Séance du dimanche. Los Solidarios / Nosotros

31 Mai

Ojo-por-ojo

Le 27 Mai dernier, François Hollande prononçait un discours d’une platitude apolitique pitoyable devant le cercueil de quatre résistants, dont l’entrée au Panthéon n’a pour but que d’apporter un vague ancrage historique symbolique à la gestion capitaliste du gouvernement Valls. Un comble lorsque l’on observe avec quel enthousiasme le françoishollandisme finissant sape systématiquement le programme du Conseil National de la Résistance. D’une inauguration l’autre : le 20 Novembre 1937, un autre ministre d’un gouvernement assez différent prononçait lui aussi un discours devant des cercueils eux aussi très symboliques. Un discours légèrement plus politique…

En novembre 1937, García Oliver était ministre de la justice du gouvernement républicain espagnol en guerre. Un ministre anarchiste, recherché quelques années auparavant pour vol à main armé, assassinat et complot contre l’État, ce qui l’avait obligé, lui et ses camarades du groupe Los Solidarios, Buenaventura Durruti, Francisco Ascaso, Juan García Oliver, Alejandro Ascaso, Gregorio Jover et Ricardo Sanz, à s’exiler en France, au Mexique, à Cuba puis en Argentine, où ils n’avaient d’ailleurs pas cessé leurs activités illégalistes, au contraire, puisqu’ils s’étaient occupés de piller consciencieusement les banques pour financer la résistance ouvrière dans leur pays.

atracadoresIl n’est pas question ici de revenir sur la question de savoir si la CNT devait ou non participer au gouvernement, alors qu’elle était en pointe à l’époque avec ses alliés marxistes hétérodoxes du POUM dans le processus révolutionnaire visant à établir un communisme libertaire, par une réforme agraire effective, une abolition des structures bureaucratiques, la destruction du pouvoir de l’État et de l’Église, la récupération des moyens de production et l’établissement de relations strictement égalitaires entre hommes et femmes. A posteriori, il est clair que la participation au gouvernement de Largo Caballero, largement plombé par les manœuvres du parti communiste qui avait toujours été minoritaire en Espagne et qui trouvait là un moyen de liquider un modèle révolutionnaire aux antipodes du communisme de caserne, a dramatiquement affaibli les forces révolutionnaires. García Oliver lui-même, piégé par sa fonction ministérielle a dû participer au désarmement des milices de la CNT et de ses alliés en mai 1937 à Barcelone, pour se conformer à la politique d’étatisation générale des forces armées décrétée par le gouvernement, sous prétexte d’unité face à l’offensive franquiste. Une intervention qui lui valut d’ailleurs bien des accusations de trahison de la part de ses camarades libertaires, mais il est toujours facile de juger après coup, sans tenir compte des dynamiques du moment, il s’en est expliqué par la suite. Si l’on s’en tient aux faits, le désarmement des milices populaires était le deuxième coup fatal porté aux forces révolutionnaires après la dissolution de la Colonne Durruti, une véritable armée de plusieurs milliers de combattants relativement autonome au sein des forces républicaines, au lendemain de la mort opportune de Durruti sur le front de Madrid en novembre 1936, dans des circonstances qui restent peu claires. Nous ne reviendrons donc pas sur ces points de discussion qui, avec l’assassinat d’Andreu Nin et d’autres cadres du POUM par les agents du Komintern rendent irréconciables l’héritage révolutionnaire espagnol et les agissements de la clique stalinienne de l’époque.

Le discours du ministre en exercice García Oliver que l’on peut voir ici est donc un bilan à la fois fier et triste du chemin parcouru en commun, avec Durruti et les autres. C’est un étrange discours ministériel pour l’inauguration du mausolée construit sur la colline de Montjuich en l’honneur de Durruti, Ascaso et Francisco Ferrer. Le ministre cénétiste y revendique du le rôle de l’organisation clandestine Los Solidarios –rebaptisée Nosotros lors de l’avènement de la république– dont il faisait donc partie dès le début avec Durruti et Ascaso. Un groupe d’action directe composée de quelques militants anarchistes déterminés, monté dans la clandestinité pour organiser la riposte armée contre la politique d’assassinats des militants ouvriers orchestrée par le patronat juste avant le coup d’État du général Primo de Rivera (1923-1931). Il s’agissait de rendre coup pour coup. Au meurtre en pleine rue du leader anarcho-syndicaliste Salvador Seguí et de dizaines d’autres militants ouvriers, par les pistoleros du syndicat libre, milice patronale qui agissait en tout impunité, répondait, entre autres coups d’éclat, l’exécution du cardinal de Saragosse et de l’ancien gouverneur de Burgos, tous deux soutiens directs des paramilitaires. Aux coups portés aux militants, Los Solidarios répondaient par des attentats spectaculaires, et García Oliver n’hésite pas à s’enorgueillir d’avoir été parmi « les meilleurs terroristes de la classe ouvrière », « les rois du pistolet ouvrier de Barcelone ».

los-solidarios-copiaUn ministre qui revendique avec orgueil une pratique de reprise individuelle et d’attentats ayant pour but l’avènement de la Sociale, le tout à Barcelone, chez les ancêtres de Manuel Valls… On comprend pourquoi les prédécesseurs SFIO du gouvernement « socialiste » actuel n’ont rien fait pour venir en aide à la République espagnole et pourquoi ils ont ensuite parqué les révolutionnaires fuyant le franquisme dans les camps de concentration d’Argelès et d’ailleurs.

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  1. Séance du dimanche. La dialectique peut-elle casser des briques ? | Quartiers libres - 7 février 2016

    […] et les forces révolutionnaires (apparaissent Nestor Makhno, Patrice Lumumba, Clément Duval, les camarades de Barcelone et Jules Bonnot, notamment, mais Marx, Bakounine et Wilhelm Reich s’étaient manifestés […]

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