Livre du samedi : En quête de l’Orient perdu / Olivier Roy

28 Fév

En quête de l’Orient perdu – Entretiens avec Jean-Louis Schlegel/Olivier Roy

Olivier Roy

Extrait:

« Pour comprendre le religieux, il faut distinguer entre la religion (un corpus normatif) et la religiosité ( la manière dont les croyants vivent leur religion). On fait comme si la première était la clé de la seconde, alors que c’est l’inverse: le Coran dit ce que les musulmans disent ce qu’il dit. Mais on peut facilement étudier la religion en allant dans une bibliothèque, alors que, pour comprendre la religiosité, il faut aller sur le terrain, il faut s’intéresser aux gens. Seule l’étude de la religiosité permet de comment la religion peut se traduire en pratiques sociale. Pour qui sait regarder, les changements de la « religiosité » sont évidents dans le monde musulman: individualisation de la foi, perte de légitimité des autorités traditionnelles, reformulation des liens entre marqueurs religieux et marqueurs culturels, etc. (c’est ma recherche dans L’islam mondialisé et LA Sainte Ignorance). Or ces changements entrainent une conséquence simple et essentielle: le champ religieux se diversifie et devient un lieu de débat entre « égaux », car tout le monde peut parler du religieux. Et  cela n’a rien à voir avec une théologie libérale: les salafistes tout fondamentalistes qu’ils soient, sont de grands « débatteurs » et … de grands individualistes. C’est largement à cause d’eux que les Frères musulmans ont perdu le monopole qu’ils s’étaient attribué sur le religieux en politique. et le choix que les salafistes ont fait en Égypte de se ranger du coté des laïques et de l’armée contre les Frères montre que le concept d’islam politique a explosé, au profit d’un champ diversifié et plus ouvert. »

Présentation de l’éditeur:

« Olivier Roy s’est imposé comme un spécialiste mondial de l’islam politique. Mais l’acuité de son point de vue est-elle simplement due au savant travail d’un universitaire méditant les bouleversements géopolitiques dans la solitude de son cabinet ? Non : ce livre d’entretiens montre au contraire ce que ses analyses doivent à l’épreuve du terrain. De ses engagements étudiants pendant les « années de poudre » aux voyages répétés en Afghanistan avant et pendant la guerre des années 1980, en passant par la Turquie, l’Iran, le Pakistan ou le Yémen, jusqu’à ses fonctions « officielles » en Asie centrale et sa consécration scientifique, il revient sur un parcours surprenant, voire iconoclaste, conté avec talent et liberté.

Mais au-delà d’un récit vivant et coloré, les événements deviennent prétextes à de multiples réflexions, inédites et stimulantes pour l’intelligence de notre situation actuelle. Le livre prolonge en effet la réflexion originale d’Olivier Roy sur ses objets de prédilection : l’islam politique bien sûr, mais aussi l’« invention des nations » postsoviétiques, le rapport du chercheur aux États qui le consultent et, plus largement, le devenir des cultures, des religions et de la laïcité dans les soubresauts de la mondialisation. »

Une Réponse to “Livre du samedi : En quête de l’Orient perdu / Olivier Roy”

Trackbacks/Pingbacks

  1. Bitter Lake (2015) | quartierslibres - 29 mars 2015

    […] Réalisé à partir des archives de la chaîne britannique concernant l’Afghanistan, il constitue un excellent complément au livre d’Olivier Roy, En quête de l’Orient perdu, qui avait fait l’objet d’une présentation par Quartiers Libres (ici). […]

Les commentaires sont fermés.

%d blogueurs aiment cette page :