Hervé Gourdel, hommage à ceux qui vivent en Humanité

27 Sep

L’assassinat d’Hervé Gourdel est un révélateur, parmi d’autres, de l’état d’esprit ambiant qui annonce des heures sombres.

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En France, les crapules de tout genre se sont précipitées pour exploiter ce meurtre.
Les islamophobes de toutes tendances demandent aux musulmans vivant sur le territoire français de se démarquer de cet assassinat. Cette simple requête vaut accusation, car elle implique un lien entre cet assassinat et les musulmans de France.
Il faudrait nous expliquer lequel.
Le raccourci musulman = terroriste est tentant. De Manuel Valls à Marine Le Pen en passant par Estrosi, la classe politique dominante fait l’amalgame avec plus ou moins de finesse.
Certains djihadistes tuent au nom de la religion, cela ne signifie pas que tout les musulmans qui ne se reconnaissent pas dans ces actes sont obligés de mener une campagne « not in my name ». Cela devrait tomber sous le sens.
Les conflits où se mêlent politique et religieux ne sont pas rares. Il suffit de regarder l’histoire de la « brillante civilisation européenne » pour s’en rendre compte. Le conflit irlandais en est un bon exemple : lorsque des protestants loyalistes comme les bouchers de Shankill Road exécutèrent des catholiques pris au hasard dans la rue, personne n’a sommé les protestants de France de faire une campagne « pas en notre nom ». Personne n’a le souvenir du parpaillot Jospin avec son écriteau « not in my name !!! ».
Soit nous avons loupé un épisode, soit la classe politique qui somme les musulmans d’affirmer qu’ils ne cautionnent pas des assassinats sont… des hypocrites.

Chez les complotistes, tout devient possible. La nébuleuse Dieudonné/Soral, toujours en quête d’audience et de sensationnel, étale sur le net qu’Hervé Gourdel était un agent français, ça fera plaisir à sa famille.

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Cet étalage de médiocrité et d’impudeur n’est pas une surprise : qu’attendre de gens qui voient un juif, un franc maçon ou un sataniste (ou les trois ?) derrière chacun de leurs problèmes  ?

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Comment peut-on espérer une analyse sérieuse de la part de personnes qui pensent que l’état islamique sodomise ses militants pour mieux les tenir ? Cette absence totale de recul sur le traitement des sources et l’analyse des faits devrait faire réagir les internautes qui cherchent une information alternative et qui pensent que les médias « dissidents » ont une pertinence.

Pour les forces politiques de gouvernement UMP PS et leurs filiales, c’est l’occasion de nous la jouer union nationale afin de masquer les conséquences tragiques de leur politique sociale et économique pour les populations vivant sur le territoire français.

Pour le Front National, c’est l’opportunité de nous vendre sa France, celle des harkis, soumise au racisme français.

Pour notre part, il n’y a rien a vendre. On a juste à partager notre peine dans ce moment de deuil, ainsi que la conviction que chacun.e d’entre nous, à travers les projets associatifs, les luttes de quartiers, les engagements militants, sera bientôt en première ligne pour contrer ces logiques mortifères.

Nous savons que la brutalité de l’Occident pour asseoir sa domination partout dans le monde créé des résistances qui se structurent nécessairement sur la haine de l’oppresseur occidental. De cette haine peuvent naître des monstres qui ne sont que la conséquence de la brutalité de l’impérialisme. Si on abat l’impérialisme, et c’est notre rôle à nous, ici, au cœur de l’occident, alors on fera disparaître ces monstres.
Il y a quarante ans, dans son discours à la Tricontinentale à Alger Che Guevera expliquait clairement ce phénomène :

« La haine comme facteur de lutte ; la haine intransigeante de l’ennemi, qui pousse au-delà des limites naturelles de l’être humain et en fait une efficace, violente, sélective et froide machine à tuer. Nos soldats doivent être ainsi ; un peuple sans haine ne peut triompher d’un ennemi brutal. »

Voilà ce qui se passe partout dans un monde où l’impérialisme impose sa domination par la violence et la brutalité. Ce qui change aujourd’hui, par rapport à 1967, c’est qu’en Irak ce ne sont pas « les soldats du Che » qui organisent cette haine.
La haine légitime de l’impérialisme est captée par des forces totalitaires et réactionnaires comme EIIL.

Comment pourrait-il en être autrement alors que l’occident s’est évertué a anéantir toutes les formes de contestations socialistes dans la région ?
L’Irak connaît la guerre depuis 1980 parce que les puissances occidentales l’y ont poussé.
De 1980 à 1988, la guerre Iran/Irak, lancée sur ordre de l’occident alors qu’à l’époque Saddam Hussein était un pion de l’impérialisme dans la région. Bilan : 1 million de morts.
En 1991 la première guerre du golfe et son cortège de morts puis la deuxième guerre du golfe et occupation de l’Irak.

Voilà donc plus de 40 ans que les irakiens vivent du fait de l’Occident dans un climat permanent de guerre et de violence. Toutes les tentatives d’échapper par la voix révolutionnaire à cette violence impériale ont été détruites violemment par les puissances occidentales, en utilisant parfois le djihadisme pour contrer l’influence révolutionnaire.
Qui aujourd’hui se souvient qu’avant Saddam Hussein, le Parti Communiste Irakien était un des PC les plus puissants du Moyen orient ? La dictature de Saddam n’avait pour but que d’empêcher la Révolution Socialiste en Irak. Au regard de ces faits, on trouve encore des gens pour s’étonner qu’il existe aujourd’hui un mouvement comme l’EIIL alors que ce n’est que la conséquence directe et prévisible des politiques impériales.

Pour les habitant.e.s et militant.e.s des quartiers, il n’est pas question aujourd’hui d’ajouter la guerre à la guerre. Notre tache, en France et ailleurs, est de continuer à faire ce que nous faisons et ce que faisait Hervé Gourdel à sa manière. Il faut nous engager en humanité, pour, comme nous le disait encore le Che :

« être toujours capables de ressentir au plus profond de notre cœur n’importe quelle injustice commise contre n’importe qui, où que ce soit dans le monde. C’est la plus belle qualité d’un révolutionnaire »

Aujourd’hui notre cœur saigne pour Hervé Gourdel, comme il saigne pour toutes les victimes de l’impérialisme.
Comme de nombreux montagnards, Hervé Gourdel s’engageait dans une conception de vie basée sur l’ouverture, le partage, les échanges, les rencontres. Il est important de le rappeler car c’est ce qui fonde notre démarche militante.

Dans les quartiers, nous sommes dans le réel : nous savons que ce qui se passe dans le Djurdjura ne se limite pas à des foyers de révolte djihadiste. Nous savons, en tant que militant.e.s du mouvement sportif et associatif, que des hommes tissent des liens depuis plus de 12 ans entre les montagnards du Djurdjura et ceux de France au travers d’un projet sportif de la FSGT et de sa commission Montagne-Escalade. De ce projet autour de l’association « Pour Tikjda, Homme Montagnes aux
 sources de la paix« , des liens et une amitié extraordinaire sont nés entre français et algériens. Dans les montagnes de Kabylie comme partout dans un monde qui croule sous la violence des guerres de prédation, on trouve des hommes et des femmes qui mettent en œuvre des projets de coopération pour construire un autre monde.
Ces projets sont bien plus efficaces que l’impasse djihadiste pour lutter contre les guerres que mène l’Occident contre les peuples.

C’est pourquoi il n’est pas possible de laisser les assassins d’Hervé Gourdel briser cette formidable expérience d’humanité.
 De même qu’il n’est pas concevable de permettre aux racistes ou aux imbéciles d’exploiter ce meurtre pour faire prospérer leurs sales petites affaires.

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Nous savons que dans le Djurdjura, là où a été assassiné Herve Gourdel, des Hommes de la Montagne (algériens et français) mettent en œuvre de véritables projets d’éducation populaire et de démocratisation de la montagne, avec l’aménagement et l’équipement de sites d’escalade et la formation d’éducatrices et d’éducateurs.
C’est pourquoi nous partageons notre douleur aujourd’hui avec tous ces militant.e.s des mouvements sportifs et associatifs, en Algérie et en France, qui se reconnaissent dans les engagements de fraternité et d’humanité d’Hervé Gourdel. Parce qu’Hervé Gourdel, par sa pratique de la montagne, contribuait à tisser ces liens humains qui sont le ciment de nos engagements. En cela il était l’un des nôtres, frère en Humanité.

Un salut fraternel à toutes et à tous, avec l’assurance que, malgré nos deuils, demain nous appartient.

«  Il faut s’endurcir, sans jamais se départir de sa tendresse ».

Che Guevera

Une Réponse vers “Hervé Gourdel, hommage à ceux qui vivent en Humanité”

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  1. Soral : PME, MMA, blablabla | Quartiers libres - 11 février 2016

    […] la compétition et de la performance peut donner le meilleur ou le pire. C’est justement là que les qualités des hommes et des femmes qui organisent la pratique sportive sont capitales pour éviter les dérives marchandes et […]

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