La partie socialiste antisémite

26 Juil

En 1982, dans son film « déjà le sang de mai ensemençait novembre », René Vautier rappelait la définition du mot « sémite ». Dans les rues d’Alger, devant sa caméra, un lycéen lit les définitions des mots « sémite » et « antisémite ». Sémite c’est un ensemble de peuples parmi lesquels ont retrouve les arabes et les juifs. Antisémite, c’est être « hostile aux juifs ». Seulement? Peut-être qu’il serait bon de prendre l’habitude d’appeler « antisémites » ceux qui sont ouvertement hostiles aux arabes nous explique alors le jeune algérien. Le parti socialiste français est, de ce point de vue, un parti historiquement antisémite. Un petit aperçu de l’histoire coloniale de l’empire français, et de l’ancêtre du PS, la SFIO, peut le rappeler aisément. Du code de l’indigénat promu par Jules Ferry en 1881, qui fait des arabes d’Algérie des esclaves, au François Mitterrand ministre de la Justice pendant la bataille d’Alger, qui défend la torture contre les révolutionnaire algériens, les socialistes français se distinguent par leur racisme guerrier et sanguinaire envers les arabes.

Le film « Déjà le sang de mai ensemençait novembre », fût adressé à la ligue de l’enseignement – il revenait notamment sur les événements du 8 mai 1945 à Sétif qui firent plus de 40 000 morts. Ces événements, comme l’indique le titre évocateur du film, marquèrent la séparation irréversible entre la société algérienne et la société coloniale, et ils furent le prélude au déclenchement de la révolution algérienne, le 1er novembre 1954. Le réalisateur vit son œuvre refusée par la ligue de l’enseignement avec cette justification : « Quoique très correctement réalisé et basé sur des documents indiscutables, ce film va à l’encontre de toutes les idées qui servent de base à l’enseignement de la pénétration française en Afrique du nord, ce qui rend sa diffusion impossible ».Et René Vautier d’ajouter : « c’était reconnaître que l’enseignement n’avait pas pour but l’éducation, c’est à dire l’ouverture vers les réalités, mais l’endoctrinement au service d’une idée politique, ici le colonialisme ». Dans cette anecdote, le politique montre bien son rapport à l’histoire, en l’occurrence celui entre l’État et un cinéaste qui voudrait la dire. Au début du film, revenant sur la pénétration de l’Algérie par l’armée française dans les années 1830, Vautier citait, à partir d’archives de la BNF, les écrits de certains officiers français. Par exemple, le ministre de la guerre, Girard :«Il faut se résigner à refouler au loin, à exterminer même la population indigène. Le ravage, l’incendie, la ruine de l’agriculture sont peut-être les seuls moyens d’établir solidement notre domination . » La brève liste des crimes sadiques de la part des officiers français, énumérée par la suite, est déjà trop longue pour être bien transcrite ici. L’intérêt est de mettre en rapport deux périodes coloniales, la façon dont parlent et agissent ceux qui portent le nom de « socialistes » et les alliés qu’ils se choisissent. L’incendie, la ruine de l’agriculture, refouler au loin les arabes, c’est aussi à peu près le programme israélien en Palestine, à l’instar du colonialisme français en Algérie.

La période coloniale n’ayant fait l’objet que de peu de réflexion en France, les consciences ne perçoivent peut-être pas bien aujourd’hui le PS de Manuel Valls, et son rapport maladif avec l’État d’Israël, dans cette perspective longue. La véritable question serait: comment comprendre le colonialisme israélien lorsque le colonialisme français est largement passé sous silence? Les lois qui donnèrent un caractère positif à la colonisation dans les manuels scolaires restent comme un symbole d’une politique, d’un air du temps, d’un malaise dans la société française. La censure qui frappa le film de René Vautier sur l’Algérie sous le mandat présidentiel de Mitterrand n’est pas un fait isolé. Il est est le reflet d’un musellement de l’expression qui ne peut qu’avoir un énorme impact sur les mentalités. Lorsqu’aujourd’hui l’exécutif français, représenté par Hollande et Valls, interdit les manifestations de soutien à la Palestine, il prolonge cette tradition coloniale antisémite.

Le soutien du PS à la la Ligue de défense juive, sa complaisance hypocrite à son égard lors de la manifestation du 13 juillet 2014 à Paris est aussi la répétition d’une vielle stratégie de tension. Le 17 octobre 1961, la Préfecture de police faisait passer le message suivant sur les fréquences radio de la police :
« Il y a dix policiers tués à La Défense, plus de cent blessés ; les Algériens nous attaquent au couteau ».1

Quel meilleur prétexte pour la répression d’une manifestation que d’inventer des meurtriers en son sein? C’est exactement ce que fait en ce moment à Paris le PS et sa milice, classé terroriste aux Etats-Unis, la LDJ. En provoquant la manifestation du 13 juillet, ils voulaient désigner un ennemi et se donner une bonne raison officielle pour réprimer un mouvement qui atteint durement le soutien français au colonialisme israélien. Depuis quelques jours, le député de droite Meyer Habib, représentant du CRIF, relaie en pleine Assemblée Nationale le même type d’inventions. Des hordes d’assassins de juifs seraient prêts à déferler sur Paris. C’est avec ce golem que deux manifestations ont été ainsi interdites. Et c’est sur la guerre des cultes que comptent les apprentis sorciers du CRIF et du PS, surfant sur l’actuelle vague d’islamophobie. Car pour eux, la figure idéale du meurtrier, tout le monde l’aura bien compris, c’est l’arabe musulman. Ainsi, Meyer Habib fait sortir d’entre les pavés parisien « des dizaines de milliers de musulmans qui crient Morts aux Juifs ».2
Main dans la main avec ce Front national, et sa périphérie identitaire, qui voudrait épurer la France de la menace islamique.

Alors que va se tenir la deuxième manifestation parisienne de soutien à Gaza interdite par le PS c’est l’insupportable expression de dignité des arabes qui est ainsi spécifiquement visée par la partie socialiste antisémite du pouvoir français. Réprimés avec elle, l’ensemble habitants des quartiers populaires qui descendront dans quelques heures dans le centre de Paris. Cette voix qui échappe à l’État français antisémite, et fait écho à la résistance palestinienne a en face d’elle un arsenal répressif expérimenté. Et malgré la grande faiblesse des structures politiques organisées capables de lui donner corps, de la soutenir, c’est dans ce type de conflit ouvert avec le racisme d’État qu’elle peut se donner un sens. Au sein d’un tel rapport de force, tous les « sémites » peuvent se retrouver, avec les autre fils d’immigrés et les blancs des quartiers, dans un même retournement du monde colonial.

Elie Octave

« Déjà le sang de mai ensemençait novembre » (René Vautier):

1 Monique Hervo, Chroniques du bidonville, Éditions du Seuil,‎ 2001, 264 p.
2 http://www.arretsurimages.net/breves/2014-07-22/Manifestations-nuit-de-cristal-depute-UDI-chaine-israelienne-id17733
26/07/2014

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