Séance du dimanche. La révolte amérindienne de Wounded Knee de 1973

4 Jan

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Ce documentaire, orginalement produit pour la télévision, revient sur un mouvement qui a supris les Etats-Unis en mars 1973 : un soulèvement amérindien, mené par des Lakota (Sioux) Oglala de la réserve de Pine Ridge et les militants de l’A.I.M., le très combatif American Indian Movement, fondé en 1968 aux côtés des Black Panthers et du Weather Underground.

Il revient donc sur l’occupation de la petite ville de Wounded Knee, au Dakota du Sud, le 27 février 1973. Une occupation qui dura 71 jours, 71 jours de résistance armée face aux forces de sécurité des Etats-Unis, F.B.I. en tête, qui déployèrent des avions de chasse, des blindés et tira environ 500 000 balles sur la ville, que les insurgés avaient intronisée Nation indépendante, allant jusqu’à envoyer une délégation devant l’ONU pour réclamer –sans succès– la reconnaissance de sa souveraineté territoriale.

Le déclencheur de ce mouvement était à la fois interne à la réserve de Pine Ridge et plus général. La raison interne était la révolte de la population Oglala contre le chef officiel du Conseil Tribal de la réserve, Dick Wilson, corrompu et ultra-violent. La raison plus profonde est celle qui avait justifié la fondation de l’A.I.M. : le racisme contre les Amérindiens, les descendants des vaincus de la « conquête », les survivants de la politique de nettoyage ethnique mise en pratique militairement par les Etats-Unis durant tout le XIXe siècle, puis par tous les dispositifs d’État par la suite, à travers tous les dispositifs d’« assimilation des Sauvages » par l’école, le travail ou l’armée, notamment, afin de parvenir à une parfaite invisibilisation de ces colonisés de l’intérieur.

Peu de temps avant la prise de Wounded Knee, un événement avait donné le ton de ce qui devait se passer : les émeutes de la ville de Custer –du nom d’un célèbre général assassin d’Indiens, mort à la bataille de Little Big Horn. Ces émeutes avaient été causées à Custer par le jugement clément prononcé contre un Blanc qui avait assassiné un Amérindien, de sang froid. L’assassinat de Michael Brown et l’acquittement de son assassin policier, l’an dernier à Ferguson, démontre que la justice nord-américaine ne s’est pas améliorée et qu’elle reflète toujours un racisme d’État.

Les opposants internes de la réserve de Pine Ridge, apparemment séduits par la capacité de réaction des militants amérindiens font appel à l’A.I.M. et décident ensemble de prendre la ville de Wounded Knee, situées dans les alentours immédiats de la réserve. Il s’agissait d’un choix très symbolique puisque Wounded Knee marque, dans l’histoire officielle des États Unis, la fin de la fameuse « Conquête de l’Ouest » et l’unification du territoire national. Une fin en forme de massacre : celui de plusieurs centaines de Lakota assassinés par l’armée fédérale le 29 décembre 1890. Le documentaire revient donc sur les deux mois et quelques que dura le siège de Wounded Knee, sur les revendications, les négociations et les affrontements armés auquel il donna lieu.

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L’action politico-militaire de 1973 a eu des conséquences dures : deux morts et plusieurs blessés lors des attaques du FBI et des miliciens fidèles à Dick Wilson, auxquels il faut ajouter une soixantaine de morts violentes survenues après la levée du siège, lorsque Dick Wilson et ses hommes ont pu, en toute impunité, se venger des partisans de l’A.I.M. de Pine Ridge. Deux inspecteurs du F.B.I. sont aussi morts à cette époque-là, deux assassinats qui ont été mis sur le dos de Léonard Peltier, lui même membre visible du mouvement, dans des circonstances plus que troubles. Léonard Peltier est toujours prisonnier politique aux États Unis. L’A.I.M. paya donc un prix très lourd : plusieurs centaines de ses militants furent arrêtés et jugés, pour différentes raisons, et l’organisation de s’en remit jamais.

Cela dit, comme souvent, cette défaite militaire et judiciaire face à l’État constitua aussi une victoire politique : après Wounded Knee, plus personne ne regarda les Amérindiens de la même façon. Les premiers à avoir changé leur regard furent les Amérindiens eux-mêmes, qui récupérèrent une partie de leur dignité et se mirent à reprendre possession de leur histoire, de leurs cultures et de leurs traditions, à contre-courant de l’assimilation imposée jusque là. En d’autres termes, dans la lutte pour l’hégémonie culturelle, l’État W.A.S.P. (White Anglo Saxon Protestant) avait sérieusement perdu des plumes face à la résistance de quelques centaines de militants indiens armés de fusils et d’armes légères. En plus de cette récupération de la dignité, la cause amérindienne avait largement diffusé au-delà de l’activisme de l’A.I.M. ou de Wounded Knee : en signe de protestation, Marlon Brando refusa l’Oscar qu’on lui avait attribué pour Le Parrain et essaya de se rendre à Wounded Knee, sans plus de succès qu’Angela Davis, qui fut également refoulée avant d’y arriver. Brando envoya même à sa place aux Oscars une actrice apache, Sacheen Littlefeather, qui expliqua devant les millions de téléspectateurs qui regardaient la cérémonie les raisons de son refus –le traitement des Indiens dans l’industrie cinématographique nord-américaine– et en rajouta une couche plus tard devant la presse en affirmant son soutien aux activistes de Wounded Knee.

Le Black Caucus (les élus Afro-américains du Congrès), Johnny Cash, Angela Davis, Jane Fonda, William Kunstler, et Tom Wicker manifestèrent leur soutien. D’autres allèrent plus loin, comme le scientifique Bill Zimmerman : contacté par un camarade de lutte qui savait qu’il pouvait piloter un avion, il largua 900 kg de nourriture sur la ville assiégé de Wounded Knee, depuis un petit avion loué pour l’occasion…

 

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    […] Il faut se souvenir que la situation à Pine Ridge à ce moment-là était de toute façon explosive : deux ans auparavant avait eu lieu l’occupation du site extrêmement symbolique de Wounded Knee, situé au cœur de la réserve, par les opposants indiens au chef officiel de la réserve, Richard « Dick » Wilson, aidés par des activistes de l’A.I.M. (American Indian Movement), alors en pointe dans la lutte politique pour l’éfgalité des droits, aux côtés, entre autres, des Black Panthers. Cette occupation avait duré 71 jours (voir notre séance consacrée à La révolte amérindienne de Wounded Knee). […]

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