Se révolter si nécessaire.

29 Oct

Introduction : ce texte est un extrait d’un article écrit par Howard Zinn (1922- 2010), grand historien (auteur de Une histoire populaire de Etats Unis) et militant américain (auteur de Désobéissance civile et démocratie), paru dans le journal The Progressive en mai 2009, un an après la réélection de Barack Obama, et à propos de la guerre menée par les Etats Unis en Irak. Howard Zinn, Se révolter si nécessaire. Textes et discours (1962-2009), traduction par Celia Izoard, Philippe Etienne Raviart, Frédéric Cotton, Agone, Paris 2014

« Nous sommes des citoyens : Obama est un politicien. Vous n’aimez peut-être pas ce mot, mais le fait est que c’est un politicien. Il n’est pas seulement cela : c’est aussi quelqu’un de très sensible, intelligent, attentif et prometteur. Mais c’est un politicien.
En tant que citoyens, nous devons impérativement connaître la différence entre eux et nous, la différences entre leurs obligations et nos obligations. En outre, il y a des choses qu’ils sont obligés de ne pas faire, si on leur fait savoir clairement qu’ils ne doivent pas les faire […]
Notre rôle n’est pas de lui signer un chèque en blanc ou de nous contenter de jouer les supporters […]
Un fil commun traverse toute l’histoire des Etats-Unis, fils que tous les présidents ont suivi, qu’ils soient républicains, démocrates ou libéraux ou conservateurs. Ils est fait de deux éléments : un, le nationalisme ; deux, le capitalisme. Et Obama est encore prisonnier de cet héritage […]
On pourrait nous répondre : « Eh bien, à quoi vous attendiez-vous ? »
La réponse est que nos attentes sont énormes.
Les gens disent : « Vous êtes un rêveur ? »
Oui, nous sommes des rêveurs. Nous voulons tout. Nous voulons un monde de paix. Nous ne voulons plus de guerre. Nous ne voulons pas de capitalisme. Nous voulons une société descente.
Nous ferions mieux de nous accrocher à ce rêve, parce que si nous ne le faisons pas, nos attentes vont dégringoler toujours plus bas et finiront par correspondre à cette réalité qui est la nôtre, et dont nous ne voulons pas […]
On ne peut pas laisser le marché décider. Quand on est confronté à une crise économique comme celle-ci, ni ne peut pas faire ce qu’on fait jusqu’ici. On ne peut pas continuer d’injecter de l’argent dans les couches les plus élevées de la société, et dans les banques et les entreprises, en misant sur un obscur phénomène de ruissellement […]
Il faut que nous gardions cette vision vivante. Nous ne devons pas nous satisfaire de peu et dire : « Bon, mais fichez-lui la paix. Obama est quelqu’un de respectable »
Respecter quelqu’un, ce n’est pas lui signer un chèque en blanc. Respecter quelqu’un, c’est le traiter en égal, en véritable interlocuteur qui va vous aider.
Ce n’est pas seulement qu’Obama est un politicien. Pire, il est entouré de politiciens […]
Nous sommes des citoyens. Il ne faudrait pas que nous nous retrouvions à voir le monde à travers leurs yeux, en disant : « Bon, il faut faire des compromis, il faut faire ce choix pour des raisons politiques ». Nous devons dire ce que nous pensons.
C’est la situation dans laquelle se trouvaient les abolitionnistes avant la guerre de Sécession, quand on leur disait : « Ecoutez, il faut avoir ça du point de vue de Lincoln ». Lincoln ne pensait pas que la première des priorités était d’abolir l’esclavage. Mais le mouvement anti-esclavagiste en était convaincu, et les abolitionnistes dirent : « Nous n’allons nous mettre à la place de Lincoln. Nous allons exprimer notre propre proposition, et nous le ferons avec une telle force que Lincoln sera obligé de nous écouter ».
Et le mouvement anti-escalvagiste est devenu si important et si puissant que Lincoln a été obligé d’écouter […]
Telle est l’histoire de notre pays. Chaque fois qu’un progrès a eu lieu, chaque fois qu’une injustice a été vaincue, c’est parce que les gens se sont comportés comme des citoyens, et non comme des politiciens. Ils ne se sont pas contentés de râler. Ils ont travaillé, ils ont agi, ils se sont organisés, et se sont révoltés, si nécessaire, pour faire connaître leur situation aux détenteurs du pouvoir. Et c’est ce que nous devons faire aujourd’hui ».

In Memory of Howard Zinn

Publicités
%d blogueurs aiment cette page :