Les résidus de la pensée « dissidente » sont une moisissure idéologique

11 Juin

C’était dans l’air du temps l’automne dernier et cela ne cesse depuis le mois de novembre 2014, la « dissidence en carton » n’en finit plus de se déverser des seaux de purin sur la tête : règlements de compte sordides, déballage de vie privée et insultes en tous genres.

Dernier épisode en date, Alain Soral qui se réjouit de la mort d’un enfant de 3 ans qui avait pour père son ancien ami dentiste. Auparavant, c’était Dieudonné qui se moquait de l’enfant handicapé de son ex-associé belge.

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Durant des années, de nombreuses voix se sont élevées pour affirmer qu’au-delà des idioties politiques que trompetait « la dissidence », on ne pouvait y trouver aucune vertu. Le château de cartes numérique s’est écroulé. Les faits sont là : dans ce milieu, il n’y a ni fraternité, ni honneur, ni droiture.

Les chiens mangent les chiens, ce vieil adage se confirme toujours. Les condamnations morales de plus en plus nombreuses de la « dissidence en carton » par de nombreux acteurs du Net qui ont pendant des années été les relais complaisants des idées de cette galaxie ne sont donc pas une surprise. Oublié le soutien inconditionnel des dernières années sur les réseaux sociaux. La dissidence s’est mise en spectacle comme une émission de téléréalité. Aujourd’hui, le public évacue les starlettes obsolètes d’un vedettariat périmé reposant sur le tandem Soral et Dieudonné.

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Maintenant que la dissidence en carton est à terre, pour mieux se sauver, les anciens soutiens numériques – souvent les plus véhéments – déplorent le caractère cupide, malsain et haineux de ses leaders. Si chez les fans cela sert à ne pas reconnaître ses torts, chez les anciens animateurs du réseau « dissident », l’objectif est de faire oublier qu’on a marché dans ces combines en toute connaissance de cause pendant de nombreuses années. Quand on n’a pas de boussole politique qui fonctionne et que l’on a adhéré avec enthousiasme aux idioties de la dissidence, la sortie de route est une fatalité. Une fois planté dans le décor, il ne reste que l’indignation, souvent surjouée, pour mieux se dédouaner.

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Lorsque le regret est sincère, il s’apparente au ressenti de celui qui a été floué par un escroc. Cette réalité, on peut la constater au quartier, où plus personne aujourd’hui ne se réclame de Soral et où Dieudonné est redevenu un simple « humoriste qui avant faisait des sketchs drôles ».

Il ne reste de la « dissidence » dans la réalité quotidienne que deux idées implantées dans le crâne des gens à grands renforts de sketchs, de vidéos et autres conférences.
Tout d’abord, la disquette antijuive maquillée sous les traits d’un complot mondial que la dissidence en carton a substitué à la lutte des classes. Ensuite, le concept d’un patriotisme/nationalisme qui est censé être le marqueur des vrais rebelles.

Pour ce qui est du complot mondial, en gros, il y aurait des gens (juifs, francs-maçons, illuminati, etc.) qui posséderaient génétiquement le contrôle des manettes de la finance internationale, qui vivraient hors-sol et imposeraient aux autochtones « enracinés » les pires sévices par méchanceté gratuite ou pour accomplir l’œuvre du diable. Cette pensée magique permet de travestir un dandy fils de notaire en un égal d’Amilcar Cabral et n’importe quel résident de la France métropolitaine gagnant bien sa vie en l’équivalent d’un résistant palestinien. C’est comme cela que Robert Faurisson a réussi à bicrave ses mensonges en expliquant être « un Palestinien dans son propre pays ». Une mascarade qui met le nationalisme français et son passé colonial au même niveau que les luttes de libération nationale des peuples colonisés (dont certains par le nationalisme français).
Tout cela pour mieux masquer les mécanismes économiques et sociaux qui font que le seul complot mondial qui existe, c’est celui pensé et organisé par ceux qui possèdent le capital contre ceux qui produisent les richesses.
Rien de neuf sous le soleil depuis la révolution industrielle, il y a plus de deux siècles, le tout ayant été expliqué et documenté par la pensée marxiste.
Race, culture, religion et genre sont des éléments d’un contexte historique et deviennent dans les mains des dominants des instruments pour justifier et maintenir les dominations, comme l’ont expliqué Frantz Fanon ou Angela Davis.

Le second apport « au débat d’idées » de la dissidence est le corollaire de cette vision du monde délirante qui présente un groupe ethnique apatride au nez crochu écrasant des peuples entiers sous la planche à billets. Face à ce pouvoir étranger magique qui domine le pays, le patriotisme/nationalisme serait le seul recours.
Là encore, c’est une grosse blague pour qui possède une boussole politique. D’après le raisonnement de Soral et de ses disciples, un bon révolutionnaire, enfin un dissident, serait fatalement un patriote et/ou un nationaliste.

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Les patriotes algériens ou vietnamiens qui sont morts par centaines de milliers pour l’indépendance de leur pays devraient donc être des héros pour les membres de la dissidence. Or, ils ne le sont pas. Au contraire, le discours soralien est celui d’une nostalgie de l’empire colonial français, contre lequel se battaient ces patriotes. La dissidence préfère célébrer le colon français plutôt que l’indigène luttant contre l’impérialisme. L’amour du combat patriotique souffre ainsi de lourdes exceptions chez les dissidents. Ne pas comprendre que le patriotisme d’un peuple opprimé est différent de celui porté à coups de fusil par le colon montre à quel point la grille de lecture du monde vendue par Soral est une escroquerie. Les milices états-uniennes, avec leurs étendards et leurs discours nationalistes, sont bien composées de patriotes. Ces derniers sont-ils des révolutionnaires ou des supplétifs de l’ordre politique et économique établi ?
En réalité, la grille de lecture patriotique ne suffit pas à faire un révolutionnaire. Pour cela, elle doit être articulée sincèrement à une vision sociale, c’est-à-dire au concept de lutte des classes.
L’argument régulièrement utilisé pour assoir le mythe nationaliste du dissident en carton est le caractère patriotique des expériences révolutionnaires latino-américaines et plus particulièrement de l’expérience vénézuélienne.

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Le gouvernement du Venezuela est patriotique et lutte contre l’impérialisme états-unien. C’est un fait. Il promeut aussi le socialisme du 21ème siècle, ce que la dissidence oublie souvent de rappeler. Avec un peu de baratin filmé sur un canapé ou au Théâtre de la Main d’Or, le nationalisme français, produit de la 5ème puissance mondiale et de son histoire coloniale, devient l’équivalent de celui d’un pays soumis à la colonisation européenne puis à l’impérialisme nord-américain. C’est grotesque. Quand l’armée française pille l’Afrique, est-ce parce que la France est colonisée par une élite « talmudo-sionisto-maçonnico-taekwondo-sataniste » ? Pour la dissidence en carton, les soldats français sont de bons petits gars. À tel point que les soraliens, qui sont pourtant au taquet pour dénoncer la pédophilie des élites, ne sont pas aller manifester devant les casernes quand des soldats français ont été accusés de viols sur des mineur.e.s en Centrafrique.

Un des principaux relais de cet argumentaire dans la galaxie soralienne s’appelle Vincent Lapierre. Traducteur de nombreux discours de Chavez et actuellement en train de faire un documentaire pour « kontre kulture », cet homme se rêve et se présente comme un soldat de Chavez. Il a cependant un léger problème : les institutions vénézuéliennes, du vivant de Chavez jusqu’à aujourd’hui, n’ont jamais rien voulu avoir à faire avec lui. La différence entre le monde merveilleux des rêves et du numérique et la réalité est parfois saisissante. Vincent Lapierre adorent mettre en avant son attachement à la patrie, et il le fait en montrant son amour de l’uniforme. Il expose avec fierté son statut de militaire réserviste. L’aspirant Chaviste est donc membre d’une armée de l’Otan : on n’est pas à un paradoxe prêt… Si son pays a besoin de lui pour aller gratter de l’uranium ou lutter contre une menace dite terroriste, il sera prêt au combat.

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Les positions politiques de Vincent Lapierre sont incompatibles avec celles du gouvernement vénézuélien, qui refuse de travailler avec lui. Notre rêveur et vidéaste a fini par se fendre d’une vidéo dans laquelle il pleurniche sur l’ingratitude des institutions révolutionnaires vénézuéliennes à son égard, ne comprenant pas pourquoi le Venezuela révolutionnaire préfère parler à Besancenot ou même à Mélenchon plutôt qu’à lui et à Soral. L’hypothèse que les dirigeants bolivariens – qu’il traduit mais ne semble pas comprendre – le considèrent comme un ennemi politique ne semble pas encore avoir atteint son cerveau. Quand cela viendra, ça risque de lui valoir un bon coup à la tête.

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La confrontation au réel est toujours compliquée avec la dissidence. Dans le monde de Vincent Lapierre, les Vénézuéliens sont à la fois un exemple à suivre et des gens ingrats refusant de lui parler. La différence entre les Vénézuéliens et les internautes fascinés par la dissidence repose sur l’action politique qu’ils mènent et la réalité sociale et économique qu’ils vivent. Le monde réel en quelque sorte.

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L’histoire du 20ème siècle montre que patriotisme et révolution sociale vont souvent de pair, mais jamais dans le sens de la matrice nationaliste et antisémite de Soral et de ses disciples. Prenons un exemple parmi des dizaines d’autres : celui du nationalisme irlandais. Des blancs catholiques, ça devrait plaire à la dissidence en carton. James Connolly, héros de la révolution irlandaise de 1916, résumait cela en une phrase : « Il n’y a pas d’indépendance nationale réelle sans socialisme et il n’y pas de socialisme sans indépendance nationale réelle ». Une maxime qui pourrait s’appliquer à la voie vénézuélienne vers le socialisme du 21ème siècle. Continuons avec les mots de James Connoly : « Le socialiste d’un autre pays est un patriote ami, de même que le capitaliste de mon propre pays est un ennemi naturel. Je considère que chaque nation est propriétaire d’une certaine contribution à la richesse commune de la civilisation, et je considère la classe capitaliste comme l’ennemi logique et naturel de la culture nationale qui constitue cette contribution particulière. Par conséquent, plus mon affection pour la tradition nationale, la littérature, le langage, les solidarités nationales est forte, plus je suis enraciné dans mon opposition à cette classe capitaliste, qui dans son goût sans âme pour le pouvoir et l’or, broierait les nations comme dans un mortier. »
À lire le héros du nationalisme irlandais moderne, on est loin – très loin – des délires nationalistes et antijuifs de Soral et compagnie, sauf à penser que les capitalistes sont nécessairement des juifs.

L’essence du patriotisme révolutionnaire n’est pas d’aimer son pays et l’image du terroir qu’en donnent la droite et l’extrême droite, mais d’aimer les gens qui y vivent et avec lesquels on forme une communauté de destin. Un destin de classe sociale, qui dépasse et transcende les questions de cultures et d’origines. C’est ce patriotisme-là, internationaliste, qu’il faut honorer. C’est celui qui peut conduire un militant martiniquais comme Frantz Fanon à devenir ambassadeur du Gouvernement Provisoire de la République Algérienne pendant la guerre d’indépendance contre les nationalistes français et leur rêve d’empire.

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