Monseigneur Ebola : Qu’est qu’on a fait au bon Dieu ?

23 Mai

« Monseigneur Ebola peut régler ça en trois mois » : la France égale et réconciliée n’avait plus autant rigolé à une bonne blague depuis les années 80 et la super vanne sur les Africains qui ont attrapé le SIDA en couchant avec des singes. Jean-Marie Le Pen n’est pas le parrain de la fille de Dieudonné pour rien, leurs vannes sont du même calibre.
Les personnes que ça ne fait pas marrer, on va leur expliquer qu’elles sont « politiquement correctes », gauchos bobos, qu’elles sont les défenseurs de la morale et du « système ».
Les Zemmour, Soral, Rioufol, et tous les polémistes de droite peuvent de nouveau dérouler leur argumentaire habituel: « c’est de l’humour », ou bien « c’est sorti de son contexte ».

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Pour ce qui est de l’humour : dans notre société française en pleine crise économique, il est aujourd’hui de bon ton de rire de l’humiliation d’autrui. On ne rigole pas de la bêtise du racisme mais on rigole grâce au racisme. Dans un monde de compétition acharnée entre individus, ce qui compte c’est la méchanceté de la vanne et qu’elle soit est toujours implacablement dirigée contre les plus faibles. Entendre une personne dans une situation difficile se faire insulter et humilier, ça décomplexe.
On n’a plus besoin de se sentir solidaire d’une personne désignée comme minable.
C’est du comique, mais pas du second degré. C’est violent, ça produit du rire, mais il n’y a pas d’humour.
« On peut régler le problème de l’immigration avec Ebola » : c’est tellement hallucinant de franchise que ça provoque le rire de protection ou d’adhésion. L’absurde de la situation fait rire nerveusement les bourreaux tout comme les condamnés.
C’est comme dire que lors d’un viol, il y au moins une des deux personnes qui prennent du plaisir.
Ce n’est pas de l’humour, même si ça provoque le rire.
C’est révélateur de la violence d’une partie de la classe dominante et d’une partie de la population qui adhère aux idées de domination en justifiant tout avec le discours nationaliste.

bon Dieu

Concernant le contexte : on est dedans. Pas de hors-contexte, ces sorties sont une banalité. Le succès et les arguments de la polémique autour du film Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu sont révélateurs.
Les insultes à répétition émanant de femmes ou d’hommes politiques, de pseudo-intellectuel.le.s et de chien.ne.s et dirigées contre les Rroms, les homosexuel.le.s, les Noir.e.s, les Arabes, les femmes, les Musulman.e.s, l’immigration, les pauvres, les chômeu-r/se.s sont quotidiens.
Elles sont relayées par la quasi-totalité du monde médiatique.
On va encore avoir droit aux faux débats entre républicains bon teint, journalistes de centre mou et droitards.
Le PS ne s’indigne du racisme que lorsqu’il est exprimé par des rivaux étiquetés à droite. L’UMP est lancé dans une telle course à la surenchère pour garder son électorat qu’il lui est impossible de faire une critique trop dure des insultes du FN envers une partie de la population.
C’est la banalité, c’est le contexte dans lequel on baigne en permanence. C’est ce qui formate notre pensée et c’est ce qu’on donne en exemple aux jeunes générations.
La capitulation, le renoncement face aux injustices comme modèle social et l’égoïsme avec pour symptôme le repli sur soi comme seule option de survie, et la mesquinerie comme mode de vie.

remplacement camus

Jean Marie Le Pen et les militants nationalistes ont peur de ce qu’ils appellent « un remplacement de population » fantasme hallucinatoire sur notre présence et l’évolution de la société française et européenne. Face à un fait qu’il sait inéluctable, la transformation de la société française, le vieux chef de guerre des nationalistes en appelle à la « divine » providence (Ebola est un Monseigneur tel un évêque), il ne blague pas.
Il donne une indication qui montre à quel point les personnes qui combattent sur le terrain les injustices sociales et économiques ont raison.
Il compte sur la providence pour éliminer ceux qu’il ne peut pas soumettre.
Fort de son engagement dans les guerres coloniales, il sait qu’il est dans le camp des perdants.
Le monde du règne économique blanc, l’Occident défendu par les Le Pen, Zemmour, Soral, Holleindre, Finkielkraut, Bruckner et les autres est destiné à disparaitre.

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