La séance du dimanche: la reprise du travail aux usines Wonder (1968)

13 Juil

Retour sur les luttes, en ces temps de mise en scène de bras-de-fer sans rapport de force entre syndicats, patronat et gouvernement.

Contrairement à ce que la néo-oligarchie médiatique a toujours voulu faire croire, mai 68 en France n’a pas seulement été un mouvement étudiant et ne peut être limité à la fameuse révolution sociétale que l’on vante à longueur de pubs dans Libé ou les Inrockuptibles. Mai 68 a d’abord et surtout été un soulèvement politique qui ne s’est limité ni au Quartier Latin parisien ni aux étudiants : il s’est largement étendu aux ouvriers, malgré les tentatives d’endiguement des principaux syndicats -CGT en tête- qui ont parfaitement joué leur rôle de garde-chiourme de la classe ouvrière et se sont efforcés au maximum de préserver au pouvoir gaulliste sa force de production.

Ce document, de juin 1968, montre la reprise du travail aux usines Wonder, après plusieurs semaines de grève. Il a été tourné en plan séquence (sans montage) par Jacques Willemont, alors étudiant à l’IDHEC, ancêtre de la FEMIS, le 10 juin 1968. Il montre les discussions entre la base, qui refuse les petits arrangements entre la direction et les représentants syndicaux et refuse de reprendre le travail dans les conditions lamentables qui leur étaient imposées.

Concrètement, on y voit surtout les efforts de bureaucrates syndicaux bien propres sur eux pour convaincre les ouvrières de rentrer dans le rang et de regagner leur poste dans l’usine. La bonne vieille tradition thorézienne selon laquelle « il faut savoir terminer une grève », reprise récemment par François Hollande. Hervé le Roux a consacré un long métrage à ce film en 1996, intitulé « Reprise »

Il s’agit clairement d’un classique de l’histoire des luttes de cette époque-là, au même titre que ceux des groupes Medvedkine ou d’Iskra. On peut d’ailleurs le rapprocher de « Sochaux, 11 juin 1968 ».

C’est tellement un classique qu’il a été mis en musique et repris visuellement des dizaines de fois.

Il n’a malheureusement pas perdu de son actualité, tant le syndicalisme d’accompagnement incarné par les centrales « représentatives » continue à jouer ce rôle de courroie de transmission des intérêts du pouvoir néolibéral en place. Les « partenaires sociaux », qu’ils soient grévophobes comme la CFDT ou amis des journées d’action tous les six mois comme la CGT ou FO, préservent d’abord leurs intérêts bureaucratiques. Le dernier conflit à la SNCF en est une parfaite illustration : la direction de la CGT, qui avait préparé la réforme avec le gouvernement, n’a suivi le mouvement que sous la pression de sa base radicalisée et alignée sur les positions de SUD-rail.

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2 Réponses vers “La séance du dimanche: la reprise du travail aux usines Wonder (1968)”

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  1. Séance du dimanche. Le chagrin et la pitié- Le choix | quartierslibres - 7 décembre 2014

    […] pour stopper les occupations d’usine. (voir une autre séance du dimanche sur « la reprise du travail dans les usines Wonder »). Les négociations de Grenelle signifiaient un retour à l’ordre et au ronronnement […]

  2. Séance du dimanche. La dialectique peut-elle casser des briques ? | Quartiers libres - 7 février 2016

    […] de l’autre, une opposition classique exacerbée par le rôle du PCF et des syndicats comme soutiens du pouvoir gaulliste en mai 68. Le film est le passage à l’écran d’une des techniques d’agitation les plus […]

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