Il y a 40 ans : la libération de Saïgon

30 Avr

Il y a 40 ans, le 30 avril 1975, les soldats du FLN libéraient Saigon et réunifiaient enfin le Vietnam après 30 ans de lutte armée pour le socialisme et l’indépendance nationale. Cet anniversaire de la réunification et de l’indépendance du Vietnam sera peu célébré en France. Il marque pourtant une défaite majeure des impérialismes états-uniens et français. Loin des fantasmes de la lutte virtuelle sur le Net de la dissidence en carton contre « le nouvel ordre mondial », le peuple vietnamien fut le premier au 20eme siècle à faire mordre la poussière à deux puissances impériales.

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La première puissance impériale vaincue fut la France. A cet époque, bien qu’affaiblie par la seconde guerre mondiale, la France, grâce à son empire colonial, se veut toujours une puissance économique et militaire de premier rang. Elle s’engage en 1946 dans la première guerre dite d’Indochine, avec la certitude de pouvoir mater, une fois encore, un peuple du tiers-monde. En octobre 1946, le gouvernement français annonce ainsi son intention de reprendre le nord du Vietnam au mouvement indépendantiste communiste emmené par Hô Chi Minh.

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La guerre débute lorsque, le 23 novembre 1946, la marine française bombarde le port de Haiphong et tue plus de 6 000 personnes. Cette guerre coloniale féroce menée par la France aboutira à la première victoire du peuple vietnamien contre l’impérialisme avec la défaite militaire française de Diên Biên Phu.

Alain Soral et la dissidence en carton cherchent constamment à réécrire l’histoire coloniale et impériale française pour la faire coller au récit des droites radicales qui ont été le fer de lance de la colonisation. Soral et ses anciens disciples popularisent sur le net des récits où les méchants sont forcément juifs ou francs-maçons et où les héros sont de gentils militaires français pleins de compassion. Ces fables ne résistent cependant pas aux faits. C’est particulièrement vrai dans le cas de la guerre d’indépendance du Vietnam.

La défaite militaire et politique de l’impérialisme français au Vietnam est un juge de paix pour mesurer la sincérité de tout « résistant autoproclamé » à l’impérialisme. Objectivement, on ne peut pas être anti-impérialiste et soutenir l’œuvre coloniale française. Ceux qui comme Mathias Cardet ou les soraliens font des dédicaces à Roger Holeindre acceptent quant à eux de se soumettre à l’agenda politique de l’extrême droite. Ils le font au nom d’un ennemi commun fantasmé (juifs, francs-maçons, etc.). Cette haine idiote et raciste les amène alors à trahir le camp des anti-impérialistes pour devenir les idiots utiles des nostalgiques de l’empire français et les collaborateurs du pillage actuel des pays du Sud.

Le départ des Français du Vietnam ne met pas fin à la guerre d’indépendance. Les Etats-Unis, nouvelle grande puissance impériale, remplacent la France, avec la volonté de contrer le développement de l’influence communiste en Asie du Sud-Est.

Les Etats-Unis entrent en scène au Sud-Vietnam, au côté de Ngo Dinh Diem, intronisé chef du gouvernement. Jouant sur les particularismes locaux, les Etats-Unis misent sur un représentant de la minorité catholique vietnamienne pour contrer l’influence communiste. Le régime de Diem vire rapidement à la dictature nationaliste et religieuse. L’opposition sud-vietnamienne se rassemble derrière les cadres du Vietminh restés au sud après l’armistice. Le gouvernement de Diem pratique une discrimination permanente envers les bouddhistes qui représentent pourtant 90% de la population du Sud-Vietnam. Ces derniers viennent alors renforcer les rangs de la guérilla soutenue par le nord. L’image médiatique qui reste de cette contestation intérieure du régime de Diem est celle de ce moine bouddhiste s’immolant par le feu.

bonzeLes États-Unis lâchent alors Diem en fomentant avec la CIA un coup d’état militaire qui installe au pouvoir une succession de juntes. Les institutions du Vietnam du sud sont alors entièrement dans l’orbite des États-Unis. Il ne reste plus qu’à trouver un prétexte pour attaquer le nord.

Le prétexte est fabriqué de toute pièce avec les incidents du Golfe du Tonkin, en aout 1964. Un rapport rendu public en 2005 par la National Security Agency reconnait qu’il n’y a pas eu d’attaque nord-vietnamienne le 4 août 1964. Les dirigeants états-uniens mentent cependant pour déclencher une guerre totale contre le Vietnam du nord, comme le fera plus tard Colin Powell devant l’ONU en brandissant des fioles d’armes chimiques pour justifier une intervention en Irak.

Cette guerre se solde par une défaite militaire et politique des Etats-Unis, marquée par des moments de lutte héroïque du peuple vietnamien, comme lors de l’offensive du Têt.

Le peuple vietnamien a payé un lourd tribut pour son indépendance. Trente années de guerre durant lesquelles le Vietnam communiste a perdu 1 million de combattants et 2 millions de civils. De l’autre côté, les forces armées états-uniennes ont eu 58 177 soldats tués et 153 303 blessés. Plus de 8 millions d’Etats-Uniens ont été déployés tout au long du conflit sur ce théâtre d’opération. Le contingent expéditionnaire US a même été porté à plus de 500 000 hommes en 1968. Au total, les États-Unis ont largué 7,08 millions de tonnes de bombes durant ce conflit – par comparaison, 3,4 millions de tonnes de bombes ont été larguées par l’ensemble des alliés sur tous les fronts de la Seconde Guerre mondiale. Ces bombardements massifs touchent le Cambodge et le Laos. Au Cambodge, la dérive génocidaire des khmers rouges (1,7 million de victimes, soit 21 % de la population) découle directement de la guerre du Vietnam et des bombardements massifs des Etats-Unis sur le Cambodge. A l’image de Daesh en Irak, la folie khmère rouge fut une conséquence directe de la violence impériale états-unienne pour soumettre l’Asie du Sud-Est à ses intérêts.

La comparaison entre la guerre du Vietnam et les interventions impériales d’aujourd’hui permet de mesurer à quel point les stratégies sont semblables : mensonge pour justifier la guerre, soutien apporté à des despotes issus de minorités, violence massive visant à détruire la société civile, ouvrant ainsi la porte à toutes les prédations locales qui permettent ensuite de justifier les interventions au nom de la civilisation.

Cette lecture comparée permet d’éviter tous les pièges que nous tendent les néo-conservateurs qui veulent nous faire croire que les interventions occidentales au Moyen-Orient résultent d’un choc des civilisations. L’Occident n’est plus aujourd’hui en guerre avec l’Asie du Sud-Est. Il commerce même largement avec elle. Pourtant, il y a 40 ans, il ravageait des pays entiers de cette région du monde au nom de ses intérêts économiques. De l’Asie du Sud-Est au Moyen-Orient, les guerres menées par l’Occident, « France éternelle » incluse, sont le produit du capitalisme. Dès 1916, Lénine décrivait l’impérialisme comme le stade suprême du capitalisme.

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Au regard de l’instrumentalisation faite par la dissidence en carton du concept d’impérialisme, la mise en garde de Lénine apparait plus que jamais pertinente :

« Les gens les plus dangereux à cet égard sont ceux qui ne veulent pas comprendre que, si elle n’est pas indissolublement liée à la lutte contre l’opportunisme, la lutte contre l’impérialisme est une phrase creuse et mensongère ».

Cet avertissement résonne devant les contorsions idéologiques et factuelles auxquelles se livrent l’extrême droite et ses supplétifs pour nous vendre une réhabilitation de leurs basses œuvres, enrobée par leur haine des juifs et sous couvert d’anti-impérialisme.

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En ce 40ème anniversaire de la libération de Saïgon, les hommages rendus aux peuples et aux combattants vietnamiens permettent de tracer une frontière entre anti-impérialistes sincères et dissidents en carton qui acceptent d’être les courroies de transmission de l’extrême droite française dans les quartiers populaires.

Connaître l’histoire des mouvements de libération des peuples colonisés permet ainsi à celui qui veut construire un avenir qui ne soit pas fait de désolation et de haine raciste de se positionner et de connaître ses ennemis, les vrais, pas ceux fantasmés à longueur de vidéos idiotes sur le net.

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10 Réponses to “Il y a 40 ans : la libération de Saïgon”

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