¡ Vive la République !

28 Juin

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On l’a beaucoup entendu après la déroute au Brésil de l’équipe de foot espagnole : l’Espagne a perdu sa couronne. Et comme les éditorialistes débordent toujours d’imagination, ils n’ont pas manqué de rapprocher cette chute du trône à crampons avec l’abdication au même moment du roi Juan Carlos, qui a transmis sa couronne à son fils lors d’une cérémonie dont le coût aura sûrement fait plaisir aux millions d’Espagnols plongés dans la précarité ou carrément jetés à la rue parce qu’ils ne peuvent plus payer leur logement.

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C’est l’occasion de rappeler que la monarchie en Espagne n’est pas une calamité naturelle, comme la petite vérole ou le ver de Guinée : c’est un héritage direct du franquisme et une trahison des partis de la « transition démocratique ». Les Bourbons, qui avaient été chassés d’Espagne en 1931, ne sont revenus que par la décision de Franco… et par le renoncement des bureaucrates socialistes et communistes. Le vieux dictateur avait en effet décidé de réinstaurer la monarchie pour assurer la continuité de son régime national-catholique, en réinstallant un Roi à la tête de l’État. A sa mort les hiérarques les plus malins du régime avaient compris que le retour à une démocratie formelle était la meilleure solution pour garantir leurs intérêts de classe. De leur côté, les responsables des partis de gauche en exil ont accepté sans aucun problème de s’asseoir sur les centaines de milliers de morts de la guerre civile espagnole et du régime franquiste, pour négocier avec ses représentants « modernes » une entrée dans un jeu politique dont ils savaient qu’ils seraient bénéficiaires. En gros : on oublie la république sociale du Front Populaire et on construit une « Transition démocratique »… avec les franquistes, et sur des bases néolibérales. Sans aucune poursuite des tortionnaires de la dictature et sans remise en cause des orientations libérales du régime. Oubli et pardon. Que du bonheur. Le pouvoir valait bien qu’on aille baiser la main du Roi, comme le fit avec sourire et souplesse lombaire Santiago Carrillo, leader du Parti Communiste Espagnol.

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Quarante ans après la mort de Franco, il n’est toujours pas question de remettre en question ce montage crapuleux. Même symboliquement : au cas où, le gouvernement a interdit qu’on sorte les drapeaux républicains le jour de l’intronisation du nouveau pitre couronné, pour des raisons de sécurité. Des fois que certains aient eu l’idée de ressortir les noirs et les rouges qui allaient avec, et de rappeler ce qu’était le projet  du Front Populaire espagnol, mis sous le tapis de la transition néolibérale par les socialistes espagnols : réforme agraire, abolition des privilèges de l’Église, droits des femmes, reconnaissances des droits historiques des Basques, des Galiciens et des Catalans, partage des richesses. Que des gros mots écrasés auparavant sous un autre tapis : celui des bombes de Franco et de l’aviation de Mussolini et Hitler entre 1936 et 1939.

Pour la classe politique qui occupe actuellement le jeu électoral en Espagne, il  vaut effectivement mieux cacher le drapeau de la République. On ne sait jamais : le peuple pourrait se souvenir, et ça pourrait remettre le feu au poudre. Il ne manque qu’une étincelle. Pour une fois, on ne crachera pas sur un drapeau tricolore…

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2 Réponses to “¡ Vive la République !”

Trackbacks/Pingbacks

  1. La séance du dimanche : Maradona | quartierslibres - 29 juin 2014

    […] qu’il faut  rappeler aussi, c’est que Maradona, comme Garrincha, c’est d’abord un gosse des quartiers populaires de la banlieue de Buenos Aires, c’est une […]

  2. Séance du dimanche. Operación Ogro | quartierslibres - 21 décembre 2014

    […] Si cette action était objectivement un coup très dur contre le régime, porté à un moment où Franco avait déjà un pied dans la tombe, elle ne fit pas l’unanimité dans tous les secteurs d’opposition –forcément– clandestine. Le même jour commençait le « procès des 1001″,  de dirigeants syndicaux de Comisiones Obreras, le principal syndicat lié au Parti Communiste, et on craignit une vengeance d’État contre l’ennemi « rouge » de toujours. La répression s’abattit effectivement et le gouvernement espagnol fit bien sûr des gesticulations pour réaffirmer son autorité, mais c’est désormais E.T.A. qui devenait sa cible principale, alors qu’on commençait à penser à discuter avec l’opposition organisée. Il est d’ailleurs frappant de constater que dans l’histoire officielle du P.C.E., on garde une prévention contre cet attentat, toujours considéré comme une preuve d’aventurisme, suspect de toute façon parce qu’il venait de nationalistes basques prônant une révolution hors du cadre canonique. La mort de Carrero Blanco a pourtant ouvert la voie à la « Transition Démocratique », qui a permis au Parti de s’insérer dans le jeu électoraliste, en prêtant allégeance à la Monarchie et en bradant l’héritage de la République espagnole… […]

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