Séance du dimanche. Revolución

14 Sep

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Revolución est un court-métrage du réalisateur militant bolivien Jorge Sanjinés, sorti en 1963. Le contenu se passe de commentaires : il est suffisamment explicite sur la nécessité et l’inéluctabilité du soulèvement populaire contre l’oligarchie en place. C’est précisément pour prévenir cette révolution qui venait que les États-Unis favorisèrent le coup d’État d’Ortuno Barrientos en 1964, lors de la première offensive de la CIA contre la progression des idées révolutionnaires en Amérique du Sud. La même année, le Brésil tombait également sous la botte des militaires pilotés depuis Washington.
Sanjinés fait partie de cette génération de réalisateurs latino-américains décidés à mettre leurs compétences au service de la libération vis-à-vis du néo-colonialisme et de ses relais dans l’oligarchie locale. de ce point de vue-là, les activités du groupe qu’il fonda, appelé Ukamau, peut-être rapproché de la perspective de classe adoptée en Argentine par le groupe Cine La Base et le groupe Cine Liberación, auteur notamment de <em>l’Heure des brasiers.
On doit également à Jorge Sanjinés deux chef d’œuvres esthétiques et politiques, sortis dans les années suivantes : Ukamau en 1966 et Yawar Mallku (Le sang du condor en français) en 1969, qui présentent la particularité de privilégier les langues aymara et quechua, les deux langues indiennes parlées majoritairement par les Indiens, qui composaient la majorité opprimée de son pays. Évidemment, le caractère combattif de son œuvre finit par lui attirer de sérieux ennuis. Censuré en Bolivie et tricard dans les milieux oficiels, il finit par s’exiler après un nouveau coup d’État en 1971, celui d’Hugo Banzer.

Un extrait d’un entretien avec Jorge Sanjinés, qui résume assez bien son propos :
« Notre cinéma qui (…) se préoccupe de la cause sociale, a eu comme ambition la construction d’un matériau cinématographique pouvant servir à la lutte historique du peuple pour sa libération aussi bien interne qu’externe. Dans le cadre de cette lutte de libération, impliquant la dénonciation du système capitaliste comme source de l’injustice sociale, il a été fondamental d’alimenter notre langage cinématographique avec l’identité culturelle des majorités indigènes, qui sont pour nous nos destinataires les plus importants. Ce processus d’élaboration d’un langage cinématographique, nous l’avons voulu non seulement parce que nous avions face à nous un destinataire possédant une culture (quechua-aymara) distincte de la culture occidentale, mais aussi parce que nous avons compris que grâce à ce système de communication il était possible de promouvoir une unité plus grande, à savoir la construction d’une nouvelle identité pour notre propre nation. (…) Une identité nationale singulière qui (…) pourrait récupérer sa mémoire culturelle, pourrait la sauver et la faire vivre, pour construire une nouvelle identité sociale bolivienne caractérisée par sa manière personnelle de composer sa réalité, capable de générer un style qui lui appartenait depuis le fond des temps. » Jorge Sanjinés, Le cinéma du groupe Ukamau (in Revue Chaoid, 2002)

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