Je n’ai pas réussi… par D’ de Kabal

31 Déc

De L’impuissance du citoyen …

Lettre ouverte à M. Bernard Cazeneuve et Mme Christiane Taubira,

Madame, monsieur,

Si je prends le temps de vous écrire aujourd’hui, c’est pour tenter de vous livrer un sentiment qui est non seulement le mien, mais également celui d’un certain nombre de citoyens de ce pays.

Je vous écris aujourd’hui parce que ce matin du 29/12/14, je n’ai pas réussi. Je n’ai pas réussi à me dire que le ton employé par ce policier,
à 9h40 au métro Bobigny Pablo-Picasso, à l’encontre de cet homme qu’il contrôlait, était normal et approprié.

Je n’ai pas réussi à trouver cela normal dans le cadre du métier exercé par ces 3 policiers (2 hommes et 1 femme).

Je n’ai pas réussi, mais je n’ai rien dit, je n’ai rien fait, je venais d’arriver, je ne connaissais pas la situation.

Je n’ai pas réussi à ne pas m’inquiéter de l’évolution de cette même situation quand la femme du groupe de policiers s’est adressée à un homme qui regardait la scène, comme s’il était un moins que rien, comme s’il n’était pas censé être là, ce jour, comme s’il ne devait pas regarder ce qui se déroulait sous nos yeux et qui, immanquablement attirait nos regards.
Je n’ai pas réussi, et l’homme non plus. Quand, moins de 2 minutes plus tard, ce Monsieur se fait plaquer violemment contre le mur, je n’ai pas réussi à comprendre.
Je n’ai pas réussi à trouver cela normal dans le cadre inscrit par la loi.
Cette loi que nous devons tous respecter, tous.
Je n’ai pas réussi, d’autant que là, j’avais assisté au début de la scène.
Je n’ai pas réussi à trouver cela compréhensible que cet homme qui était là, comme tant d’autres, à 9h45 du matin, soit violemment plaqué contre un mur parce qu’il assiste, impuissant, à une scène de contrôle.
Je n’ai pas réussi à croire que cet homme entravait les forces de l’ordre dans l’exercice de leur fonction.
Je n’ai pas réussi à faire comme si cet étalage de violence était normal et acceptable, non, je n’ai pas réussi.
Alors que faire ?
Tourner les talons ? Reprendre sa route ? Ignorer ce qui se passe sous nos yeux ? Que faire ?
Je n’ai pas réussi à me dire que ma vigilance quotidienne ne concernait pas aussi les forces de l’ordre, je n’ai pas réussi à me dire qu’ils étaient des êtres humains infaillibles, et qu’il ne fallait pas être vigilant aussi à leur endroit.

J’ai essayé d’ignorer ce triste spectacle.

J’ai essayé, durant une poignée de secondes…
Et je n’ai pas réussi non plus.
Je n’ai pas réussi à ne pas m’adresser à cette femme policière, qui était un peu écartée de la scène, et de lui dire, le plus calmement du monde que je trouvais tout cela un peu excessif.
Les êtres humains, quand ils sont mis face à face, dans certaines situations, se retrouvent confrontés à leurs propres limites.
La policière, détentrice de la force et de l’ordre, elle n’a pas réussi.
Elle n’a pas réussi à me répondre comme si j’étais un être humain, dotés de yeux pour voir, et d’une conscience, et d’une certaine idée de la dignité.
Elle n’a pas réussi à ne pas me considérer comme quelque chose que je ne pourrais décrire ; une espèce de masse informe sans contour ni volonté propre, sans réflexion, sans âme peut-être.
Violence verbale … encore.
Ensuite, tout est allé très vite, je n’ai pas réussi à leur dire que je les filmais par mesure de précaution, parce que j’ai eu peur, très peur même, que les choses dégénèrent pour le monsieur plaqué au mur, je n’ai pas réussi à leur dire non plus que ma mémoire téléphonique était pleine et que je n’avais quasiment rien pu prendre.
Je n’ai pas réussi à comprendre, quand le policier, celui qui plaque les hommes contre le mur, m’a demandé de présenter mes papiers en refusant de m’indiquer le motif, alors que je le lui demandais.
Je n’ai pas réussi à comprendre pourquoi j’ai été poussé à distance de mon sac, resté au sol, je n’ai pas réussi à me faire comprendre quand, après avoir enfin entendu le motif du contrôle d’identité à mon encontre,
j’ai dit que je voulais accéder à mon sac, afin de me prêter à ce contrôle.
Je n’ai pas réussi à être clair…
Je n’ai pas réussi à trouver ça normal que ce policier m’attrape violemment à la gorge …
Escalade dans la violence.
Je n’ai pas réussi à trouver normal de ne pas pouvoir respirer, tandis qu’un autre policier tentait de me faire une clé de bras.
Ceux qui n’ont jamais connu de confrontation physique ardue, ont surement du mal à imaginer comment cela peut être violent d’avoir un homme armé, à votre gauche, qui essaye de vous tordre le bras, tandis qu’un autre, face à vous et armé également, vous saisit à la gorge.
Là, je ne vais pas réussir…
Je ne vais pas réussir à vous décrire la violence d’une telle scène.
Je n’ai pas réussi à me dire que tout ceci n’était pas disproportionné,
Je n’ai pas réussi à garder mon calme, puisqu’on voulait me nuire physiquement, en m’empêchant de respirer, en effectuant une torsion sur mon bras, je n’ai donc pas réussi à me laisser faire.
Je n’ai pas réussi à penser que j’étais en droit de répliquer par la violence, je n’ai pas réussi à faire autre chose que de me dégager de cette pression intolérable, j’ai écarté les bras de mes assaillants, je me suis dégagé de leur étreinte douloureuse.
Je n’ai pas réussi à être violent à l’égard de ces policiers.
Je n’ai pas réussi à perdre mon sang froid, Dieu merci.
Ensuite ?
Ensuite, j’ai été très mauvais et je m’en veux : Je n’ai pas réussi à esquiver le jet puissant de gaz lacrymogène qui s’est présenté à 15 cm de mon visage.
Je n’ai pas réussi à essuyer mon visage avec mon t.shirt puisque j’étais menotté la seconde qui a suivi, je n’ai pas réussi à empêcher les larmes brûlantes de couler sur mon visage, puisque la seconde d’après j’étais fauché par l’arrière, tombant de tout mon poids sur le dos.
Je n’ai pas réussi à savoir si j’avais été projeté au sol avant le passage des menottes ou après, j’avoue qu’à ce moment là, tout était confus et flou.
Je n’ai pas réussi à déterminer lequel des deux ingrédients, le gaz lacrymogène ou la colère, brûle le plus le visage.

Je suis sorti après 7 heures de garde à vue.

Si j’ai pris le temps de vous écrire c’est parce que ce soir, je ne réussis pas à me dire que j’ai mal agi et que les policiers étaient dans leur bon droit. Je ne réussis pas à me dire que demain, je reprendrai le métro, et que si je vois une scène similaire, je devrai passer mon chemin, et faire comme si une telle violence venant des forces de l’ordre est justifiable.
Je ne réussirai pas.
J’ai été rappelé à l’ordre, j’ai été mis en garde à vue.
Je ne sais pas si l’histoire va en rester là, je vous écris pour vous dire que ce n’est pas mon sort, qui aujourd’hui, me préoccupe.
Je vous écris parce que j’aimerais savoir qui va se charger de rappeler à l’ordre ces policiers qui considèrent les citoyens de ce pays comme des moins que rien, comme des gens qui peuvent être molestés et humiliés en public ? Qui va se charger de dire à ces policiers-là que la vigilance de citoyens envers d’autres citoyens est à encourager et non l’inverse ?
Quel message est envoyé aux habitants de ce pays quand, en se rendant sur leur lieu de travail, ils sont témoins d’histoires comme celles-ci ?
La démarche de criminalisation de la vigilance citoyenne me laisse perplexe, et je ne suis pas le seul.
Chaque citoyen serait un criminel potentiel ? C’est une mauvaise piste je pense.
Par contre, chaque policier devrait répondre de ses actes de violence à l’encontre des citoyens et nous sommes très nombreux de cet avis.

Si vous prenez connaissance de ce courrier, c’est qu’il aura énormément circulé, ce qui, je pense, saura vous alerter sur l’urgence de traiter la façon dont la Police Nationale cohabite avec les habitants de ce pays.
Vous comprendrez que nous n’attendons pas une réponse sur les institutions déjà existantes, mais une prise de position de votre part, M. Cazeneuve, Mme Taubira, officielle, ferme et intransigeante sur ces questions primordiales.

Alors à Suivre ?
Merci de m’avoir lu.
Merci de nous avoir lus.

D’ de Kabal, Le 30.12.14

http://www.d2kabal.com/

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