On n’a pas tous perdu en 1982

17 Juin

On est nombreux à se rappeler que la RFA a battu l’équipe de France aux pénaltys en demi-finale à Séville, mais le fait est que tout le monde n’a pas perdu contre l’Allemagne en 1982. Moins nombreux sont ceux qui se rappellent que, précédemment, dans cette même compétition, l’équipe allemande s’était inclinée face à la sélection algérienne.

Belloumi

En juin 1982, à la veille du match de poule qui oppose les sélections algérienne et allemande, les joueurs allemands font preuve d’arrogance. Certains joueurs déclarent qu’ils ne feront qu’une bouchée de l’équipe algérienne et qu’ils marqueront plus de 8 buts. En face, l’équipe d’Algérie compte pourtant dans ses rangs des joueurs de grande classe comme Fergani, Dahleb, Assad, Madjer ou encore Belloumi : pas une équipe de meskines. Le sélectionneur de l’Algérie est alors Rachid Mekhloufi, ancien joueur de Saint Etienne ayant refusé de jouer pour la France et porte-drapeau de l’équipe de football du FLN. 90 minutes plus tard, l’Algérie gagne et l’équipe de la RFA, favorite et arrogante, s’est fait rabattre le caquet, avec la manière, par une équipe du tiers-monde.

 

Panini Algérie 1982 Coupe du monde

 

Pour celles et ceux qui s’en rappellent : c’était la fête. L’équipe d’Algérie était constituée de joueurs nés des deux côtés de la Méditerranée et, pour bon nombre d’entre nous, c’était l’incarnation d’un trait d’union entre ici et là-bas, dans un contexte où les crimes racistes et sécuritaires allaient bon train.

Les classes populaires prennent généralement fait et cause pour les équipes qui leur ressemblent et auxquelles elles peuvent s’identifier. Ce fut le cas avec l’Algérie en 1982.

 

 

Cette équipe n’a jamais eu la possibilité d’affronter l’équipe de France. Le match aurait été intense et le résultat probablement bien différent de celui qui a poussé les spectateurs à envahir le terrain en 2001.
Le sport spectacle est un révélateur des rapports de domination entre pays et la France n’a jamais pris le risque de se faire battre par son ancienne colonie, après que celle-ci ait arraché son indépendance dans la lutte.

L’Allemagne s’est qualifiée pour la suite de la compétition en s’arrangeant avec l’Autriche, par une tricherie dont le monde entier s’est finalement accommodé. La RFA incarnait alors la réussite économique et le fer de lance des « démocraties » face au bloc soviétique.

 

Italie1982

Après sa demi-finale perdue de manière dramatique, la France a dû se résigner à encourager l’équipe des « ritals » et des « maccaronis », c’est-à-dire celle des cousins des travailleurs immigrés qui ont morflé le racisme français avant les maghrébins, celle du pays d’origine des Genghini et Platini qui jouaient aux côtés de Janvion et Trésor.

 

Janvion

 

L’équipe de France de football a toujours été celle des quartiers populaires. En 1982, les équipes d’Algérie et d’Italie étaient proches, elles avaient un peu l’odeur du quartier, celle des darons qui rentraient esquintés du chantier ou de l’usine française. C’est ce que représentent aujourd’hui pour nous les équipes africaines ou d’Amérique Latine. Quand on est de condition modeste, on ne soutient pas une équipe pour la gloire du drapeau ou pour un prestige culturel, mais parce que cette équipe nous ressemble dans sa composition sociale et sa manière de jouer.

 

Cameroun1982

Le football peut ainsi nous faire comprendre à quel point le mythe nationaliste de la « réconciliation nationale » est une illusion et une escroquerie. S’aligner sur les positions d’un oppresseur n’est pas se réconcilier avec lui : c’est se soumettre à ses codes et à sa volonté. En 1982, les quartiers populaires ont célébré aussi l’Algérie et l’Italie, au risque de froisser les nostalgiques de l’empire colonial et a contrario des volontés d’assimilation du pouvoir en place, pour faire la fête avec leurs semblables, d’ici ou d’ailleurs.

3 Réponses vers “On n’a pas tous perdu en 1982”

Trackbacks/Pingbacks

  1. Want to free, Viva l’Algérie ! | quartierslibres - 24 juin 2014

    […] défaut de broyer du bleu, les délires des droites radicales se portent désormais sur l’équipe d’Algérie et ses supporters. Le FN et tous ses satellites mettent le paquet sur des hordes de hooligans […]

  2. No one likes us, we don’t care | Quartiers libres - 14 juin 2016

    […] de hooligans. Tout cela n’est pas possible sans l’immense engouement que le football génère partout dans le monde. Il y a plus de 20 ans, la Mano Negra rendait ainsi hommage à cette passion populaire […]

  3. No one likes us, we don’t care – ★ infoLibertaire.net - 14 juin 2016

    […] cela n’est pas possible sans l’immense engouement que le football génère partout dans le monde. Il y a plus de 20 ans, la Mano Negra rendait ainsi hommage à cette passion populaire […]

Commentaires fermés

%d blogueurs aiment cette page :