L’affaire Bourarach : une illustration dramatique de ce que produit l’opportunisme en politique

23 Mar

Après chaque drame, nombreux sont ceux qui cherchent dans l’identité du criminel l’occasion de confirmer leur parti pris idéologique.
On l’a vu lors des attentats de Paris : ce qui a été mis en avant par la majorité des personnalités politiques et dans les médias c’est le parcours et le portrait robot des terroristes plutôt que les conséquences des morts pour les proches, les causes possibles ou bien les moyens d’y remédier. En France, ce type de récupération est monnaie courante. Ces derniers temps, la droite, après chaque attentat, scande « choc des civilisations ».
Auparavant, suite à des crimes racistes, le Parti Socialiste avait tenté et réussi un grand nombre de récupérations opportunistes afin de rabattre vers lui un électorat des quartiers. On se rappelle notamment l’affaire Ibrahim Ali : à l’époque le PS et ses satellites, Dieudonné compris, se présentaient comme les seuls remparts contre le racisme en France. Mais il s’agissait d’une simple posture morale face au Front National, quand la gauche parlementaire validait au même moment les thèses du FN à force de politiques racistes et de renoncements économiques.

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À chaque occasion, les belles fables reposant sur le « à qui profite le crime ? » de Marx ne manquent pas de fleurir sur internet.
L’objectif de ces conteurs virtuels est de focaliser l’attention de l’opinion publique sur un coupable expiatoire. Il s’agit en outre d’une tentative de dissimuler la manière dont ces accusateurs opportunistes profitent eux aussi du crime.
On peut en donner un exemple simple : la mort de Saïd Bourarach. Chacun peut constater que l’identité des agresseurs a bien plus compté que le crime ou les conséquences dramatiques pour les proches de Saïd Bourarach.
Pour les médias et les responsables politiques qui racialisent les rapports sociaux, ce fut le grand silence et la grande gêne. Leur logiciel d’essentialisation des horreurs de la vie quotidienne ne fonctionnait pas dans ce sens.
Pour eux, un crime raciste impliquant des juifs et des arabes ne pouvaient avoir lieu que dans un sens : les juifs victimes, les arabes coupables.

Dans la réalité rien n’assigne les uns ou les autres à un rôle fixe et dans le cas Bourarach, les agresseurs racistes sont juifs et la victime est arabe. Il n’y a pas de groupe humain qui soit préservé de la bêtise et de la haine raciste.
Comme nous vivons dans un monde gangréné par le racisme, cette position dominante médiatique a généré un espace pour que d’autres racistes se fassent entendre. C’est ainsi que la nébuleuse soralienne, et tous ceux qui détestent les juifs, se sont saisis de ce crime pour faire buzzer leur point de vue. Ils tenaient enfin la preuve de la cruauté de la « communauté juive organisée » et des protections dont elle bénéficie en France. Qu’importe si dans cette affaire la cruauté n’est pas celle d’une « communauté » mais celle d’individus qui méprisent un vigile sur des critères racistes et s’embrouillent avec lui à cause de la fermeture d’un magasin.
Cette affaire représente la triste et banale réalité d’une société où les assignations à consommer et à racialiser les rapports sociaux se télescopent.
Tout au long de l’instruction la famille et les proches de Said Bourarach se sont heurtés à ces deux faces d’une même pièce : celle des opportunistes des scènes de crime. D’un côté le silence méprisant des médias pour ce crime raciste qui ne rentrait pas dans leur case et, de l’autre, l’exploitation bruyante de la galaxie antisémite qui tenait enfin des criminels juifs.

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Alors que s’ouvre le procès, il est facile de constater les idioties proférées par la galaxie antijuive et son unique explication aux problèmes du monde : « les juifs contrôlent tout ». Il est possible de tirer des enseignements d’une simple comparaison entre la protection de la « toute puissante communauté organisée » dont bénéficieraient les inculpés dans l’affaire Bourarach avec celle des policiers mis en accusation pour meurtres teintés de racisme.
Dans l’affaire Bourarach tous les individus ayant participé au lynchage – à l’exception d’un d’entre eux, en fuite, mais jugé par contumace – finissent aux assises 4 ans après les faits quand seulement 2 policiers parmi tout l’organigramme responsable de la mort de Zyed et Bouma passent en correctionnel 10 ans après les faits.

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D’un côté la Cours d’Assises pour tous les accusés en 4 ans et de l’autre le Tribunal Correctionnel pour deux personnes au bout de dix ans. Il est manifeste que la République Française protège les fonctionnaires de police et non les juifs en cas de crime à caractère raciste. Le créneau des entrepreneurs antisémites de la galaxie soralienne s’effondre dès qu’on le confronte au réel. Les verdicts des deux procès seront probablement encore plus révélateurs. L’acquittement a déjà été requis pour les policiers, c’en est un de plus, qui vient allonger la liste déjà longue des policiers acquittés dans des affaires ayant endeuillé des familles.
Qu’importe, l’important pour les paranoïaques du complot juif c’est de faire du buzz avec cette histoire.
Le drame de la famille Bourarach, ils s’en foutent. Que leur ligne politique et leur ligne de défense conduisent la famille dans une impasse judiciaire, avec le risque que les inculpés s’en sortent, est secondaire pour eux.
Pire, cela fait leur beurre politique: ils pourront ainsi en remettre une couche sur la toute-puissance des juifs alors que leur antisémitisme aura envoyé dans le mur les proches du défunt qui leur ont fait confiance.
L’important pour eux est de dépeindre un monde régi par les juifs et non d’obtenir justice pour le meurtre de Said Bourarach.
Une partie des soutiens de Said Bourarach, comme Dieudonné et Soral, ont réussi à piéger une partie de la famille. L’hypocrisie de ces deux clowns est totale. Car ces deux agitateurs prompts à dénoncer le « deux poids, deux mesures » ne s’intéressent jamais aux affaires où ce sont des « blancs » ou des flics qui tuent, si ce n’est pour légitimer le coup de fusil par des contorsions intellectuelles.

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Ils font partie de ceux qui sont systématiquement du coté des flics racistes lorsque ceux-ci blessent, mutilent ou tuent, comme dans l’affaire Ali Ziri. Mais là, sur cette affaire les voilà devenus antiracistes, farouches défenseurs des victimes.

Ce n’est pas la nature du crime qui les intéresse mais l’identité du criminel, réduite à une vision essentialisante et raciste. Ils sont l’exact pendant des médias et des politiques qui font monter en épingle des faits divers quand le criminel correspond à leur stéréotype phobique. Pour les uns, ce sont les musulmans, pour les autres, les juifs.
Cette alternative constitue les deux faces d’une même pièce, celle du bon vieux racisme franchouillard qui sait combien peut rapporter l’instrumentalisation raciste d’un crime.

Sur une scène de crime, ceux qui n’ont pas de dignité se jettent toujours sur les cadavres encore chauds pour nous vendre leur soupe.
Les collectifs qui se battent contre les crimes racistes et sécuritaires font preuve de beaucoup plus de nuances et de ténacité dans leur engagement et leurs déclarations. Lutter contre le racisme et contre les pouvoirs institutionnels n’est pas une chose aisée, encore moins subventionnée, et c’est tout sauf un spectacle : c’est une action qui sert à transformer la société et non à désigner des coupables imaginaires.

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  1. Les lignes ne bougent pas, François Hollande et le gouvernement sont à la dérive | quartierslibres - 22 avril 2015

    […] Il y a la ligne et les dérapages. Dans la tête de beaucoup de gens, on ne fait plus trop la différence. Pourtant, la ligne c’est la constante dictée par la doctrine. Le dérapage c’est la sortie de la ligne pour des raisons opportunistes. […]

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