Les élections en Israël

17 Mar

Les élections qui se déroulent actuellement dans l’Etat hébreu dévoilent les tensions qui existent au sein de la société israélienne.
Contrairement à ce que les conservateurs et l’extrême droite de tous les pays -Israël y compris- veulent faire croire – baser un état et la citoyenneté qui en découle sur une volonté d’homogénéité culturelle et raciale ne peut créer que des guerres extérieures et des tensions et de l’insécurité au plan interne.
Le bilan de l’état juif, 70 ans après sa création est là pour en témoigner. Israël se heurte continuellement à cette réalité qui le voit conduire guerres après guerres sur ses frontières et tenter de mater sur le plan intérieur une population toujours plus vaste et rebelle sous occupation.

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A l’intérieur de l’état hébreux, là où la citoyenneté est accordée partiellement aux populations conquises, les tensions se manifestent dans ce processus électoral avec la « liste unie », dite « liste arabe » parce qu’elle regroupe des formations arabes et l’ex-parti communiste israélien (Hadash). Cette liste pourrait constituer la troisième ou quatrième force au Parlement. Cette liste est composée de citoyens israéliens (juifs, chrétiens, musulmans, athées) qui ne se reconnaissent pas dans le projet sioniste mais dans une identité et une citoyenneté ouverte non basée sur une appartenance ethnique ou religieuse.
On imagine la pression exercée sur ces militant.e.s par les médias et les classes dominantes de l’État hébreu. C’est la même forme que celle subie en France mais puissance 1000. C’est pourquoi on peut en faire facilement l’inventaire avec des mots et des concepts que l’on entend tous les jours dans le débat français : « le multiculturalisme qui ne fonctionne pas », « l’islamisme criminogène des populations arabes »,  « le refus de s’intégrer », « le génie juif » pendant du « génie français », mais en hébreu.

"Autocollant de gauche "les juifs n'aiment que les juifs", autocollant de droite "c'est du travail hébreu" (à l'inverse du travail d'arabe)"

« Autocollant de gauche « les juifs n’aiment que les juifs », autocollant de droite « c’est du travail hébreu » (à l’inverse du travail d’arabe) »

Cette litanie raciste s’écoule sans retenue en Israël tant il est vrai que là-bas l’ennemi intérieur est non seulement facilement identifiable mais est ouvertement méprisé et oppressé. L’« ultradroitier » laïque – lui aussi – Avigdor Lieberman grand ami de Poutine, Ministre des Affaires Etrangères du gouvernement Nétanyahou peut ainsi appeler à «décapiter» les citoyens arabes israéliens «déloyaux »  envers l’État d’Israël et à chasser du territoire ceux qui commémoreraient la Nakba, l’expulsion de la population palestinienne en 1947-1950.

Malgré cette pression intérieure des militants identitaires et nationalistes israéliens, les militants de la « liste unie » se sont rassemblés pour lutter contre une société inégalitaire qui ne reste soudée que par sa logique de conquête militaire d’un territoire. Comme souvent, ce sont des militants « communistes », ou d’extrême gauche qui sont aux côtés des populations discriminées et non des militants nationalistes et identitaires. Tout comme en Europe les personnes directement impliquées dans les luttes pour l’égalité des droits sont systématiquement des militants issus de la gauche radicale. La matrice idéologique détermine l’action en Israël comme en France.

La position de cette « liste unie » montre qu’il existe à l’intérieur de la société israélienne une opposition politique au sionisme qui ne se résume pas à la version religieuse farfelue de Neturei Karta. Tous les israéliens ne sont pas convaincus que l’impérialisme est une bonne chose, ou que l’inégalité sociale et raciale est un modèle de société durable.
Les électeurs et les militant.e.s de la « liste unie » traduisent dans leurs votes et dans leurs actes une opposition politique à un sionisme réel concret. C’est probablement pour cela qu’en France personne ne parle d’eux. Les soutiens de la politique coloniale d’Israël n’ont aucun intérêt à nous montrer qu’il existe au sein de la société israélienne une composante non sioniste loin d’être groupusculaire. De l’autre côté, les adeptes du grand complot sioniste celui qui viserait à dominer le monde ne peuvent pas se reconnaître dans ce combat réel où le sionisme est ramené à ce qu’il est : un projet colonial européen en Palestine.

Le sionisme c’est une idéologie nationaliste née en Europe et qui s’est concrétisée à la chute du nazisme. La création d’Israël aurait pu avoir lieu sans génocide, mais elle a été accélérée par l’holocauste perpétré sur le sol européen par des européens. Au lendemain de la 2nde guerre mondiale, ces derniers ont préféré aider à la délocalisation de « leur problème juif » en installant en périphérie de leur monde mais au sein du monde arabe les populations qu’ils n’assumaient plus de regarder dans les yeux.
Le sionisme ce n’est pas un instrument de domination du monde c’est juste l’expression politique d’un nationalisme européen, celui d’une partie des juifs vivant en Europe, qui s’est construit en réaction à celui de nationalistes européens qui refusaient de considérer les juifs d’Europe comme leur égaux au sein de leur états.

Pour comprendre ce qu’est le projet sioniste il suffit de regarder ses expressions réelles en Palestine. Le sionisme se traduit par un ensemble de décrets militaires destiné à contrôler les territoires conquis par la force. C’est ainsi que pour les territoires conquis depuis 1967 plus de 1 300 décrets ont été promulgués créant une législation militaire qui régit aujourd’hui encore tous les aspects de la vie quotidienne des populations occupées. L’énumération de quelques-uns d’entre eux donne le vertige: « Il est interdit de puiser de l’eau sur terre ou sous terre sans autorisation … il est interdit de planter des arbres fruitiers sans autorisation … il est interdit de lire certains livres … il est interdit de se déplacer… il est même parfois interdit de transporter des biens ou des marchandises à dos d’âne »
En énumérer quelques-uns permet de comprendre ce qu’est véritablement le sionisme : la conquête d’une terre (la Palestine) par la force.

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Voici quelques exemples de ce qu’est le sionisme. Ce n’est pas très différent de ce que la France a fait subir aux populations africaines ou asiatiques dont elle a asservit les peuples et dont elle continue aujourd’hui de piller les ressources.

L’ordre militaire israélien 58 (juillet 1967): Cet ordre a conduit à la confiscation de vastes territoires par l’autorité du Commandement militaire, appelé : le Gardien des biens des absents. Concrètement cet ordre s’applique pour les terres dont les propriétaires sont inconnus ou ont quitté leur propriété avant, pendant ou après le 7 juin. Dans une région peu cadastrée ou les populations civiles ont fuis les combats, cette ordre militaire a permis à Israël de prendre le contrôle de plus de 70% des terres de la Cisjordanie.

L’ordre militaire israélien 92 (aout 1967) : octroie la maîtrise totale sur les problèmes de l’eau et sur les ressources. L’autorité est donc retirée aux municipalités, aux gouverneurs et aux conseils de village pour être transférée aux commandants militaires israéliens du secteur.

L’ordre militaire israélien 158 (19 novembre 1967) : interdit aux Palestiniens de créer de nouvelles infrastructures pour l’eau sans une autorisation délivrée par Israël. Depuis cet ordre, il n’a été accordé que 23 autorisations pour de nouveaux puits aux palestiniens de Cisjordanie.

L’ordre militaire israélien 291 (9 décembre 1967) : déclare que toutes les ressources en eau sont propriété de l’Etat d’Israël ; il annule tous les accords antérieurs intervenus dans les litiges sur l’eau.

L’ordre militaire israélien 321 : autorise la confiscation et l’annexion de la terre en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza pour un emploi imprécis.

Les ordres militaires israéliens permettent aussi de contrôler la vie démocratique palestinienne, avec entre autres l’ordre 101, qui interdit tout rassemblement de plus de dix personnes.

Le sionisme réel c’est cela : la conquête de la Palestine. Tout le reste c’est mythomanie d’antisémites.

La « liste unie », vient rappeler à tout le monde qu’on ne lutte pas contre l’injustice avec l’injustice, comme par exemple en racontant des bobards niant le génocide des juifs d’Europe sous le nazisme ou en délirant à propos de la domination « sioniste » sur le monde.
Cette liste nous montre qu’il existe une opposition politique au sionisme au cœur même de l’État d’Israël. Elle nous montre que cette opposition n’est pas mystique, religieuse ou identitaire mais qu’elle se construit sur des bases politiques qui renversent les valeurs du sionisme – idéologie basée sur une appartenance ethnique et culturelle- en posant les bases d’une société nouvelle construite sur l’égalité économique, sociale et raciale. C’est cette opposition politique au sionisme qu’il convient de soutenir car c’est la seule qui permettra de fermer la parenthèse de l’Etat israélien en le remplaçant par une société ouverte basée sur la solidarité l’égalité et la fraternité.

Seuls ceux qui luttent savent

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  1. La société israélienne: un condensé d’inégalités | Quartiers libres - 8 février 2016

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