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La séance du dimanche : Maradona

29 Juin

Maradona

Documentaire de 2008 d’Emir Kusturica sur une de ses grandes références, Diego Armando Maradona, Dieu vivant pour lui, « Sex Pistols du football », dont il dit dès le début du film que s’il n’avait pas été footballeur, il aurait pu être révolutionnaire, mexicain de préférence, vu les kilos qu’il a pris après sa carrière sportive, entre autres en raison de son goût prononcé pour la fête et les excès en tout genre.

Un grand documentaire sur un des meilleurs joueurs de foot de tous les temps, mais aussi bien plus que ça. Diego Armando Maradona est l’objet d’un véritable culte populaire en Argentine. Malgré lui. Sale gosse, ex-cocaïnomane, grande gueule délirante, génie du foot, canaille sans égal, adulé à Boca Juniors, Naples, etc… On pourrait multiplier les qualificatifs, mais tout le monde connaît ça, et le documentaire le rappelle.

 

Afiches-Dios-argentino-peronista-

Ce qu’il faut  rappeler aussi, c’est que Maradona, comme Garrincha, c’est d’abord un gosse des quartiers populaires de la banlieue de Buenos Aires, c’est une « cabecita negra » ou, pire un « negro de mierda », comme dit la bourgeoisie blanche des beaux quartiers. Il est issu des classes dangereuses, né dans une famille de huit enfants, ne dit pas bonjour à la dame, ne mouche pas son nez (qui était souvent plein), et a conservé jusqu’à l’absurde ses mauvaises manières et son look de petite frappe. Même au sommet de sa gloire. Ce qu’il ne faut pas oublier non plus c’est que Maradona n’a jamais caché ses convictions politiques de gauche. La victoire contre l’Angleterre au Mondial de Mexico en 1986, gagné par l’Argentine, c’était une revanche contre la guerre des Malouines, îles argentines de l’Atlantique sud toujours occupées par la puissance coloniale britannique, où Margaret Thatcher n’avait pas hésité à envoyer massacrer les appelés argentins envoyés au casse-pipe en 1982 par une dictature argentine en bout de course. Alors aucun regret pour le premier but, marqué de la main – la fameuse « main de Dieu ».

« El Diego » a toujours répondu présent quand il fallait prendre position contre les effets du néolibéralisme qui a ravagé l’Argentine dans les années 1990 comme il est en train de détruire l’Europe en ce moment même. Il n’a jamais caché son soutien à Cuba et au processus initié par Hugo Chavez au Venezuela. Au point de s’être fait tatouer la tête du Che Guevara sur l’épaule et celle de Castro sur le mollet. Alors évidemment, on pourrait ironiser sur l’utilisation de son image qu’ont pu faire le vieil autocrate barbu cubain (qui vient de lui écrire) et l’ex-président bolivarien, inventeur d’un « socialisme du XXIe siècle » parfois un poil délirant. Diego n’est pas un politique : il prend une position globale, anti-impérialiste et clairement de gauche, malgré son soutien en même temps à Carlos Menem, pion corrompu du FMI dans son pays, comme belle expression des contradictions internes du péronisme. Mais dans le contexte de l’Amérique Latine néolibérale, le fait de prendre position pour ce pôle-là, plutôt que de s’aligner sur la classe sociale dans laquelle auraient pu le faire basculer ses revenus, comme le font un grand nombre de ses semblables, c’est déjà énorme. La dénonciation systématique qu’il fait des États-Unis et de leurs guerres partout dans le monde est également sans aucune ambigüité.

Du coup le plaisir de revoir les buts hallucinants de Maradona sur fond de « God Save the Queen » n’en est que plus jouissif.

 

 

 

 

Une Réponse to “La séance du dimanche : Maradona”

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  1. La quête de sens | quartierslibres - 17 mars 2015

    […] tous les codes, y compris ceux du business, sans finir sur la paille. C’est le cas par exemple de Diego Armando Maradona, môme rebelle qui a toujours tapé dans le ballon et dans l’hypocrisie que réclamaient ses […]

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