Séance du dimanche. 22 mars.

22 Mar

Premier pavé 68

Aujourd’hui, nous sommes le 22 mars 2015. Un jour terne de plus dans la France françoishollandiste. En fait de séance du dimanche soir, les promoteurs du spectacle politico-médiatiques fourbissent leur baratin d’après-vente. Il y a eu des élections départementales, il faut que ça passionne les foules. Rien que du réjouissant : la boutique Le Pen va encore gagner du terrain dans les urnes et encore plus dans le combat pour l’hégémonie politique : la droite-de-gouvernement lui mange dans la main (un menu unique, s’il-vous-plaît) et le vallso-hollandisme fait tout pour appliquer une politique de casse sociale tout en voulant faire oublier qu’il peut exister quelque chose d’autre que le capitalisme pour sortir la société de la misère et la précarité dans lesquelles il lui enfonce la tête un peu plus tous les jours.

Ouais.

Bon, le 22 mars, c’est aussi la date de fondation à Nanterre du mouvement qui est à l’origine de mai 68. On précisera tout de suite qu’il n’est pas question de donner dans la nostalgie ni dans l’adoration des anciens « de Mai ». On a le privilège du recul historique et, surtout, une bonne mémoire, qui nous permet de reconnaître ceux qui sont passés du col Mao au Rotary, et ceux qui ont accompagné Libération de Sartre à Rotschild, en passant par le relookage chic à gauche (?) du reaganisme le plus lamentable. Nous sommes donc les premiers à ricaner ou à hurler –suivant l’humeur du moment– quand apparaissent, pour donner un rétro-éclairage révolutionnaire sur 68, les gueules empâtées des pires éditocrates que la rive gauche ait portés, tels que Laurent Joffrin ou Serge July. La reconversion de Daniel Cohn-Bendit en commentateur sportif, à côté, serait presque sympathique. Donc non, nous ne voulons pas ici célébrer pour la énième fois mai 68 comme événement médiatique. Juste rappeler, en ce morne jour de pitrerie électorale à fort relent fascistoïde, que la politique ne se résume pas aux urnes, qu’elle s’organise au jour le jour, au quartier, à l’université, dans les usines, dans les Z.A.D., et qu’elle ne peut jamais se couper d’une perspective internationaliste. Pour mémoire, donc : le mouvement du 22 mars s’appelle du 22 mars parce qu’avant il y avait eu le 20 mars –et même le 21, si si, mais c’est moins important– jour où ces mêmes étudiants avaient participé à une manifestation « pour la victoire du peuple vietnamien contre l’impérialisme américain », qui s’était terminée par la destruction partielle du siège d’American Express, juste derrière l’Opéra Garnier, à Paris. Six participants avaient été arrêtés et c’est en partie pour ces bonnes raisons et pour exiger la libération de leurs camarades que les membres du mouvement ont commencé à montrer les dents.

Attaque de l'Américan Express

La suite, on la connaît : la fermeture de la fac de Nanterre et le transfert de la mobilisation vers la Sorbonne et le Quartier Latin, qui était à l’époque, même si c’est difficile à imaginer aujourd’hui, autre chose qu’un parc thématique pour touristes et un shopping à ciel ouvert.

Pour le reste, il suffit de revoir les images, c’est largement plus intéressant que n’importe quelle soirée électorale. Au programme donc :

-Deux récapitulatifs d’informations d’époque conservées par l’INA

-Trois volets d’une de ces émissions commémoratives de la télévision française, qui prend toujours bien soin d’expliquer pourquoi mai 68 ne pouvait pas déboucher sur une révolution. Il y a à boire et à manger dans ces machins médiatiques, de bonnes images, quelques déclarations intéressantes, et une preuve de plus de la volonté systématique de dépolitisation de tout, y compris de ce qui reste un moment d’insurrection et de mobilisation populaire important, pour la France et pour l’étranger : on ne comprend pas mai 68, si on ne tient pas compte des mobilisations qui se tenaient au même moment partout dans le monde, contre les impérialismes, au Viêt-Nam, au Venezuela, à Mexico ou à Prague, comme le rappelle Le fond de l’air est rouge, de Chris Marker, dont Quartiers Libres a déjà conseillé le visionnage il y a quelque temps.

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  1. Séance du dimanche. La dialectique peut-elle casser des briques ? | Quartiers libres - 7 février 2016

    […] les moins rances des mouvements libertaires et marxistes hétérodoxes avant et surtout après le 22 mars 1968, puis reprise un peu partout dans le monde (le M.I.L. antifranquiste, Class War en Angleterre dans […]

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