Séance du dimanche. Zéro de conduite

14 Juin

2015, le point de bascule ? Le FN drague des profs déboussolés par les « réformes  » néolibérales successives qui font d’eux des courroies de transmission d’une idéologie diffuse de la dépolitisation et du disciplinement, de la république sans la Révolution. Le collectif Racine  et ses organisateurs font de l’entrisme faf dans les salles des profs au nom de la laïcité et du retour à l’autorité, bafoué par les vilains jeunes d’aujourd’hui. Un argument auquel peuvent céder les esprits les plus faibles ou les plus désespérés, abandonnés par l’État qui leur laisse le sale boulot de gérer la misère sociale sans moyens et à coup de discours creux sur les « valeurs républicaines » et de cérémonies bidon sur la laïcité, en diffusant la propagande ministérielle. Aaaah ! c’était mieux avant ! Y’avait pas d’incivilités ma brave dame, on respectait ses enseignants et l’École était le temple de la République. Sauf qu’avant, madame Michu, à l’époque bénie où l’école caserne était une institution aussi importante que le service militaire et la mission civilisatrice de la France aux colonies, il y avait aussi une bonne dose de critique radicale. À tous les étages.

zero-garde-à-vousEn 1932, Jean Vigo, fils de l’anarchiste Miguel de Almereyda et d’Émily Cléro, elle aussi militante révolutionnaire tourne « Zéro de conduite », à Saint-Cloud, dans un collège qu’il connaissait bien puisqu’il y avait passé une partie de ses années d’école. Le moins qu’on puisse dire c’est que les souvenirs qu’il en avait gardés n’étaient pas très bons : l’institution scolaire y est présentée comme un univers grotesque, ultra-répressif, où régnait l’arbitraire d’un pouvoir absurde. La révolte des internes réfractaires, aidés par un surveillant complice, subvertit complètement l’ordre et ridiculise toute hiérarchie : l’attaque en règle contre les représentants de l’État, de l’Église et de l’armée sont très claires à ce sujet. Le message dépasse largement le milieu scolaire. Au-delà du cadre anecdotique du collège, le film s’attaquait joyeusement à toute autorité, sapait les fondements de la nation et de la sacro-sainte République.

Zéro de conduite-image 1 autoritésDe même que les autres films de Jean Vigo, et en particulier « À propos de Nice », qui dénonçait férocement les inégalités sociales, le film a logiquement fait l’objet d’une campagne d’opinion de la part des lobbies d’extrême droite, qui ont réussi à en empêché la diffusion. Sous la pression des Civitas de l’époque, les « Pères de famille organisés » (si si ), le film est jugé « antifrançais » et ne peut sortir qu’en 1946, après la Libération et douze ans après la mort de Vigo.

-Zéro de conduite (1932)

-En prime : « À propos de Nice » (1929)

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Une Réponse to “Séance du dimanche. Zéro de conduite”

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  1. Séance du dimanche. L’empereur Tomato-Ketchup | quartierslibres - 6 septembre 2015

    […] au Japon par Shuji Terayama, en 1971. Ce serait un peu la suite en nettement plus barré de Zéro de conduite, de Jean Vigo, dans le travail de subversion de l’autorité du monde des adultes par des enfants. […]

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