Séance du dimanche. The Gatekeepers (les gardiens) 2012

12 Avr

Gatekeepers-affiche

« Quand on sort du Shin Beth, on devient un peu gauchiste »

The Gatekeepers (les gardiens) est documentaire du réalisateur franco-israélien, Dror Moreh sorti en 2012 et diffusé sur une chaîne franco-allemande bien connue en 2013.

Il est structuré autour d’entretiens menés avec six anciens directeurs du Shin Beth (les services secrets israéliens) : Ami Ayalon, Avi Dichter, Yuval Diskin, Carmi Gillon, Yaakov Peri et Avraham Shalom. À eux six, ils couvrent quarante ans de contre-espionnage et de politique extra-officielle pour assurer la sécurité intérieure de l’État d’Israël.

Si leur retour sur certaines actions liées à la guerre sale contre les activistes palestiniens -la torture, les bombardements et les assassinats ciblés notamment- montrent que le Shin Beth, comme n’importe quel service du même type d’ailleurs est totalement imperméable aux états d’âme, ils se montrent en revanche très critiques sur la finalité de ces actions et, plus encore sur leurs conséquences. Tous réclament un changement radical de politique vis-à-vis des Palestiniens et des pays voisins. Tous sont convaincus que le salut d’Israël passe nécessairement par la construction d’une paix durable, qui implique la reconnaissance au plus tôt d’un État palestinien viable, le démantèlement des colonies en Cisjordanie et l’arrêt de la colonisation à Jérusalem Est, dont ils reconnaissent le caractère illégal.

Il est particulièrement frappant qu’une telle position soit celle de personnages ayant joué un rôle aussi important au sein du dispositif répressif israélien, et ayant appuyé de fait sa politique coloniale. Si on y réfléchit bien, c’est assez logique pour au moins deux raisons : 1/ ils ont passé leur vie à essayer de construire les conditions de la survie de l’État israélien et 2/ ils ont passé une bonne partie de leur temps à y travailler avec les responsables de la sécurité palestiniens. Ils sont donc très bien placés pour savoir que la politique colonialiste à outrance dictée par le messianisme des religieux ultra-orthodoxes et l’impérialisme des héritiers du sionisme révisionniste de l’Irgoun et du Lehi –le Likoud et les groupes quasi-fascistes alliés avec Netanyahou– mènent leur pays à la catastrophe. Ils savent et rappellent clairement que la politique de colonisation massive menée depuis 1967 et accentuée dernièrement par les gouvernements d’ultra-droite qui se sont succédés à Tel-Aviv est suicidaire, à terme pour leur pays.

Ils ne mâchent d’ailleurs pas leurs mots sur le cynisme des dirigeants politiques, à l’exception de Rabin, qu’ils accusent clairement de collusion avec les groupes terroristes juifs liés aux colons, d’adopter une position illégale au regard du droit internationale, criminelle vis-à-vis de la population palestinienne et suicidaire pour Israël, le tout pour gagner les voix des colons, et de leurs soutiens.

En revenant sur l’histoire et sur le pire échec du Shin Beth, l’assassinat de Yitzhak Rabin en 1995 par un militant d’extrême droite, ils font le constat désabusé qu’un seul assassin, armé d’une arme de poing et poussé par une campagne de haine de la droite contre le processus de paix a suffi à inverser le cours de l’histoire. Depuis, la colonisation a augmenté de manière exponentielle, les opérations armées (à Gaza notamment) sont de plus en plus meurtrière, et la société israélienne glisse de plus en plus vers le fascisme, comme en témoignent d’ailleurs les dernières élections. Le documentaire, qui a été plutôt bien reçu par la critique internationale, a reçu entre autres le prix du festival de Sundance en 2013, n’a pas eu de grandes répercussions en Israël, comme si tout cela n’était finalement que très normal. Les seuls à hurler à la trahison, bien entendu, ont été ceux qui promeuvent la politique coloniale ne tolèrent aucune critique et ne veulent pas voir où cela mènera leur propre pays : dans le mur.

La présentation :

Le film :

 

 

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