Les slogans ne tombent pas du ciel

21 Mai

Beaucoup de militants issus des quartiers populaires ont été influencés directement ou indirectement par les animateurs d’un réseau qui a fini par se regrouper sous le sigle du MIB (Mouvement de l’Immigration et des Banlieues).
La relaxe des policiers impliqués dans la mort de Zyed Benna et Bouna Traore est l’occasion de rappeler la contribution de ces militants à la mise en place d’expériences, de méthodes et de stratégies : d’une ligne politique, en somme.

Le célèbre « Pas de Justice, Pas de Paix » a été popularisé, en France, par le MIB. Ce slogan est né aux USA lors des mobilisations contre la Police suite au passage à tabac de Rodney King par des policiers de Los Angeles, en 1991. « Pas de Justice, Pas de Paix » fait désormais parti du paysage politique français, sans que beaucoup sachent qu’il vient des quartiers.

MIB logo

La mouvance du MIB a été le fer de lance de combats politiques parmi les plus durs en France. : lutte contre la double peine, contre les crimes racistes et sécuritaires, contre les violences policières, contre le racisme, soutien à la Palestine, ou encore solidarité avec les sans-papiers.

MIB_Justice_en Banlieue2

MIB_Justice_en Banlieue

MIB_Campagne_Justice_en Banlieue

Ces combats, jamais dans la tendance mais toujours dans la bonne direction, ont été couronnés de victoires politiques. Elles nous sont invisibles parce qu’admises et reprises par tout le monde. Elles se sont intégrées au panorama et au vocabulaire politique comme des évidences, au gré du temps et des occasions.
Le combat contre la double peine (prison + expulsion ), qui n’intéressait pas grand monde, a par exemple mis en lumière le traitement judiciaire différencié des étrangers, l’expulsion venant s’ajouter pour eux à l’incarcération.
Les luttes contre les violences policières ont également constitué des victoires politiques même si elles se sont soldées par des défaites judiciaires : elles ont permis de remettre en cause les méthodes policières dans les quartiers, d’impliquer des populations dans les mobilisations, d’obtenir la vérité sur les circonstances de la mort des victimes face aux versions officielles…
La campagne du droit au retour des réfugiés palestiniens a quant à elle marqué par l’importance de la mobilisation qu’elle a suscitée et par la mise en avant de la question des réfugiés palestiniens.

MIB_Palestine
Le nom « sans-papiers » est aussi une victoire sémantique et politique : l’utiliser c’est énoncer clairement que les travailleuses et les travailleurs sans papiers ont un statut administratif particulier qui les prive de droits. C’est admettre qu’il n’existe pas de « clandestins », mais seulement des personnes qui vivent une situation d’extrême précarité, exactement comme les personnes qui subissent la double peine.
Le MIB a par ailleurs été l’un des plus fervents défenseurs d’un antiracisme politique face à un antiracisme moral, porté par la gauche de gouvernement dans une optique électoraliste, celui-là même qui triomphe tragiquement à l’heure actuel.

« Assez de l’antiracisme folklorique et bon enfant dans l’euphorie des jours de fête »

Autre exemple, L’Écho des Cités, le journal du MIB, titre en août 2003 « Gestion coloniale de la planète et gestion coloniale des quartiers », reprenant le concept de Fanon avant tout le monde et plus de dix ans avant que beaucoup n’utilisent ce concept comme une évidence.

Echo des Cités MIB Août 2003 Gestion coloniale de la planète, gestion coloniale des quartiers

Echo des Cités MIB Août 2003 Gestion coloniale de la planète, gestion coloniale des quartiers

Les slogans et les analyses ne tombent pas du ciel. Une meilleure connaissance de l’histoire de nos luttes et de nos résistances permet de s’extraire d’un présent permanent, et de replacer les luttes actuelles dans une histoire plus longue et surtout porteuse de perspectives.
La situation sociale empire, les violences racistes (islamophobes, notamment) et sécuritaires sont en augmentation. Les luttes du MIB, ses erreurs et ses succès, en somme, son expérience, sont à redécouvrir d’urgence.

Il en est de même de toutes les expériences militantes de terrain de celles et ceux qui nous ont précédé et dont nous sommes appelés à prendre le relai.

Parce que nous sommes condamnés à lutter et à gagner, le combat continue.

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11 Réponses to “Les slogans ne tombent pas du ciel”

Trackbacks/Pingbacks

  1. 96 degrees in the shade : un été chaud pour les nôtres | quartierslibres - 16 juillet 2015

    […] les ont précédées sur ce chemin des violences policières, il va falloir se battre pour obtenir justice et vérité. La machine policière, elle, tourne déjà à plein régime avec ses mensonges et ses insinuations […]

  2. Les limites de l’antisystème viennent d’être atteintes | quartierslibres - 4 août 2015

    […] terme « antisystème » ne tombe pas du ciel. Il a été utilisé et popularisé par les gauches radicales lors du reflux des idéaux […]

  3. Priez pour nous, pauvres chômeurs | Quartiers libres - 2 octobre 2015

    […] sourire crispé. C’est parce que, pour beaucoup de gens, le fait de se retrouver au chômage « tombe du ciel » et ils n’ont alors pas d’autre option que de s’en remettre au ciel pour […]

  4. A qui profite la racialisation des questions sociales ? | Quartiers libres - 12 novembre 2015

    […] Il y a 30 ans, la marche pour l’Égalité avait rassemblé plusieurs centaines de milliers de personnes. L’Égalité, ça parle à tout le monde. Ce n’est pas parce que la promesse d’égalité a été trahie par le PS et la gauche institutionnelle que le slogan était mauvais. Ce qui galvanise, ce sont les combats justes et les engagements qui dépassent notre simple condition. Les campagnes menées par le MIB à la fin des années 90 ont touché plus de monde, on parlait alors de « Justice en banlieue ». Ces campagnes étaient le point de convergence de luttes menées sur le terrain depuis plusieurs années par des militants du quotidien, elles aboutissaient à des réflexions, des schémas d’actions et des slogans. […]

  5. It’s not over | Quartiers libres - 15 février 2016

    […] ce qui reste de la gauche parlementaire française, il est plus facile de reprendre un slogan comme « yes we can », fabriqué par des vendeurs de lessives, que de s’enrichir de la dynamique […]

  6. Les Unités de Protection de la Femme (YPJ) vues par sœur Caro | Quartiers libres - 4 mars 2016

    […] combattant(e)s du PKK nous rappellent ainsi, à leur manière, que les mots d’ordre ne tombent pas du ciel. « L’émancipation des travailleuses ne se fera que par les travailleuses elles-mêmes », […]

  7. Les Unités de Protection de la Femme (YPJ) vues par sœur Caro | infoLibertaire.net - 6 mars 2016

    […] combattant(e)s du PKK nous rappellent ainsi, à leur manière, que les mots d’ordre ne tombent pas du ciel. « L’émancipation des travailleuses ne se fera que par les travailleuses […]

  8. Tout le monde déteste la police | Quartiers libres - 9 avril 2016

    […] Les slogans ne tombent pas du ciel. Ils synthétisent la pensée ou le sentiment d’une époque. Dans les manifs d’aujourd’hui le slogan « Tout le monde déteste la police » s’est imposé. Ça fait bien longtemps qu’en France le pouvoir ne repose plus sur un consensus large. Malgré la mise en scène constante des acteurs politiques les gens refusent de participer aux élections qui apparaissent de plus en plus comme des mascarades. La mise en orbite médiatique d‘Emmanuel Macron le nouveau « bogoss » du patronat ne change pas la donne. La seule chose qui reste au pouvoir en place pour tenir son rang, c’est l’usage de la force. Ce n’est donc pas un hasard si les anciens ministres de l’Intérieur se retrouvent depuis le début des années 2000 aux postes de Président ou de Premier Ministre. C’est depuis toujours un poste clé dans l’appareil d’État mais il est devenu le poste qui propulse à de hautes responsabilité dans une République qui est de plus en plus sécuritaire et de moins en moins sociale. […]

  9. Tout le monde déteste la police | ★ infoLibertaire.net - 12 avril 2016

    […] Les slogans ne tombent pas du ciel. Ils synthétisent la pensée ou le sentiment d’une époque. Dans les manifs d’aujourd’hui le slogan « Tout le monde déteste la police » s’est imposé. Ça fait bien longtemps qu’en France le pouvoir ne repose plus sur un consensus large. Malgré la mise en scène constante des acteurs politiques les gens refusent de participer aux élections qui apparaissent de plus en plus comme des mascarades. La mise en orbite médiatique d‘Emmanuel Macron le nouveau « bogoss » du patronat ne change pas la donne. La seule chose qui reste au pouvoir en place pour tenir son rang, c’est l’usage de la force. Ce n’est donc pas un hasard si les anciens ministres de l’Intérieur se retrouvent depuis le début des années 2000 aux postes de Président ou de Premier Ministre. C’est depuis toujours un poste clé dans l’appareil d’État mais il est devenu le poste qui propulse à de hautes responsabilité dans une République qui est de plus en plus sécuritaire et de moins en moins sociale. […]

  10. Tout le monde déteste la police | [DEV] infoLibertaire.net - 13 avril 2016

    […] Les slogans ne tombent pas du ciel. Ils synthétisent la pensée ou le sentiment d’une époque. Dans les manifs d’aujourd’hui le slogan « Tout le monde déteste la police » s’est imposé. Ça fait bien longtemps qu’en France le pouvoir ne repose plus sur un consensus large. Malgré la mise en scène constante des acteurs politiques les gens refusent de participer aux élections qui apparaissent de plus en plus comme des mascarades. La mise en orbite médiatique d‘Emmanuel Macron le nouveau « bogoss » du patronat ne change pas la donne. La seule chose qui reste au pouvoir en place pour tenir son rang, c’est l’usage de la force. Ce n’est donc pas un hasard si les anciens ministres de l’Intérieur se retrouvent depuis le début des années 2000 aux postes de Président ou de Premier Ministre. C’est depuis toujours un poste clé dans l’appareil d’État mais il est devenu le poste qui propulse à de hautes responsabilité dans une République qui est de plus en plus sécuritaire et de moins en moins sociale. […]

  11. Made in America : Community Organizing | Quartiers libres - 14 mai 2016

    […] pied dans les institutions pour faire avancer les choses. Aucun des acteurs de la lutte contre la double peine n’avait ne serait-ce qu’un orteil dans les institutions, ce qui ne les a pas empêcher de […]

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