La séance du dimanche. Interview de Pierre Carles 2013

8 Fév

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Une interview par le magazine Solitude(s) de Pierre Carles, réalisateur entre autres films de Ni vieux ni traîtres, qui a déjà fait l’objet ici d’une séance du dimanche. Pierre Carles y revient sur son expérience personnelle dans le monde de la télévision et sur sa trajectoire militante dans la critique radicale des médias. Deux choses au moins sont particulièrement intéressantes. Tout d’abord l’aperçu qu’il donne sur le formatage imposé dans les écoles de journalisme, qui explique l’absence criante d’esprit critique dans la grande presse (dont une des applications récentes est la banalisation du Front National, assimilé à un produit médiatique comme un autre par les fabricants d’information). Une analyse qui rejoint en grande partie les critiques des journalistes zombies qui reprennent en boucle des dépêches dont la production est elle-même plus que sujette à caution, comme a l’a démontré de manière pathétiquement éclatante l’affaire de la vraie-fausse attaque de la synagogue de la rue de la Roquette lors des manifestations contre les bombardements de la bande de Gaza de juillet dernier, montée en épingle à partir d’une dépêche bâclée de l’AFP rédigée par quelqu’un qui n’était pas sur place mais qui devait quand même transmettre une « information », quitte à ne pas la recouper, afin de tenir le rythme propre à ce genre d’entreprise d’information-saucisse, à la chaîne. Le deuxième sujet particulièrement intéressant abordé par Pierre Carles en réponse aux questions qui lui sont posées est celui de l’obsession du complot pour expliquer la domination, qui fleurit ça et là sur internet. Il explique très clairement le caractère au mieux impuissant de l’analyse en termes de complot, qui ne fait en fait que renforcer la domination et le système capitaliste. En gros, s’il y a un complot, il suffirait de supprimer des gens ou des groupes (Juifs, sionistes, franc-maçons, reptiliens, illuminati, hitléro-trotskistes, etc.) plutôt que de s’attaquer de manière conséquente au système capitaliste lui-même. Cette présentation d’une pseudo-dissidence comme parapluie bavard du système commence à 36′ et se poursuit par une analyse très claire du fonctionnement de l’hégémonie médiatique de la grande bourgeoisie. Le formatage social des médias dominants se passe fort bien de tout complot : les principaux présentateurs des journaux télévisés, les grands patrons de presse n’ont pas besoin de se concerter pour produire la même information, puisque celle-ci va toujours dans le même sens, celui de la défense des intérêts des leurs actionnaires et de la haute bourgeoisie qui la contrôle.

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