Statu Quo

2 Juin

Amal Bentounsi a gagné son procès contre Valls. Poursuivie pour avoir déclairé que les policiers pouvaient commettre des délits tout en bénéficiant de la protection bienveillante de la justice.
Suite à ce verdict, on sait qu’il est possible (pour l’instant) de critiquer et mettre en cause les pratiques des fonctionnaires de police malgré la protection insistante de leur Ministre de tutelle.

Amine Bentounsi
On peut considérer cette victoire judiciaire comme une bonne nouvelle, étant donné le climat electoral qui a vu le parti qui a dans son programme la présomption de légitime défense pour les policiers arriver en tête au scrutin des élections européennes.

En parallèle, après 7 années d’instruction, la famille Dieng vient d’encaisser un verdict: non lieu. La vérité et la justice restent un horizon rarement atteignable. Après un marathon administratif qui dure depuis 7 ans, la famille s’entend dire que les événements et les pratiques policières qui ont conduit à la mort tragique de Lamine Dieng ne tombent pas sous le coup de la loi.

Si la justice reconnaît la possibilité de s’exprimer sur les violences policières elle continue néanmoins à protéger leurs agissements.

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Le droit n’est que la matérialisation du rapport de forces politiques et économiques dans une société. Or pour l’instant rien ne bouge : ni dans notre sens, celui des familles de victimes, ni dans celui de la répression. Mais nous sommes en période de crise, et face à la colère et la tension qui montent, la répression va aller croissant. Tout peut évoluer très rapidement.

Durant des années les organisations politiques classiques ont abandonné les familles des victimes de crimes policiers et leurs rares soutiens, laissés seuls face aux injustices subies. L’alibi de cette désertion était que les victimes n’étaient pas des anges et ne méritaient donc pas leur soutien. Ce choix trouve aujourd’hui ses limites politiques et stratégiques. En effet, une concession faite aux droites radicales, c’est une défaite assurée.
Le tout sécuritaire est devenu la pensée dominante, et on trouve des justifications à tout, surtout quand il s’agit de punir les pauvres.
Aujourd’hui, la répression s’étend aux syndicalistes et aux salariés en luttes, mais aussi à celles et ceux qui font entendre leur voix pacifiquement dans la rue. On note au passage que quand il s’agit de réprimer les militant.e.s de gauche ou des habitants de quartiers, c’est flashball et blessures, alors que les interpellations de militant.e.s de droite sont nettement plus calmes.
La police penche à droite, rien de neuf.
Cette trahison des classes populaires par la gauche laisse un vide politique, dont la nature a horreur. C’est de cet espace que profite la fausse dissidence.
Dans le rôle de pseudo-contestataires du système on trouve les partenaires d’affaires de l’extrême droite. Pas de double discours ici: ils affichent leurs soutiens politiques mais l’enrobent dans les insultes envers leurs ennemis politiques.

C’est ainsi que Soral, régulièrement habillé en policier et maton dans ses vidéos promotionnelles, explique la nécessité de soutenir la Police et l’Armée afin de renverser le pouvoir. Il revendique son vote pour Marine Le Pen et fait la promotion du FN.
Son comparse Dieudonné, qui bénéficie toujours d’une grande sympathie dans les quartiers appelle de son côté à voter contre le front républicain partout où c’est possible et donc à voter FN, entre deux insultes racistes envers Christiane Taubira.

Des figures comme Soral et Dieudonné polluent la tête des gens et prétendent dénoncer les injustices. Dans les faits, ils appellent à voter pour le seul parti qui a dans son programme la présomption de « légitime défense » pour les policiers et les militaires.
En clair, pour le FN, si un policier blesse quelqu’un ou ôte la vie d’une personne,  il est avant tout considéré comme innocent.

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Le statu quo actuel selon lequel « on peut critiquer un système injuste » risque de disparaître au bénéfice d’une impunité totale des forces de l’ordre, mettant hors la loi toute forme de contestation.

La lutte contre les violences policières est l’un des fers de lances du combat pour l’égalité.
L’égalité de traitement, le respect de la dignité humaine sont des fondamentaux que les militant.e.s de quartiers mettent en avant. L’un des enjeux est de réussir à fédérer un maximum de gens sur ces bases, plutôt que de partir dans la logique de la machine à punir en espérant que ce soit le voisin qui prenne.

Une Réponse to “Statu Quo”

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  1. Posture de rebelle et contorsions intellectuelles | quartierslibres - 26 décembre 2014

    […] comme conception du monde. Cela permet de faire croire que le flic qui blesse, mutile, ou tue a reçu ses ordres depuis Tel Aviv et qu’il commet cet acte à regret. Cardet et Soral et […]

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