contribua à la réorganisation de Jeune Résistance, devenant l’un des membres du secrétariat, au cours du Comité de coordination convoqué par la Fédération de France du FLN en octobre – novembre 1961. Conçue comme une organisation politico-militaire avant-gardiste, Jeune Résistance remplaça alors le réseau de soutien au FLN. En décembre 1960, les réfractaires revinrent en France pour poursuivre la lutte dans la clandestinité. Lorsque Jeune Résistance se rapprocha du trotskisme en janvier 1961, Jean-Louis Hurst quitta le mouvement. Il se consacra alors uniquement au soutien : après avoir milité à Toulouse, il rejoignit le réseau lyonnais, échappant aux nombreuses arrestations qui touchèrent le mouvement.
À la fin de la guerre, il participa au Comité de coordination des réfractaires anticolonialistes pour obtenir une amnistie collective. Il réintégra volontairement l’armée le 29 octobre 1962 pour effectuer la fin de son service militaire. Puis il rejoignit sa compagne Heike en Algérie, avec laquelle il se maria en octobre 1963 à Alger (ils divorcèrent en 1984). Il participa à plusieurs « chantiers de travail volontaire », supervisés par Didar Fawzy-Rossano, notamment dans l’Ouarsenis et en Kabylie en 1964. Jean-Louis Hurst resta vivre en Algérie jusqu’en juillet 1968. Il travailla ensuite comme enseignant en Seine-Saint-Denis, mais il dut quitter l’Éducation nationale après avoir refusé de suivre les programmes scolaires en 1972. Il travailla ensuite comme journaliste à Libération. Dans les années 1990, il s’est notamment impliqué dans le Comité de soutien aux intellectuels algériens.
Conformément à ses dernières volontés, les cendres de Jean-Louis Hurst et de sa compagne Heike, décédée en 2012, furent transférée en Algérie, au cimetière chrétien de Diar Essaâda.

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