Séance du dimanche. Même la pluie

19 Oct

Même la pluie affiche

Dimanche dernier, Evo Morales était réélu président de Bolivie pour la troisième fois, dès le premier tour, avec près de 60% des voix., laissant très loin derrière lui le candidat de la droite libérale, favori des milieux d’affaires, Samuel Doria Medina.

Que s’est-il passé en Bolivie, petit pays andin où durant des décennies, alternant coups d’États et élections démocratiques, les représentants des classes dirigeantes ont tranquillement pu permettre le pillage du pays par les entreprises transnationales, états-uniennes, canadiennes ou européennes ? Comment un fils de berger indien, ex-leader syndical des cultivateurs de coca et défendant un programme clairement socialiste –se méfier des contrefaçons : rien à voir avec les partis européens du même nom– arrive à convaincre une écrasante majorité du pays ? Tout simplement parce que la reprise en main des moyens de production et des ressources du pays –le gaz en particulier– une meilleure répartition des richesses et une reconnaissance des droits de toutes les populations du pays, Indiens compris, a fait la démonstration que, si, il y a une alternative au capitalisme. Cette « révolution démocratique décolonisatrice profonde », théorisée d’ailleurs par le vice-président Alvaro García Linera, ne s’est pas faite du jour au lendemain. Dans les années 1990, pendant que García Linera luttait dans la clandestinité au sein de l’Armée Guérillera Túpac Katari et que Morales organisait la lutte syndicale au sein du MAS, l’hégémonie culturelle était acquise au capitalisme néolibéral et où tout était fait pour que chacun se résigne aux effets dévastateurs des privatisations et à la paupérisation générale des classes populaires qu’elle entraînait.

Il n’y a pas de secret : ce qui à remis les pendules à l’heure des mouvements populaires, c’est la lutte. Un des moments qui a inversé la tendance, c’est le mouvement connu comme « la guerre de l’eau » de Cochabamba, qui s’est achevée sur plusieurs jours de soulèvement populaires dans cette ville, puis à La Paz et dans d’autres villes du pays en avril 2000.

guerra-del-agua

Ce qui avait mis le feu aux poudres, c’est la privatisation de l’eau de la ville, décidée par l’ancien dictateur Hugo Banzer sous pression des organismes financier internationaux, et en particulier de la Banque mondiale, qui menaçait de couper les crédits au pays s’il ne menait pas les « ajustements structurels nécessaires » (air connu). Résultat : l’eau avait été confiée pour une concession de quarante ans à une filiale locale du groupe nord-américain Bechtel, qui s’était empressée d’augmenter le prix de l’eau jusqu’à un niveau intolérable pour une grande partie des habitants : l’équivalent de 20 dollars par mois, alors que nombre d’ente eux n’en gagnaient pas plus de 100. Malgré une répression féroce et une criminalisation des opposants, de plus en plus nombreux à Cochabamba et dans l’ensemble du pays, malgré l’état de siège, un mort, des blessés et des centaines de personnes arrêtées, le mouvement finit par obtenir l’abrogation de la loi sur la privatisation de l’eau.

Une des pires saloperies de l’accord obtenu par Bechtel et ses pions locaux avait été de taxer y compris le recueil des eaux de pluie par les habitants dans des réservoirs ou dans des canalisations sauvages. « Même la pluie » : c’est le titre de ce film d’Icíar Bollaín sorti en 2011. Il raconte le tournage à Cochabamba par une équipe hispano-mexicaine d’un film sur l’arrivée en Amérique de Christophe Colomb et des premiers conquistadors. Dans le film, Cochabamba et la Bolivie avait été choisis par la production en raison du faible coût du travail et parce que les acteurs avaient, en plus, des têtes d’indiens, ce qui facilitait le casting. Ironiquement, ce film sur le début de la colonisation et du pillage de l’Amérique, lui-même fondé sur une mise à profit des inégalités –le faible salaire des figurants indiens– se voit confronté à l’éclatement de la révolte populaire d’avril 2000, et tout le monde, le producteur, le réalisateur, les acteurs, se prend la réalité en pleine face.

en VO sous-titré :

http://www.dailymotion.com/playlist/x1mcrc_Claiborne_meme-la-pluie-vostfr/1#video=xiznmx

http://www.dailymotion.com/playlist/x1mcrc_Claiborne_meme-la-pluie-vostfr/1#video=xizpf6
Meilleure définition, mais en VO :

Une Réponse vers “Séance du dimanche. Même la pluie”

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  1. Séance du dimanche. Les ânes ont soif | quartierslibres - 28 juin 2015

    […] n’y avait plus rien à en tirer. Le Brésil, le Mexique, la Bolivie (autre séance du dimanche : Même la pluie), l’Equateur, tous les pays latino-américains ont été mis à genoux et obligés de sacrifier […]

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