Fausse révolte et jeunesse perdue : un bilan de l’attentat de la rue des Rosiers

9 Mar

Alors que la tuerie de la rue des Rosiers revient sur le devant de l’actualité par la mise en cause de trois Palestiniens, anciens membres présumés du Fatah-Conseil Révolutionnaire, groupe dissident de l’Organisation de Libération de la Palestine, tous les opportunistes y vont de leur petite ritournelle pour jouer leur partition et nous livrer une explication du monde et de l’affaire.

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Pour les sionistes, c’est la preuve de l’antisémitisme congénital de l’ensemble des défenseurs de la cause palestinienne. Pour les complotistes en tout genres, c’est l’occasion de nous raconter une nouvelle fois de belles histoires à la conclusion inévitable.
Cet acte clairement antijuif qui a consisté à tuer indistinctement des civils supposés juifs de par leur présence dans ce quartier juif est – au-delà de la bêtise et de la crapulerie raciste – le témoignage des errements et des impasses des nombreux  acteurs et  des commentateurs de cet attentat.
Les premiers égarements sont le fait du monde médiatique, de la Police et de la Justice qui nous ont livré comme premiers coupables de cet attentat Michael Plunkett, Steve King et Mary Reid, les fameux « Irlandais de Vincennes », fabriqués de toutes pièces par le Capitaine de Gendarmerie Paul Barril qui déposera  lui-même des explosifs à leur domicile histoire de s’assurer de la consistance du dossier.

Paul Barril
Ceci peut servir de petit rappel pour tous ceux qui font confiance à la Justice et à la Police et à tous les corps constitués. L’instruction révélera que l’affaire a été montée de toutes pièces, un peu comme à Tarnac ou comme dans le cadre d’autres jolies fables policières qui ont été le cauchemar de nos quartiers.
Cet épisode de la rue des Rosiers pourrait faire comprendre à chacun qu’un montage policier laisse toujours des traces. La vérité finit par émerger car pour ourdir un complot il faut des acteurs et donc des témoins. Plus l’opération est d’envergure, plus le nombre de personnes impliquées est important et plus le risque de révélation augmente. Il y a toujours un moment où quelqu’un finit par parler pour des sous ou pour négocier une situation délicate, par vengeance ou soulager sa conscience. Des actes concrets que l’on peut relier au(x) donneur(s) d’ordre(s) finissent toujours par être révélés.
C’est ce qui différencie les vrais complots des fables complotistes dans lesquelles des baratineurs  tordent la réalité, inventent des causalités, travestissent la réalité pour toujours finir par nous designer un ennemi qui est systématiquement soit musulman soit juif.
Dans cette affaire de la Rue des Rosiers, les Renseignements Généraux nous ont aussi  vendu la piste néonazie. Un officier français des renseignements généraux a soupçonné deux terroristes néonazis, Walter Kexel et Odfried Hepp.
Aujourd’hui, avec l’aide d’autres agents du renseignement de la DGSI cette fois-ci, le Juge d’Instruction anti-terroriste Marc Trévidic oriente son enquête vers d’anciens membres du Fatah-CR en se basant sur le témoignage de deux témoins sous X. C’est à dire des témoins dont on ne connaitra pas l’identité – comme dans l’affaire Tarnac ou Villiers-le-Bel. Ce sont ces témoins sous X amenés par la DGSI qui permettent l’identification des trois nouveaux suspects.
C’est tellement opaque comme procédé qu’on est en droit de se demander si tout cela est encore bien sérieux.
Nous ne sommes pas dans l’enquête, mais enfin, bon, admettons que cette piste soit la bonne, ce qui reste encore à démontrer. Pour cela il faudrait le prouver autrement qu’avec des témoins que personne ne verra jamais.
Au travers de la mise en cause du Fatah-CR et au delà de sa culpabilité avérée ou non dans cet attentat, on peut cependant tirer quelques leçons sur l’engagement au sein d’une structure comme le Fatah conseil révolutionnaire.

Abu_Nidal1976

Le Fatah-CR était dirigé par Sabri al-Banna, plus connu sous son nom de guerre Abu Nidal. Ce groupe a revendiqué plusieurs dizaines d’opérations meurtrières dans plus de 20 pays dans les années 80. C’est un groupe dont la ligne politique a toujours été sous l’influence d’États étrangers, en premier lieu syrien, puis libyen et enfin irakien. Il a servilement obéi à trois dictateurs qui ont usé de leur influence pour faire échouer la révolution palestinienne. Nul ne peut contester le fait que les Palestinien ou les Arabes n’ont tiré aucun bénéfice politique et stratégique des actions du Fatah-CR. En premier lieu parce que ses actions furent souvent tournées directement contre les autres mouvements de libération du peuple palestinien.
C’est la cas par exemple de l’assassinat de Said Hammanie représentant de l’OLP à Londres en 1978. Le journal d’Antenne 2 en 1985 dresse un portrait à charge du groupe Abu Nidal et lui attribue déjà la paternité de la Rue des Rosiers avec un mobile qui tient la route : il fallait discréditer l’OLP, ennemie à l’époque de la Syrie d’El Assad pour lequel travaille Abu Nidal. En effet, à cette époque l’OLP commençait à obtenir une reconnaissance sur la scène internationale en particulier de la part de la France ce qui émancipait la révolution palestinienne des tutelles arabes et donc de l’influence de la Syrie dont le dictateur Hafez El Assad détestait Yasser Arafat.

Yasser Arafat Beyrouth 15 juin 1982
Le bilan des actions d’Abu Nidal est sans appel. Les exécutions et attentats ont compromis la cause palestinienne et renforcé la position diplomatique d’Israël. Cette fuite en avant commence dès 1974 lorsque l’OLP condamne à mort Abu Nidal, sa ligne politique et ses actions revendiquées font que de nombreuses factions palestiniennes le soupçonnent d’avoir été maintes fois manipulé par les services israéliens. Il a malgré tout cela entrainé dans son sillage des centaines de combattants dont trois doivent aujourd’hui rendre des comptes parce que leur implication dans ce mouvement les met en cause dans l’attaque raciste de la rue des Rosiers. L’enrôlement dans ce genre de groupe aux méthodes expéditives et à la ligne politique sous influences étrangères a souvent comme effet secondaire de transformer l’engagement politique en mercenariat, la cause devenant moins importante que les cibles désignées par le bailleur de fond. Dans ce cas-là, souvent les militants/mercenaires découvrent cette règle que chacun connaît dans le quartier: Dans une entreprise criminelle les bénéfices ça se divise (rarement à part égale) et la réclusion ça s’additionne.

Pour les trois Palestiniens mis en cause, au-delà du fait que leur participation soit avérée ou pas dans les assassinats de la rue des Rosiers, défendre leur engagement de jeunesse trente ans après l’apogée du groupe Abu Nidal risque d’être compliqué. Lâché par son dernier maitre Saddam Hussein, Abu Nidal a été retrouvé  « suicidé », criblé de balles à Bagdad en 2002. Que reste-t-il du combat d’Abu Nidal? Rien de son mouvement n’a survécu à sa mort. Qui se réclame d’Abu Nidal aujourd’hui ?
Ça va donc être compliqué pour ces trois suspects de rester dignes et fiers dans le bureau du juge d’instruction, ils auront du mal à tenir la ligne d’un militant révolutionnaire comme George Ibrahim Abdallah dont les actes et les luttes ne sont pas entachés d’ignominies et dont le combat se prolonge par l’engagement de centaines de milliers de militants anticolonialistes à travers le monde.

libération_Georges_Ibrahim_Abdallah
C’est aussi la leçon à retenir de la rue des Rosiers : la haine des juifs est une impasse. Le signe égal que dessinait le Fatah-CR entre juif et sioniste n’a rien produit ni pour la Palestine ni pour le monde arabe. Leur servitude auprès des dictateurs les a conduits dans le mur.
Militer c’est assumer ses actes. Il va falloir assumer le parcours d’une fausse révolte dans le bureau d’un juge tenace à plus de 60 ans. On leur souhaite bien du courage, mais surtout on espère que cette histoire peut éclairer tous ceux qui ont 20 ans aujourd’hui et qui construisent leur engagement sur la haine des juifs en faisant l’apologie de despotes en Russie ou en Syrie.

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