Livre du samedi : C’est un dur métier que l’Exil… Nazim Hikmet

17 Jan

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Mon âme est le reflet du monde qui m’entoure.
Elle n’existe pas sans lui, ne mûrit pas un autre secret.
L’image la plus éloignée et la plus proche du réel
Est la beauté de ma bien-aimée dont je reflète la lumière

Minuit, le dernier autobus
Le contrôleur a déchiré le ticket
Ce qui m’attend à la maison
ce ne sont pas de mauvaises nouvelles
ni de rasades de raki
Ce qui m’attend c’est la séparation
Je vais vers la séparation
Sans peur et sans tristesse

Il est une heure du matin
Nous n’avons pas éteint la lampe,
Peut-être que dans un moment,
A l’aube, peut-être
Ma maison va être forcée
On m’arrêtera, on m’emmènera avec mes livres,
Les flics de la police politique à mes côtés,
Je me retournerai et je regarderai
Ma femme restera sur le pas de la porte,
Et dans son centre plein et lourd
Le bébé tournera et se retournera

A supposer que l’on soit en prison
que l’on frôle la cinquantaine
Et que dix-huit années devront passer encore
Avant que les verrous ne soient tirés.
Pourtant quand même
tu vivras avec le monde du dehors
Avec ses hommes, ses animaux, ses lutes et ses vents
avec le monde d’au-delà les murs
Ainsi où que tu sois, quelles que soient les circonstances
tu dois vivre
Comme si jamais tu ne devais mourir

Et s’il y a tant de misères sur terre
c’est grâce à toi, mon frère,
Si nous sommes affamés, épuisés,
Si nous sommes écorchés jusqu’au sang,
Pressés comme la grappe pour donner notre vin,
Irai-je jusqu’à dire que c’est de ta faute, non,
Mais tu y es pour beaucoup, mon frère

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