Séance du dimanche. Jesus Camp

26 Avr

  

Jesus Camp est un documentaire sorti en 2006 aux États-Unis, réalisé par Rachel Grady et Heidi Ewing. Il suit trois enfants d’une communauté évangélique du Missouri lors d’un camp d’été de chrétiens charismatiques situé à Devils Lake, riante bourgade du Dakota du Nord, un endroit parfait pour éprouver sa foi. Au delà de l’anecdote de cette jolie colonie de vacances où les enfants sont invités à faire profiter à leurs coreligionnaires de leurs « dons prophétiques » pour « faire revenir le Christ en Amérique » – comprenez : aux États-Unis -, le film est une plongée dans l’univers de l’extrême droite chrétienne qui sévit de l’autre côté de l’Atlantique. On y retrouve, sans que ceux qui les mettent en sauce en soient le moins du monde gênés, tous les ingrédients de l’endoctrinement des gamins dès leur plus jeune âge : le repli exclusif sur leur communauté religieuse, le reste du monde étant réputé impur. La participation aux prêches publics, qui relèvent franchement de la transe collective. Le retrait, pour certains, de l’école, source potentielle de dangers, comme tout ce qui vient de l’extérieur (un délire partagé ici par d’autres idiots utiles de l’extrême-droite). Enfin, bien sûr, le quadrillage total de leur existence, rythmée exclusivement par les préceptes de leur église évangélique : les vacances évangéliques, les jeux entre amis évangéliques, jusqu’à la consommation de heavy metal … chrétien, pour contrebalancer le satanisme strident de la concurrence à poils longs. 

  

Les techniques d’endoctrinement sont classiques, ce qui ne veut pas dire qu’elles en sont moins inquiétantes pour autant. On y retrouve un discours rabaché en permanence où se mêlent inextricablement une soupe néoconservatrice (Bush, dont apparaît à un moment du film une effigie grandeur nature en carton, est leur idole) et un millénarisme hyper-basique permettant de distinguer qui va être sauvé le jour du Jugement Dernier, des maladroits qui s’obstinent à rester dans l’erreur, sous l’influence des forces démoniaques. Outre la prédication martelée sans arrêt, le message passe aussi par des méthodes corporelles : des chorégraphies collectives de prière, l’exaltation des sentiments, les cris de joie, les pleurs, etc…

  

Pour le reste, le lavage de cerveau s’accompagne bien sûr d’une facette politique : guerre contre l’avortement, contre l’homosexualité, contre Harry Potter et contre les idées hérétiques de Darwin et des  partisans de la « fausse science » qui refusent de voir le monde comme une Création, forcément divine…

Ce genre de plan serait sinistre mais presque drôle s’ils avaient juste la force de frappe d’une sous-secte d’adorateurs d’Odin, par exemple, blottis à trois sous un chêne en Sologne. Le problème, c’est que la droite évangélique constitue un lobby électoral extrêmement puissant aux États-Unis, ce qui a des conséquences politiques beaucoup plus étendues. Les succursales des « églises » évangéliques pullulent dans les pays pauvres, où la disparition des liens de solidarité sous l’effet du néolibéralisme triomphant assure le succès auprès des classes populaires déclassées et dépolitisées d’un message qui prétend dévoiler les causes du mal et de leur malheur (le diable et les mauvais chrétiens) tout en proposant une solution…dans l’autre monde. Dans celui-ci, il faut se tenir à carreaux et surtout ne rien remettre en cause. Au niveau géopolitique, l’extrême droite évangélique américaine a également un poids important : elle rejoint les idéologues néoconservateurs, pour des raisons d’interprétation fondamentalistes des évangiles. Elle soutient à mort toutes les guerres « de civilisation » menées par les États Unis, notamment au Proche et Moyen Orient, et a développé un sionisme chrétien assez tordu (il faut soutenir l’État d’Israël dans le but de convertir les Juifs au christianisme avant la fin des temps, en gros). 

Pour la petite histoire, le succès documentaire a eu un effet concret : le propriétaire du terrain où se réunissait le camp de vacances s’est dit que ce serait mieux d’arrêter. En revanche, l’extrême droite chrétienne se porte très bien,  notamment au sein du « Tea Party », merci pour elle. 

http://www.dailymotion.com/video/x8s78l_jesus-camp-prendre-le-pouvoir-au-n_news

http://www.dailymotion.com/video/x8sb3g_jesus-camp-prendre-le-pouvoir-au-n_news

http://www.dailymotion.com/video/x8sa3s_jesus-camp-prendre-le-pouvoir-au-n_news

http://www.dailymotion.com/video/x8sa6h_jesus-camp-prendre-le-pouvoir-au-n_news

http://www.dailymotion.com/video/x8sa9o_jesus-camp-prendre-le-pouvoir-au-n_news

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