La « violence », c’est les autres. Les hurlements de la hyène politico-médiatique.

12 Nov

Hyènes_tachetées recadré

Quand Clément Méric est mort le 6 juin 2013 sous les coups d’un nazillon à poil ras, les opinologues de service ont émis des braiments unanimes : il était tombé victime de la « violence », qualité naturelle des « extrêmes », et comme il était lui-même militant politique, cela laissait sous-entendre qu’il était presque coresponsable de ce qui lui arrivait.

Lorsque Rémi Fraisse est mort le 26 octobre 2014, tué par une grenade offensive lancée par les gendarmes qui « sécurisaient » un terrain vague situé sur le chantier du barrage de Sivens, il a lui aussi succombé à la « violence ». Mais attention à ne pas se tromper : la « violence », ici ça n’a rien à voir avec l’usage d’armes de guerre pour éloigner -parfois définitivement- des manifestants, ce n’est pas de la « violence », c’est de la fermeté nécessaire. Faut pas tout confondre.

La hyène est un animal aux mœurs étranges. Elle se repaît de cadavres, ça la fait un peu ricaner. Mais quand elle n’arrive pas à en cacher les restes, elle hurle.

La « violence », c’est donc ce qui a conduit à la mort de Rémi Fraisse. Pas les tirs mortels de la maréchaussée, non non, ni les tirs systématiques de flashball, dont on sait très bien qu’ils éborgnent, arrachent le nez et mutilent systématiquement et impunément puisqu’aucun courageux ninja shooter n’est jamais condamné pour tir tendu. La « violence », bien sûr, c’est la ZAD du Testet et le mouvement contre la gestion à coups de grenade de la mobilisation sociale.

Agios Toulouse copie

À en croire le chœur des hyènes du monde politique et de leurs caniches médiatiques, le problème ce n’est pas que la gendarmerie ou la police tue ou mutile, le problème, c’est encore et toujours la « violence ». Et la « violence », c’est les autres. En à peine quelques jours, la hyène politico-médiatique a essayé de faire oublier les faits –un meurtre d’État-, a caché autant qu’elle l’a pu le cadavre de Rémi Fraisse sous le tapis de feuilles mortes du Testet pour concentrer ses hurlements contre les vrais coupables : les voyous, les casseurs, les radicaux, les khmers verts, les black blocs (sic), voire les « pinque-à-chien » –la hyène ne perd jamais une occasion d’enrichir son bagage conceptuel– pour citer le ricanement gras d’un de ces détaillants cathodiques chargés d’assurer le S.A.V. des assassins et de mettre en scène le spectacle du faux débat démocratique (ici « écologie/agriculture : le choix »). L’agriculture bien sûr, c’est la FNSEA, le gentil lobby productiviste auquel sont affiliés les quelques gros producteurs de maïs à qui doit profiter le barrage. Là non plus, faut pas confondre, ce ne sont pas les agriculteurs de la zone humide du Testet opposés au méga-projet. Ce ne sont pas les militants de la Confédération Paysanne eux aussi hostiles au modèle agro-industriel indexé sur le cours des matières premières. L’agriculture, c’est le « syndicat » dirigé pendant longtemps par Christian Jacob, actuel chef du groupe parlementaire UMP, qui donne sa feuille de route au gouvernement en lui ordonnant de ne pas « céder face aux voyous ». C’est le « syndicat » du délicat Xavier Beulin, un des premiers à hurler au lendemain du meurtre gendarmesque contre les « djihadistes verts », les seuls fauteurs de « violence ». La « guérilla urbaine » dont parle l’avorton Guillaume Peltier de l’UMP, ce n’est pas celle des vendeurs d’artichauts qui ont incendié des bâtiments publics à Morlaix, ni ceux qui avaient saccagé le bureau d’un ministre. Non non: eux aussi émargent à la FNSEA, ils ne peuvent donc pas être « violents ». Au pire, ils sont en colère, nuance.

La « violence », elle vient de ceux qui ne supportent pas l’odeur de la hyène et le font savoir dans la rue, à Paris, à Nantes, à Toulouse, à Rennes. Incendier des bâtiments publics ou des administrations, ça ne défrise pas l’État casqué. S’en prendre à des banques ou menacer des gros investissements privés –comme le barrage de Sivens ou l’aéroport de Notre-Dame des-Landes– c’est franchir une ligne jaune où attendent, en joue, les milices de l’État.

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Il faut rassurer les braves gens, leur faire croire que l’ordre national-vallsiste règne toujours : «  La violence ne stoppera pas des travaux indispensables ». On continue le barrage. L’État de droit ne pliera pas devant les « casseurs ». La République, c’est les forces de l’ordre et les élus, Manuel Battling Valls et ses petits poings sont là pour le garantir et pour garantir surtout que les investisseurs ne perdront pas leur mise de départ et pourront compter leurs bénéfices par la suite. Ceux qui protestent encore n’ont rien compris. On va continuer à leur expliquer, en employant la méthode forte s’il le faut.

Le problème c’est que les sinistres pitreries de certains médias dominants pour vendre le message et retourner le sens de la violence en essayant de faire admettre l’inadmissible ont échoué : avaler un cadavre, c’est bon pour les charognards. Les autres ont du mal à digérer. La terreur d’État ne prend pas, le mensonge apparaît de plus en plus clairement, une partie de plus en plus importante de la presse ne suit pas, les manifestations se multiplient, les lycées commencent à débrayer, les étudiants, allez savoir pourquoi, s’identifient à Rémi Fraisse, aux « casseurs » et aux gardés à vue des dernières manifs.

Et donc ? Donc on fait donner la troupe. On interdit les manifs, on laisse le champ libre aux milices brun-marine, on lâche la BAC sur les lycéens du 93, qu’on tente de criminaliser. Ça ne suffit pas. Alors on commence à dépêcher les seconds couteaux, les petits pompiers, pour essayer d’éteindre l’incendie partout où il couve. À Rennes 2, le président CFDT de l’Université vient de décider de fermer la fac « pour des raisons de sécurité », parce-qu’une AG est prévue contre les « violences policières ». C’est vrai, ça, des fois que des étudiants aient la mauvaise idée de s’informer et qu’ils deviennent eux aussi des « autres ». Des fois qu’ils se mettent à penser que la violence, c’est l’État et ses forces armées.

3 Réponses vers “La « violence », c’est les autres. Les hurlements de la hyène politico-médiatique.”

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  1. L’extincteurs et les pyromanes. La violence, c’est toujours les autres ? | quartierslibres - 16 novembre 2014

    […] le 6e arrondissement de Paris, devant le lycée Montaigne. La racaille en loden vient de frapper. Les hurlements de la hyène viennent de faire effet. À force de jouer la peur contre la mobilisation et de matraquer que la […]

  2. L’âne médiatique et le tonfa | quartierslibres - 16 juin 2015

    […] rôles : d’abord les coups de tonfa, ensuite l’explication de texte. Une fois de plus, la violence c’est les autres . Ce n’est pas la brutalité gazières des TNRS (Tortues Ninjas Républicaines de Sécurité) […]

  3. Robocop 21 | Quartiers libres - 30 novembre 2015

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