Livre du samedi : Corps et âme

6 Juin

Il y a en France, un vrai sociologue qui fait sérieusement de la Boxe. Un vrai sociologue, c’est à dire quelqu’un qui fait des études sur le terrain qui écrit des livres sérieux avec des données vérifiables et dont le travail est reconnu même s’il ne fait pas plaisir aux dominants. Ce sociologue est un « élève »de Bourdieu, il s’appelle Loïc Wacquant.
Pour faire des recherches sur la manière dont les réformes libérales menées par l’administration Reagan déglinguaient les quartiers pauvres de Chicago, Loïc Wacquant s’est aventuré dans une salle de Boxe. Il est devenu un boxeur. Il a même participé au premier tour des Golden Gloves de l’Etat de l’Illinois, c’est à dire la première étape des qualifications pour le championnat de boxe amateur aux USA.

Corpsetame_Loic_Wacquant

Il a tenu un carnet de bord tout au long de son engagement au « Gym », c’est à dire au club. Loïc Wacquant présente son expérience comme ceci :

« En août 1988, à la suite d’un concours de circonstances, je me suis inscrit dans un club de boxe d’un quartier du ghetto noir de Chicago. Je n’avais jamais pratiqué ce sport, ni même envisagé de le faire. Hormis les images stéréotypées que chacun peut s’en former à travers les médias, le cinéma ou la littérature, je n’avais eu aucun contact avec le monde pugilistique. Je me trouvais donc dans la situation du parfait novice. Trois ans durant, j’ai participé aux entraînements aux côtés des boxeurs du cru, amateurs et professionnels, à raison de trois à six séances par semaine. À ma propre surprise, je me suis pris au jeu, au point de passer mes après-midi au gym avant de passer entre les cordes disputer un combat officiel.
Les notes consignées au jour le jour dans mon carnet de terrain (initialement pour m’aider à surmonter un profond sentiment de maladresse et de gêne physique, sans nul doute redoublé par le fait d’être le seul Blanc de la salle), ainsi que les observations, photos et enregistrements réalisés lors des tournois et « réunions » où se produisaient des membres de mon club ont fourni la matière des textes qu’on va lire. »

Curtis_BusyLouis_Tony

C’est une présentation à la fois humble et réaliste de ce qu’est la boxe. Loïc Wacquant raconte la vie et l’organisation d’un club au milieu d’un ghetto de Chicago en pleine déconfiture économique. La matière du bouquin c’est la vie de la salle, rythmée par les rounds, les séances et les compétitions. Cette salle de boxe est riche de personnes dont la vie est à la fois simple et extraordinaire.
Curtis, un des partenaires d’entrainement avec qui il a mis les gants, a affronté Oscar De La Hoya. Rien que ce moment de « gloire » en aurait fait claironner plus d’un. Mais Loïc Wacquant est reste discipliné dans son écriture comme on doit l’être sur le ring. Il a écrit ses carnets comme il s’est entrainé: sérieux et constance. Il est le fruit de son club. Il ne tire aucune gloire de ses faits d’arme dans la salle et ne fait pas une analyse froide du fonctionnement du club. Il montre que la boxe n’est pas un sport individuel, que tout est une question de technique et de travail.
La sociologie est un sport de combat, la boxe est basée sur l’engagement. Ces deux disciplines ne sont pas très éloignées du militantisme.

Wacquant_Strong

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  1. Soral : PME, MMA, blablabla | Quartiers libres - 11 février 2016

    […] aussi grande gueule, pas de fitness ni de transpiration. Comme il n’a ni palmarès en tant qu’athlète (combien de combats le père Soral ?) ni comme entraineur (combien de boxeurs emmenés en […]

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