Quand Manuel Valls reprend nos mots, c’est pour cadenasser la contestation

21 Jan

La découverte médiatique du 20 janvier 2015, c’est qu’il existe en France « un apartheid territorial, social, ethnique ». Dans la bouche d’un Premier Ministre, les mots deviennent « forts et justes ».

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Les journaux parlent d’un tournant sémantique, d’une prise de conscience.
Peu de journalistes ont relevé que ce premier ministre, Manuel Valls, était bien conscient de l’existence de l’apartheid qu’il nomme et désigne aujourd’hui. Il y a peu de temps, c’est lui-même qui réclamait quelques « blancos » pour la photo de sa ville d’Evry.
Le PS dont Valls est la tête de gondole libérale et sécuritaire a tout fait pour détruire la génération militante du MIB qui a dénoncé le mépris social et le racisme institutionnel dont les quartiers populaires sont la cible depuis plus de 30 ans. La destruction de cette génération s’est faite dans un silence médiatique assourdissant, avec pour toute réponse politique, jusqu’à la date du 20 janvier 2015, le mépris et la judiciarisation de la contestation de cet apartheid.

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L’hypocrisie est magnifique, parce que le PS et ses leaders ont choisi délibérément de terrasser des forces militantes dont la disparition a permis l’émergence et la diffusion de courants nihilistes.
Merci donc à Manuel Valls de mettre des mots « justes et forts » sur notre réalité quotidienne, pour reprendre le titre du quotidien Le Monde.
Ce qui est fort, c’est surtout ce retournement de situation destiné à occulter le fait que cet Apartheid ne tombe pas du ciel comme un déluge de grêle imprévu.
Cette situation dramatique est le produit des politiques économiques et sociales que la droite et la gauche conduisent depuis près de 50 ans et qui permettent à quelques puissants de s’enrichir davantage quand plus de 8 millions des nôtres en France vivent sous le seuil de pauvreté. La gauche au pouvoir a correspondu au tournant de la rigueur et à l’ethnicisation des conflits sociaux (comme à l’usine  Talbot en 1984). C’est le parti qui a tout fait pour empêcher l’émergence d’un mouvement populaire des quartiers. Le PS de Valls, c’est trente ans de renoncements et de trahisons qui vont de Fabius qui explique que le FN, défenseur de l’apartheid sous toutes ses formes, « pose les bonnes questions mais donne les mauvaises réponses » jusqu’à la campagne sécuritaire de Jospin qui porte Le Pen au second tour de l’élection présidentielle. Trente ans de dénis à punir les pauvres de leurs conditions de vie et à accuser les militant.e.s politiques, syndicaux et associatifs de mauvaise foi quand eux-mêmes employaient des mots « forts et justes » pour décrire une réalité quotidienne.

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Nous n’avons pas besoin des mots d’un Premier Ministre pour savoir que depuis que nous sommes né.e.s nous sommes socialement et géographiquement astreint.e.s à résidence. Quelles que soient nos réussites ou nos échecs individuels, nos vies sont façonnées par cet apartheid économique, social et racial. Au quartier, tous ne meurent pas de cet apartheid, social et racial mais sa violence ne laisse personne indemne.
Dès que l’on s’éloigne du quartier, les contrôles des flics finissent dans les véritables souricières que sont par exemple les grandes gares parisiennes comme Châtelet, la Défense ou Gare du Nord, pour les plus entreprenants. Pour les autres, le voyage s’arrête dans la Gare de banlieue, l’arrêt de bus ou le centre ville lors d’un contrôle. Les transports en commun donnent parfois l’impression qu’ils ne servent pas à désenclaver nos lieux d’habitation. Tout cela nous confronte à la réalité des frontières qui ferment nos territoires bien plus sûrement que des décrets et des lois interdisant notre présence et nos rassemblements.
Nous n’avons pas attendu le 20 janvier 2015 pour savoir que dès que l’on franchit les limites du quartier, on est des proies pour les flics, les contrôleurs, les vigiles et tout les garants d’un ordre social violent qui se masque sous les oripeaux d’une République prétendument laïque et sociale qui aimerait tous ses enfants.
Si plus personne au quartier ne croit en ce mot, « République », c’est parce qu’il y a bien longtemps que la réalité de ce que nous vivons est aux antipodes de ce que les politiques et les médias racontent de nos vies et de ce qu’ils brandissent en même temps qu’ils font le serment d’un pacte républicain dont on a jamais vu la couleur au quartier si ce n’est celle du bleu des uniformes de flic.
Valls nous fait le coup du « faute avouée à demi pardonnée » et tente de nous duper. Cette reconnaissance de notre oppression par ceux-là mêmes qui la mettent en œuvre à leur profit est un double leurre.
Tout d’abord Valls nous donne un os à ronger en nommant les choses par leur nom pour la première fois depuis 30 ans. On est affamé, mais on n’est pas des chiens : une caresse et un semblant de considération ne peut occulter le fait que le PS a contribué à la détérioration de nos conditions de vie. On peut considérer que Valls savait tout de cet apartheid et a su en jouer pour se faire élire à Evry avant de poursuivre sa carrière au niveau supérieur. On ne lâche rien : cette reconnaissance ministérielle, c’est pour nous simplement la preuve que ce système est à bout de souffle. Même au plus haut sommet de l’État, les responsables sont désormais obligés de reconnaître que la violence que nous subissons et que nous exerçons a des origines économiques et sociales et que tout cela est le fruit de décisions politiques.
Parce qu’en second lieu, cette déclaration qui se veut magnanime est en réalité un aveu de faiblesse de ceux qui nous gouvernent. S’ils reconnaissent la faillite de leur politique, à l’opposé de leurs slogans républicains, ils n’ont aucune solution à apporter. Cet aveu d’impuissance, c’est pour toutes celles et ceux qui se battent pour vivre dignement la preuve que nos critiques étaient justes, que nos diagnostics étaient bons, et les solutions que l’on préconise sont tout aussi justes. Tous nos axes de lutte sont légitimés par cet aveu, y compris celui sur lequel Valls  a tenté de nous criminaliser récemment : le soutien à la Palestine (si c’est l’apartheid en France, alors en Palestine ça l’est aussi).
Un apartheid économique, social et racial, ça ne tombe pas du ciel : c’est le résultat de choix politiques et le produit de l’organisation d’une société conçue au profit de quelques-uns seulement.
À nous de nous battre pour une société plus juste, débarrassée du racisme et du mépris de classe.

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7 Réponses to “Quand Manuel Valls reprend nos mots, c’est pour cadenasser la contestation”

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